Mesure pour contrôler la hausse des prix : le Regressive Mark-Up contesté dans le secteur pharmaceutique

Un front commun des opérateurs sollicite une rencontre avec le PM Menace de go-slow, certains pharmaciens envisageant l’arrêt de la vente des psychotropes au cas où le gouvernement demeure insensible à leurs doléances

Les différentes catégories d’opérateurs du secteur pharmaceutique s’opposent à la récente annonce du gouvernement d’introduire bientôt un système de Regressive Mark-Up  concernant environ 500 médicaments. Avec un système, la marge de profit diminue à mesure que le prix du médicament augmente. Or, les professionnels concernés affirment qu’une telle mesure  portera un coup de massue à leurs activités et signifiera la fermeture de nombre de commerces. Les opérateurs s’unissent pour dégager une stratégie pour faire entendre leurs voix auprès des autorités concernées. Ils lancent un appel au gouvernement pour des consultations.

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La question de Regressive Mark-Up fait débat depuis quelques années et que celle-ci est une des recommandations des WHO Guideline on Country Pharmaceutical Pricing Policies. À Maurice, d’après les indications, la mesure entrerait en vigueur à compter de juin et l’opposition y est favorable. Toutefois, la pilule est difficile à avaler pour certains acteurs du secteur pharmaceutique. À l’initiative de la Pharmaceutical Association of Mauritius, une association des pharmaciens du privé et du public, pharmaciens, propriétaires de pharmacie, Small and Medium Wholesalers, gros importateurs, et distributeurs se sont ralliés et ont créé un front commun sous l’appellation « The Pharmaceutical Sector of Mauritius ».

Les opérateurs pharmaceutiques reconnaissent que les prix de certains médicaments sont devenus onéreux mais ils ne peuvent en être tenus pour responsables, affirment-ils. Ils attribuent cette hausse aux facteurs suivants et qui seraient hors de leur contrôle : la dépréciation de la roupie par rapport à l’euro, au dollar et à la monnaie sud-africaine ; l’augmentation conséquente du fret ; le coût des matières premières sur le plan international ; celui pour les services financiers ; et les différentes dépenses administratives telles les salaires, le transport et l’électricité.

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« Les pharmacies offrent un service gratuit à la population et nous avons un coût d’opération qui augmente de plus en plus. Le Mark-Up est déjà faible et nos dépenses administratives et le renouvellement de nos stocks prennent une grosse part de ce qui entre dans la caisse. Il nous reste à la fin une somme minime en main. Et ce n’est pas juste de la part de certaines personnes de dire que nous faisons des profits sur la tête des consommateurs », réfute un pharmacien et propriétaire de pharmacie. « Avec le Regressive Mark-Up beaucoup de pharmacies ne pourront plus tenir le coup et mettront la clé sous le paillasson…», poursuit-il avec une note d’amertume.

D’autres opérateurs ne manquent pas de faire remarquer que malgré l’existence d’un service de santé public gratuit un grand nombre de Mauriciens chaque jour se tourne vers les pharmacies privées pour se procurer de médicaments afin de continuer leur traitement. Ils soulignent aussi leur collaboration pendant les périodes de confinement relevant de la Covid -19 tandis que des malades avaient des craintes de se rendre dans les hôpitaux publics.

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« Nous avons toujours collaboré avec les autorités en temps difficile. Si le gouvernement considérait vraiment le secteur pharmaceutique privé comme un partenaire dans le service de santé à Maurice on nous aurait appelés pour discuter avant de prendre la décision pour le Regressive Mark-Up », commente un grossiste.
Les dirigeants de The Pharmaceutical sector of Mauritius souhaitent rencontrer le Premier ministre pour expliquer l’impact du « regressive mark-up » sur leurs activités professionnelles et pour faire aussi certaines propositions « dans l’intérêt des consommateurs tout en ne mettant pas en péril », disent-ils, «  la survie d’un secteur essentiel de l’économie ». Une délégation déposera ce matin une lettre au Prime Minister’s Office.

« Le gouvernement ne peut nier l’apport du privé dans le service de santé à Maurice. Il n’y a pas de concurrence mais de complémentarité car le patient du service public vient aussi chez nous. Nous devons donc trouver ensemble une solution pour soulager les patients tout en ne mettant pas en danger notre travail », estiment ces professionnels.
En attendant, ils suggèrent l’introduction de subsides sur certains médicaments pour le traitement de maladies chroniques. Ils sont convaincus que cette mesure est possible vu que le gouvernement n’a plus à faire des dépenses pour l’achat des vaccins anti-Covid et lesquels étaient financés par le surplus qu’on réclame aux automobilistes sur chaque litre de carburant.

« Pourquoi pas ne pas prendre cet argent et investir dans les subsides sur certains médicaments ? Si le gouvernement voulait vraiment venir en aide aux consommateurs au sujet des médicaments, il devrait aller dans cette direction et non pas mettre en péril l’avenir des opérateurs du secteur pharmaceutique avec le Regressive Mark-Up », avancent-ils.

Il est peu probable que le gouvernement recule au sujet de l’introduction du Regressive Mark-Up  d’autant que le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, en est favorable. Cela pourrait être une mesure phare dans le prochain budget que présentera le ministre des Finances, Renganaden Padayachy

Des cadres du ministère du Commerce soutiennent que cette mesure est dans l’intérêt des consommateurs. Toutefois, à la Santé, ceux qui connaissent bien les rouages du secteur pharmaceutique admettent que le Regressive Mark-Up tout en permettant un contrôle des prix dans l’intérêt des malades, « pourrait aussi affecter certains opérateurs, surtout les petites pharmacies ». « Il faudrait que le gouvernement donne en retour des mesures d’accompagnement au secteur pharmaceutique pour permettre aux Stakeholders de rester en activité.  Les opérateurs du privé jouent un rôle important et il faudrait leur donner un Breathing Space », préconisent des cadres de la Santé.

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