Environ une cinquantaine d’ex-employés de la Medine Miling Company Ltd (MMCL) ont voté à main levée lundi dernier au Village Hall de Bambous, pour une marche pacifique devant le quartier général de Médine, et ce, accompagnés de leur épouse et enfants. Cette démarche fait suite à une réunion organisée par Serge Jauffrey, le négociateur de l’Union of Artisans and Allied Workers of Cane Industry (UAAWCA). Malgré la fermeture de l’industrie sucrière de Médine, les ex-employés attendent toujours leurs lopins de terre comme établi en vertu du « Blueprint » de 1997, qui stipule que « les ex-employés percevront chacun des indemnités et un lopin de terre d’une superficie de 8 à 16 perches dépendant de leur temps de service ». Pour rappel, l’usine a fermé ses portes le 15 avril 2015.

En effet, quelque 98 employés sont concernés par cette remise de terres. Et pour cela, un site de 25 arpents a été identifié à Cascavelle, soit à proximité du village Xavier, et dans la région. Selon le syndicaliste, la direction de Médine avait reçu sa « letter of intent» du morcellement le 3 janvier dernier pour démarrer les travaux d’infrastructures sur le site identifié dans le cadre du VRS.

Serge Jauffret a déploré l’attitude des responsables qui avaient la responsabilité de gérer ce dossier après la fermeture. « Je ne comprends toujours pas pourquoi la réunion, qui a été fixée le mardi 23 juin, a été annulée à la dernière minute. Le jour de la fermeture, chaque partie concernée a pris l’engagement de respecter les accords « in toto » et voilà, un an après, rien n’a été fait. Les employés attendent toujours. Nous n’allons pas rester les bras croisés. Nous n’allons pas attendre comme tel a été le cas pour d’autres employés dans des établissements sucriers qui ont pris leurs VRS. Beaucoup sont morts et n’ont pas eu la chance de profiter de leur dur labeur », dit-il. Serge Jauffret a toutefois salué le travail de Rajeshnarain Gutteea, le Project Operators Executive à la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), qui a donné un coup de main pour faire avancer le dossier des employés de MMCL avant la fermeture.

Autre point qui a été soulevé par le syndicaliste lors de la réunion, concerne la présence d’un médecin à l’hôpital de Médine trois fois par jour. « Il était convenu que ceux souffrant de maladies comme le diabète, la tension artérielle ou le cholestérol, reçoivent des médicaments. Si j’ai bien compris, cela ne se passe pas dans les meilleures conditions », précise-t-il. Richard Lallsing, un ex-employé qui assistait à la réunion, explique s’être rendu à l’hôpital de Médine avant le déconfinement pour se faire ausculter. « Enn infirmie dir mwa aste bann konprime, li pou fer enn demars pou ki Medinn ranbours mwa », a-t-il expliqué à l’assistance. Face à cette déclaration, Serge Jauffret a avancé : « Pa bizin rekile. Nou demann zot prepar zot pou desann dan lari pou revandik zot drwa. »

Pour rappel, selon la MCIA Act, c’est le ministère de l’Agro-industrie qui approuve une demande de fermeture après avoir examiné les aspects techniques, logistiques, humains et financiers. L’usine devra donc aussi se soumettre aux conditions fixées par le ministère. D’ailleurs, la direction de la MMCL a expliqué que la fermeture de l’usine serait due à l’accumulation des pertes se chiffrant à plusieurs millions, celle-ci provoquée par la baisse du prix du sucre sur le marché mondial et les coûts élevés des coûts de production. À noter que la demande pour la fermeture de l’usine sucrière de Médine a été soumise en septembre 2018.

Selon nos informations, une réunion aura lieu le jeudi 9 juillet à la Bonam House, au Réduit, entre la MCIA, la direction de Médine et les bénéficiaires des lopins de terre dans le cadre de la réforme de l’Industrie sucrière. Les discussions seront axées sur la date du démarrage des travaux sur les sites identifiés concernant les infrastructures qui seront mises sur place, le délai accordé pour la fin des travaux et les raisons pour lesquelles les travaux ont été retardés.

Erick Bauda, ex-employé de MMCL, avait fait ses débuts dans cet établissement sucrier en 1978. Comme il n’avait que 15 ans à cette époque, la direction lui avait donné la possibilité de suivre un stage de trois ans comme tourneur-ajusteur à l’école technique de St-Gabriel, à Sainte-Croix. Ayant réussi ses examens, il avait pris de l’emploi comme soudeur et a travaillé pendant dix ans, avant de devenir chef de l’atelier puis chef tourneur. « Nous avions toujours travaillé en équipe. Ti ena bann anplwaye ki ti ena bokou lexperians. Preske tou bann anplwaye ti bien motive pou progrese. Ti ena mem vizion. Medinn ti pe komans prodir disik spesial sa lepok-la », se rappelle-t-il.

Toutefois, Erick n’a pas que de bons souvenirs. « Il y avait aussi des chefs très autoritaires, qui utilisaient un langage agressif. Zame zot donn lame. Zot ti arogan. Mais avec le temps, la mentalité a beaucoup changé. Nous avions rencontré de jeunes cadres, avec une nouvelle approche », dit-il. Cet homme, qui a passé 40 ans de sa vie au sein de cette propriété sucrière, se dit « révolté » par l’attitude adoptée par certains cadres après l’engagement pris en vertu du « BluePrint ». « Nous sommes habitués par un sentiment de révolte, car nous avions sacrifié toute une vie à travailler pour l’avancement de cet établissement sucrier. Bizin aret rod tou pretext. Donn nou seki nou merite. Nou finn bien vers nou lasier pou sa », insiste-t-il.

Michel Tranquille, un tourneur de 62 ans comptant 43 années de service, avait perdu un pied dans un accident de travail pendant qu’il travaillait à l’usine sucrière de Médine. Il n’avait pas baissé les bras pour autant et avait continué à travailler jusqu’au dernier jour de la fermeture. « Monn gagn lasans temwagn bokou kiksoz. Des hauts et des bas comme dans la vie de toutes les entreprises privées ou familiales », souligne-t-il. Tout comme Erick Bauda, le sexagénaire a, lui aussi, connu « le mépris » de certains cadres qui refusaient carrément de serrer la main des ouvriers. « Tou sa finn bien sanze apre », dit-il.

Jean-Claude Gopaul, lui, avait travaillé pendant 43 ans comme Factory Operator. Il a connu cinq administrateurs et six Factory Manager. « Ou pa ti gagn drwa met mont. Kouma bann misie-la vini, ti bizin kasiet mont-la », raconte-t-il. Il explique de plus qu’en 43 ans de service, il a franchi qu’une fois « linto laport biro bann misie-la ». Il ajoute : « Sa osi pou enn rezon valab. Pa pou al fer palab. »