Le pot de fer contre, pot de terre. Cette expression revisitée pourrait résumer le combat qu’ont mené en vain les habitants de Grand-Gaube contre les promoteurs hôteliers qui s’y sont installés. Un an après notre article à ce sujet, et entre deux confinements, les travaux ont beaucoup avancé et les habitants ont fini par s’habituer à ce nouveau paysage, entre pelleteuses, routes déviées et villas de luxe. Toutefois, comme il nous a l’été prouvé maintes fois, la nature sait reprendre ses droits. Ainsi, à côté du béton, la faune et la flore restantes ont su survivre.

Le développement, oui, mais à quel prix ? C’est la question que se posent de plus en plus de Mauriciens, à la veille de la journée de l’Environnement qui sera célébrée le 5 juin. Des questions d’autant plus pertinentes après les récentes inondations, et les nombreux projets immobiliers et hôteliers qui sortent de terre. « Nous le redisons: nous ne sommes pas contre le développement. Nous en avons besoin. Sinon comment allons-nous survivre ? », se demande un habitant de Grand-Gaube qui suit ce projet de très près.

« Mais quand on voit ce qui se passe ici, on se demande ce qu’on laisse pour nos enfants », dit-il. En effet, résigné à l’idée que rien ne pourra stopper la construction déjà entamée des villas à côté de la petite plage publique, surnommée Couacaud, il tient cependant à attirer l’attention des autorités sur le joyau de cette partie de l’île : « lamar disel ». « Les gens de la région connaissent ce site ainsi. Il est connu pour abriter plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs et c’est incroyable ce qui s’y passe depuis quelque temps », nous dit-il. « Nous, les habitants, avons observé un vol plus conséquent d’oiseaux, notamment de pailles-en-queue sur ce site qui viennent y pondre leurs œufs », dit-il. Un phénomène « extraordinaire » qui mérite d’être observé et surtout protégé. « Avec les travaux à côté, leur espace a été largement restreint, mais malgré cela, ces oiseaux ont trouvé le moyen de venir se poser et se reproduire ici », nous confie-t-il.

Inquiet, il demande ainsi aux autorités de « monitor » les travaux de construction pour protéger ces zones environnementales sensibles, car comme lui, ils sont nombreux à craindre que leur « lamar disel  » ne disparaisse à jamais sous le béton. « Je pense qu’il nous faut aussi trouver et proposer des alternatives plus respectueuses de l’environnement. Il est important d’entamer le dialogue avec la population  », dit le jeune homme.

Le « monitoring  » des travaux
demandé

Pour rappel, l’an dernier, en mars 2020, une photo de tractopelle au beau milieu d’un marécage avait fait le tour des réseaux sociaux, précisément au milieu du Wetland 107 à Grand-Gaube, à moins de 100 mètres du high water mark et derrière le du site se trouve le Wetland 106, identifié et répertorié par l’ESA Study de 2008/2009. Des travaux avaient été entamés pour trois projets hôteliers et contre lesquels les habitants s’étaient farouchement opposés. Interrogé à ce sujet au Parlement par le député Mahen Gungapersad, le ministre de l’Environnement Kavy Ramano devait répondre qu’ « une équipe de la Police de l’Environnement a été sur le lieu et elle a été constaté un site de construction de villa à 75 mètres du Wetland. Toutefois, il a été constaté un stone wall à environ 20 mètres du Wetland, il a été constaté aussi l’existence d’un conteneur et le stockage de matériaux de construction dans un endroit considéré comme la buffer zone de Wetland. Donc, il a été demandé par la Police de l’Environnement au contracteur d’enlever ces matériaux, ce qui a été fait. En ce qui concerne la présence d’une tractopelle, d’un JCB sur le Wetland, le contracteur a plaidé l’ignorance et il n’y a aucune trace du chauffeur de la tractopelle lors de l’arrivée de la police sur le site. L’enquête de la Police de l’Environnement suit son cours et je suis en train de suivre personnellement l’affaire. »

En attendant, une équipe d’Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL) s’était rendue sur les lieux en octobre dernier, après le premier confinement. « L’assèchement en surface est peut-être cyclique oui, mais peut-être pas… Il faudrait faire un état des lieux. Quel suivi ? Nous parlons de vrais monitorings, et non ces pseudo-monitorings qui consistent à dire de manière très superficielle, “been on site, seen nothing”. Based on what scientific assessment ? En tout cas le Sand Beach and Dune SB8 n’est plus. Détruit. Le samedi 17 octobre, AKNL a effectué un constat d’un site prioritaire répertorié dans le projet “Mainstreaming Biodiversity into the Management of the Coastal Zone”, celui de Pointe Oscorne à Melville, Grand Gaube. Y a lieu depuis le début de l’année la construction d’un complexe de villas et appartements de luxe, sans permis EIA, en bordure d’un marécage côtier, qui figure pourtant dans le Top 12 des coastal wetlands à protéger ( “highest conservation value”). Ce marécage côtier est répertorié dans l’étude que le ministère de l’Environnement avait commanditée en 2009 sur les “Environmentally Sensitive Areas”. C’est le “Wetland 107”. La plage sur laquelle se construit le complexe Ocean Grand Gaube est aussi répertoriée dans le ESA Study de 2009 du ministère de l’Environnement : Sand Beach and Dune SB8, également classé “high conservation value” », est ainsi indiqué sur la page Facebook d’AKNL.