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L’Unesco campe sur sa position en ce qu’il s’agit de la construction d’une ligne de chemin de fer et de la station de l’Immigration dans les environs de l’Aapravasi Ghat, site de 1640 m2 classé patrimoine mondial le 12 juillet 2006. Selon des sources proches du dossier relatif au prolongement de la ligne ferroviaire vers la partie nord de la capitale, le comité du patrimoine mondial a établi que des travaux autour de la zone tampon et de l’enceinte du lieu de débarquement des travailleurs engagés indiens sont susceptibles de dénaturer les caractéristiques uniques du site. Cette recommandation fait que Metro Express Ltd (MEL) et le ministère du Métro léger et du Transport se retrouvent confrontés à un véritable casse-tête dans l’optique de trouver une alternative au tracé initial.

Les dossiers d’urbanisme autour des zones tampon des sites classés doivent être transmis au préalable à l’Unesco pour analyse, au risque d’entraîner une perte de la valeur universelle exceptionnelle, d’être mis sur la liste du patrimoine en péri, voire dans des circonstances extrêmes, d’être retiré de la liste du Patrimoine mondial. La zone tampon de l’Aapravasi Ghat est divisée en deux parties. Primo, celle qui délimite les environs immédiats du site et, secundo, la zone qui s’étend de la Place d’Armes à la rue Sun Yat Sen, la rue du Quai jusqu’à la route Royale. C’est dans cette optique qu’une délégation du comité patrimoine mondial de l’Unesco avait fait le déplacement à Maurice en mai 2018 et juillet 2019 pour constater de visu le plan d’aménagement de la plateforme ferroviaire autour de la zone.

Cette institution qui avait, en 2011, interdit la construction d’un parc d’éolienne pourtant distant de 20 kilomètres du site du Mont Saint-Michel en France, aurait, selon nos sources, récemment réitéré aux autorités mauriciennes que le passage des tramways, comme ce fut le cas jadis, devant le bâtiment de la poste centrale pour rejoindre le périmètre autour de l’Aapravasi Ghat, engendra une perte significative de l’authenticité historique du site. Le ministre du Métro léger et du Transport, Alan Ganoo, et le CEO de MEL, Dass Mootanah, le 10 juillet dernier lors d’une visite à l’Aapravasi Ghat, n’ont pourtant pipé mot sur les recommandations formulées par l’Unesco et ses conséquences sur le tracé reliant les stations de Caudan et de l’Immigration. Alan Ganoo s’est contenté d’affirmer que les travaux devraient démarrer cette année. Quant à Vincent Seetaram, l’attaché de presse du ministre, il ne répond plus aux sollicitations de Week-End, pour des raisons dont on ignore, depuis plusieurs semaines.

L’option du terre-plein ?

Selon le plan initial rendu public en octobre 2016 par les consultants de Singapore Enterprise Coorperation (SCE), les tramways sont censés emprunter un tracé en ligne droite à partir de la station Victoria vers l’enceinte verdoyante du Port-Louis Waterfront avant de parcourir quelques mètres devant la poste centrale pour s’arrêter à station de l’Immigration quelques mètres après l’Aapravasi Ghat. Or, s’il est déjà acté que le constructeur Larsen & Toubro (L & T) s’emparera dans les semaines à venir du tracé jusqu’à la jonction de l’autoroute M2 et la rue du Quai, avant le Port-Louis Waterfront, compte tenu de l’intransigeance affichée par les membres du comité du patrimoine mondial, le flou persiste en ce qu’il s’agit du reste du parcours, constitué d’une seule ligne de chemin de fer.

Les réunions s’enchaînent entre les représentants de MEL, du ministère du Métro léger et du Transport et de la Traffic Management and Road Safety Unit (TMRSU) afin d’échafauder un plan B du tracé et sortir de cette impasse. Plusieurs options seraient à l’étude, dont celle qui consiste à aménager une ligne de chemin de fer sur le terre-plein à la jonction de l’autoroute M2 et la rue du Quai. Ce qui permettra du coup aux wagons de se diriger vers la Place Immigration.