Le montant des compensations, pomme de discorde

Les ouvriers de L&T sont à pied d’œuvre pour compléter les dernières démolitions

A Floréal où les ouvriers de Larsen & Toubro (L&T) entament  la dernière ligne droite des travaux du Metro Express (2B), la démolition des structures empiétant sur le tracé a repris de plus belle. Cet exercice avait été suspendu durant plusieurs mois sur certaines parcelles de terre en attendant que les négociations sous la « Compulsary Aquisition of Land » prennent fin entre cinq propriétaires récalcitrants et le ministère du Logement et des Terres. C’est chose faite depuis le mois dernier, sauf que la question de l’estimation des biens, donc de l’indemnisation, est celle qui cristallise le plus de tensions. Week-End a rencontré  deux  propriétaires qui, bien qu’ayant assisté à la démolition de leurs biens, entendent avoir recours à la justice pour protester contre la proposition d’indemnisation des autorités qu’ils qualifient de largement sous-évaluée. Puis, il y a le témoignage poignant de Rakesh qui devra abandonner la maison que lui ont léguée ses parents pour aller vivre ailleurs.

Les régulations régissant les acquisitions obligatoires des terres se trouvent dans la Compulsory Land Acquisition Act.En vertu de l’article 8 de cette loi, il est tout à fait légal pour l’Etat de déposséder quelqu’un de ses biens pour le développement du pays, dans un but d’utilité publique, en contrepartie d’une compensation financière. Nous avons sollicité l’avis d’un homme de loi qui soutient que « certes, l’article 10 souligne qu’un propriétaire a le droit légitime d’aller en Cour suprême s’il n’est pas d’accord. Mais hélas dans la plupart des cas, c’est l’État qui obtient gain de cause.» Toutefois, si l’exproprié estime que la compensation financière n’est pas à la hauteur de la valeur de ses biens, il peut en débattre en Cour suprême sous l’article 24. Un Board of Assessment sera établi pour se pencher sur la question.

« Je quitte ma maison »

Toujours est-il qu’entretemps, l’Etat a le droit d’ordonner la démolition desdits biens. C’est le cas pour le terrain qui appartenait à Deoraj Boodhoo qui habite à la rue Sivananda dans une maison qui date de six ans. «  J’ai assisté impuissant à la démolition de ma terrasse, de mon mur et de mon garage, la semaine dernière. Où vais-je garer mes deux voitures? J’estime que l’offre est insuffisante pour le préjudice causé. » Le septuagénaire nous confie avoir reçu une proposition de Rs 375 000 en guise d’indemnité, qu’il a refusée catégoriquement : « Après la destruction de mes biens, j’entends bien avoir recours à la justice pour une révision de la somme, car j’ai dépensé plus de Rs 4 millions pour façonner ma maison.» L’épouse de Deoraj Boodhoo fait ressortir la perte d’intimité qu’engendrera la reconfiguration de la route Sivananada. « Le trottoir sera aménagé  juste devant la fenêtre de ma chambre. A notre âge, ce n’est pas évident car on a besoin d’un peu de tranquillité et d’intimité », dit-elle.

A quelques encablures de la maison de Deoraj Boodhoo se trouve celle de Paul (prénom fictif)  qui s’est battu, en vain, pour une meilleure estimation de ses 71 m2 de terrains. Son garage et sa terrasse ont déjà été démolis. « Que peut-on réellement faire lorsque notre bien fait face à un projet d’aménagement urbain ? Le pot de terre peut-il gagner contre le pot de fer ? On m’a proposé une pitance par rapport à tout l’argent que mon épouse et moi avions investi », nous confie Paul, qui a contacté son homme de loi pour loger une plainte à la Cour suprême en vue d’une révision à la hausse de l’indemnité. »

Si, d’un côté, la question relative au montant des compensations fait tiquer certains propriétaires, d’autres habitants de la rue Sivananda ont accepté, bon gré mal gré, la somme qui leur a été proposée. Les yeux rivés sur sa maison à étage située aux abords du futur tracé, Rakesh nous raconte qu’une partie de sa maison a été construite sur les terres de l’Etat et que, par conséquent, le ministère du Logement l’a informé qu’une partie de la demeure, que lui ont léguée ses parents, sera détruite sous peu. « C’est un crève-cœur. C’était plus la peine pour moi de continuer à habiter là. Lorsque j’ai pris la décision de négocier avec l’Etat pour une compensation financière en contrepartie de mon départ, il a heureusement accepté», soutient Rakesh qui négocie pour percevoir une indemnité qui doit lui permettre d’acquérir un bien équivalent ailleurs. La responsable de la communication à L&T, Nausheen Aullybux, souligne, en effet, que « les travaux s’intensifient dans cette partie de Floréal afin de respecter la date butoir de décembre 2022. »