— Elle sera détruite puis reconstruite dans les semaines à venir

— Un défaut structurel susceptible de mettre en jeu la sûreté ferroviaire, que cachent sciemment Alan Ganoo et Dass Mootanah

De grands chamboulements sont à prévoir dans les semaines à venir sur la plateforme des tramways, de l’entrée de Port-Louis jusqu’à la station de Caudan, qui sera inaccessible durant six mois. Sauf que, contrairement aux dires d’Alan Ganoo, ministre du Métro, la station de Caudan ne sera pas fermée au public à cause des travaux d’installation des escalators et de l’ascenseur de la passerelle qui permettra de connecter le Victoria Urban Terminal (VUT) à la plateforme ferroviaire. Alan Ganoo, qui effectuait une site visit jeudi, a omis de préciser que la rampe d’accès menant vers la station de Caudan, sur une distance d’environ 100 mètres, sera détruite prochainement et remplacée après que des anomalies ont été découvertes au niveau de la structure.

Alan Ganoo et le CEO de Metro Express Ltd (MEL), Dass Mootanah, ont sciemment caché à la presse les vraies raisons de la fermeture de la station de Caudan, qui sera relocalisée temporairement en contrebas de la structure surélevée des rails, en face de l’autopont Decaen. De nombreux voyageurs réguliers ont d’ailleurs remarqué que les tramways stagnent ou roulent au ralenti au moment d’atteindre la rampe ferroviaire située entre la station de Caudan et la partie en face de l’autopont Decaen. Week-End a appris d’une source proche du dossier que ce phénomène est dû à un déséquilibre important au niveau de la plateforme sur une distance d’environ 100 mètres, conséquence d’une malfaçon de la structure qui est susceptible de mettre en jeu la sûreté ferroviaire.

Cette faute doit-elle être imputée au constructeur L&T ou à MEL ? Le ministre de tutelle, Alan Ganoo, n’avait-il pas clamé en décembre 2019, à quelques jours du lancement de la phase 1 Metro Express, qu’« il a fallu écarter l’assesseur ITALCERTIFIER, au profit d’une autre compagnie pour obtenir au plus vite le certificat de sécurité, la compagnie d’assurance italienne nous faisant perdre du temps, car nous avons des échéances à respecter ! » Toujours est-il que des mesures correctives s’imposent et c’est la compagnie indienne elle-même qui entreprendra les travaux de démolition et de reconstruction dans les semaines à venir.

Alan Ganoo, qui avait l’air emprunté jeudi au moment de dire que la station de Caudan sera fermée « à cause des travaux qui seront effectués à la passerelle du VUT », n’a à aucun moment soulevé la question de la malfaçon constatée à la rampe et si c’est l’Etat, MEL ou le contracteur L&T qui prendra en charge les coûts des travaux qui devraient s’échelonner sur six mois. Le ministre et Dass Mootanah n’ont pas lésiné sur les détails, en revanche, concernant les dispositions qu’ils ont prises pour pallier la fermeture de la station de Caudan. L&T s’attelle à la construction d’une station temporaire en contrebas de la structure élevée en face de l’autopont Decaen. En d’autres mots, les passagers qui embarqueront et débarqueront à cette station temporaire utiliseront des escaliers en métal qui sont également en cours d’aménagement.

 L’aménagement d’une station devant le Port-Louis Waterfront intrigue

Le prolongement du chemin de fer vers la Place Immigration et l’Aapravasi Ghat, qui fait pourtant partie de la phase 1 du projet, prend du plomb dans l’aile. Le comité du patrimoine mondial de l’Unesco camperait sur sa position en ce qu’il s’agit d’objecter à la construction d’une ligne de chemin de fer autour de la zone tampon de l’Aapravasi Ghat, site de 1640m2 classé patrimoine mondial le 12 juillet 2006.

Cette institution, qui avait en 2011 interdit la construction d’un parc d’éoliennes, pourtant distant de 20 kilomètres du site du Mont Saint-Michel en France, devrait ne pas céder à la demande des autorités mauriciennes qui se retrouvent confrontés à un véritable casse-tête dans l’optique d’une extension du projet vers le Nord de l’île. Qu’importe, répondant à une question de Week-End sur la probabilité que l’Unesco oppose son veto au projet, Alan Ganoo a soutenu que « je ne suis nullement pessimiste. Il faut croire en nos chances. » Le ministre était face à la presse devant le Port-Louis Waterfront, où « une station de tramway sera aménagée en attendant que l’Unesco donne son feu vert pour le prolongement de la ligne », a dit Alan Ganoo.

Sauf que la construction d’une station devant le front de mer intrigue plus d’un, dans la mesure où la gare ferroviaire de Caudan permet déjà aux voyageurs de se rendre facilement vers le site. Selon une source, cette démarche de MEL et du ministre de tutelle l’atteste : « Ils savent pertinemment que l’Unesco ne fera pas marche arrière et que cette station qui est censée accueillir les passagers sur une base temporaire dans six mois à la fin des travaux le sera de façon permanente. »

Quatre-Bornes : le public voyageur au rendez-vous

Deux semaines se sont écoulées depuis le démarrage de l’exploitation commerciale du tramway à Quatre-Bornes, et le moins que l’on puisse, c’est que les passagers répondent présents en grand nombre pour l’instant. Dass Mootanah soutient que « depuis que le trajet gare de Quatre-Bornes-Port-Louis a été lancé, 6 000 passagers additionnels voyagent dans le tramway quotidiennement. »

L’extension de la ligne de chemin de fer à Quatre-Bornes n’est pas sans conséquence pour les passagers qui ont l’habitude d’embarquer à bord des tramways à la station surélevée de Rose-Hill. « Il va falloir se faire à l’idée qu’il sera dorénavant difficile pour nous de trouver des places assises aux heures de pointe, car les tramways en provenance de Quatre-Bornes sont quasiment bondés », souligne un passager des villes sœurs.

Il était 8h, vendredi, à la station de Quatre-Bornes. Nous rencontrons Pascale, qui a pris le tram pour la première fois la veille. « Essayer, c’est l’adopté. Je suis agréablement surprise, car ce nouveau mode de transport en commun me permet d’avoir plus de temps à consacrer à ma famille, car je sais maintenant que je voyagerai durant vingt-cinq minutes pour me rendre à Port-Louis où je travaille, et vice-versa pour le retour dans l’après-midi », nous confie la passagère.