•Laurent Recoura, présentant les excuses de MK à tous les passagers affectés, concède la présence de punaises et de cancrelats à bord
« Des problèmes techniques nécessitant une maintenance prolongée et impactant sur une flotte réduite, passée de 15 à 11 avions. » Ce sont en ces termes que l’Officer in Charge (OIC) et Acting Chief Executive Officer d’Air Mauritius, Laurent Recoura, a justifié la pagaille et les graves perturbations affectant les opérations de la compagnie aérienne en ce début d’année.
« Nous avons vécu une séquence difficile avec de gros retards. Nous avons connu une Perfect Storm, avec deux avions cloués au sol pour des raisons techniques pas prévisibles. Et dans ces cas-là, il n’y a pas de miracle, les opérations sont plus complexes à gérer, notamment lorsque surviennent des problèmes techniques sur les avions, nécessitant une maintenance. Ce qui a des conséquences sur le Planning avec un effet boule de neige sur les décollages et affectant ainsi des milliers de passagers”, a-t-il expliqué hier, en conférence de presse. Il ajoute que même si les avions ont été réparés et ont repris du service, il faudra plusieurs jours pour réamorcer le système.
Pour appuyer ses propos, l’Acting CEO d’Air Mauritius fait ressortir qu’en outre, lorsqu’un avion est en panne, « il ne s’agit pas d’une machine sur une rotation, mais d’une machine sur tout le système. Donc, tous les vols sont affectés ». Présentant les excuses de la compagnie d’aviation nationale à tous les passagers affectés, il concède également qu’outre les problèmes d’ordre techniques, Air Mauritius a aussi eu à faire face à la présence d’insectes (punaises et cancrelats) à bord.
« Les insectes dans les pays tropicaux, il y en a beaucoup. Et ils peuvent entrer de plusieurs façons dans les avions, en passant par les trolleys, les passerelles, ou via les trains d’atterrissage », fait-il ressortir. Avançant que nul ne peut deviner qu’il y a des insectes à bord, « à moins de les voir sortir », Laurent Recoura soutient que la compagnie d’aviation nationale procède chaque six mois à des exercices de fumigation à bord des unités de la flotte.
Ainsi, si des cancrelats ont été aperçus à bord de certains avions par des passagers et que ces informations ont été relayées sur les réseaux sociaux, il a fallu un temps de réaction à Air Mauritius en vue de remédier à la situation. « La fumigation est un traitement lourd et prend au minimum 10 heures. Il faut immobiliser l’avion etc. C’est une réorganisation. Nous procédons dès lors avec des méthodes tactiques, à coup de bombes aérosols, mais avant de faire une fumigation, il se peut que l’avion soit reparti et que d’autres passagers ont pu aussi voir des cancrelats à bord », explique-t-il.
Laurent Recoura confirme aussi les épisodes de punaises de lit à bord des avions d’Air Mauritius. « Autant les cancrelats il y en a partout dans les pays tropicaux, mais les punaises de lit ne sont pas une espèce endémique de Maurice. Cela vient des passagers des autres marchés et c’est une réalité qui touche l’Europe où il y a un Peak d’incidents. Ce n’est pas par manque d’hygiène mais ce sont des choses qui arrivent », justifie l’Acting CEO de MK.
Abordant la gestion de la crise à l’aéroport avec de longues files d’attente résultant des vols annulés et reprogrammés, Laurent Recoura indique que c’est une situation découlant aussi d’un manque de personnel au sol, notamment en cette période de fin d’année, avec un taux d’absentéisme noté, comme c’est le cas dans d’autres secteurs du tourisme, à l’instar de l’hôtellerie.
« Nous avons fait ce qu’il faut pour encourager le personnel. Nous avons mis en place des points incitatifs menant à une récompense pour ceux qui ne s’absentent pas. Cependant, nous sommes tous des employés et nous avons des droits. Nous avons des droits certes, mais aussi des devoirs. Et nous demandons aux employés de respecter leurs devoirs”, plaide-t-il.
L’Acting CEO d’Air Mauritius a aussi passé en revue différents volets de la gestion de la compagnie aérienne nationale, dont
Négociations syndicales
Laurent Recoura met l’accent sur « l’amélioration du pouvoir d’achat » et cite le boni de 1,25 mois de salaire à tous les employés, sous forme de 14e mois et la hausse de 10% de salaire. « Cette hausse de 10% est une mesure intermédiaire car nous allons entrer dans la séquence des négociations des accords collectifs par branche », dit-il.
Il attire l’attention sur la stabilisation de la compagnie qui doit équilibrer ses comptes et être rentable. Il prévient : « nous ne pouvons pas donner plus ce que nous en avons. Nous devons maintenir l’équilibre entre revaloriser le travail, et contrôler les coûts. »
1,6 M de passagers en 2023
Air Mauritius a connu une première phase de transformation axée sur le développement des réseaux pour aller chercher les revenus. « 2023 a été un moment décisif de la transformation », dit-il, annonçant 1,6 million de passagers transportés par Air Mauritius, soit un taux de remplissage de 83%, représentant un Load Factor supérieur aux années précédentes, notamment la période pré-Covid.
Cette performance est attribuée à différents facteurs, dont le transfert des opérations de Heathrow sur Gatwick. « Le produit a trouvé son marché qui a augmenté de 41 %. Les revenus ont également connu une croissance de 41% sur cette destination par rapport à 2022 », souligne Laurent Recoura, qui évoque la desserte quotidienne sur Londres, avec la part de marché passant à 47% contre 28% auparavant.
L’Acting CEO commente la reprise des vols sur Genève, de même que Delhi, Perth et Cape Town, avec l’introduction d’un troisième vol hebdomadaire sur ces destinations à la fin de l’année dernière.
Air Mauritius desservira Chennai à partir du 12 avril, se prépare pour la réintroduction de ses vols sur Rome à partir d’octobre 2024. « L’Italie est un gros marché émetteur et c’est une bonne chose de rebrancher la connexion. D’autant qu’avec l’année sainte en 2025, pour la communauté catholique de Maurice, il y aura un vrai intérêt », estime-t-il.
Au sujet de la flotte, Air Mauritius, qui a ajouté deux A330-200 ainsi qu’un 4e ATR 72, a fait l’achat de deux A350, dont l’entrée en service est annoncée pour en 2026-2027, avec la compagnie à la recherche d’un 3e Airbus classique en vue de maintenir sa croissance.
De ce fait, la compagnie procèdera au recrutement de 33 pilotes, soit 19 pilotes de jet et 14 d’ATR, en sus de 47 stewards et hôtesses en 2023 et la formation d’un autre batch de 50 membres de personnel navigant, prenant du service à la fin avril.
Revenant sur les critiques formulées à l’effet d’un manque de personnel sur les avions, l’Acting CEO se défend d’être en infraction aux normes strictes de l’aviation, soit 10 membres du personnel navigant en vol.
« Toutefois, nous avons aussi à faire face au problème d’absentéisme », explique-t-il, justifiant que durant cette période de pointe « quand il y a des vols supplémentaires, nous ne pouvons pas avoir la garantie de 10. Il y a des vols qui sont partis avec huit membres d’équipage. Ce qui correspond toujours à la norme internationale. C’est une pratique normale. »
D’autres recrutements sont aussi à l’agenda, car outre 13 agents d’enregistrement et de 12 Ramp Drivers en 2023, une cinquantaine d’autres employés seront embauchés cette année. Et ce, sans compter 35 agents pour le centre d’appel s’ajoutant aux 25 employés en 2023.
En marge de la deuxième phase de transformation, axée sur l’expérience client, le contrôle des coûts, et les performances opérationnelles, une Task Force a été mise sur pied. « Notre compagnie est très cyclique. Nous sommes dans une période faste. La demande est forte et tout va très bien. Mais cela ne va pas durer éternellement. Il faut faire les réformes », indique Laurent Recoura.
La compagnie prévoit des améliorations, comme l’introduction de matelas en classe affaires pour améliorer le confort du siège des passagers, les sandwiches améliorés sur les vols MK-Rodrigues et aussi une meilleure expérience passager. À ce dernier chapitre, Air Mauritius travaille désormais en collaboration avec le Bocuse d’Or pour une révision des menus à bord en vue de proposer davantage de touche mauricienne dans les repas.
À l’heure des questions
60% des passagers affectés entre
le 22 décembre et le 8 janvier
À l’heure des questions, l’Acting CEO d’Air Mauritius a expliqué que sur les 113,000 passagers des 725 vols effectués durant la période de pagaille, soit entre le 22 décembre et le 8 janvier, 60 % ont été affectés par les retards. « Certains retards étaient de 15 minutes certes, mais toujours est-il que ces passagers ont été affectés », dit-il. Tout en faisant ressortir que pour les indemnisations, le délai peut prendre du temps, au gré des demandeurs.
Il a aussi commenté le demi-tour effectué par le vol Paris-Maurice, le 3 janvier dernier. Il indique que la décision, qui relève du pilote, “seul maître à bord” découle du fait qu’il y a eu effectivement des pannes hydrauliques sur l’appareil.
Pour conclure, s’agissant de la suspension du CEO, Krešimir Kučko, et du Chief Financial Officer, Jean Laval Ah Chip, depuis septembre dernier, Laurent Recoura indique que le conseil d’administration attend le rapport d’enquête initiée par la compagnie PWC. Et qu’une décision sera prise en fonction.
Il n’écarte pas la possibilité qu’il soit de la course pour le poste de CEO. « J’espère bien. Oui, je suis candidat », répond-il, rappelant qu’il occupe déjà ce poste par intérim. Il souligne néanmoins qu’il s’en remettra à la décision du board.

