Quartier d’affaires par excellence, Ébène ressemble à une ville fantôme depuis le début du confinement. La cybercité, qui abrite des dizaines d’immeubles de bureaux, où sont basées plusieurs centaines de compagnies et qui grouille d’activités en temps normal, est désormais quasi déserte, avec la fermeture physique de tous les bureaux, à l’exception de quelques agences bancaires, du Dr Agarwals Eye Hospital et de l’hypermarché Intermart.

Aux alentours, c’est le désert total. Le temps semble s’être arrêté… Les seules personnes que nous apercevons sont des agents de sécurité postés dans leur guérite à l’entrée des immeubles et quelques rares employés de bureau, qui détiennent leur WAP. La quasi-totalité des usagers d’Ébène sont en télétravail depuis le 10 mars et plus personne de l’extérieur ne s’y rend, sauf quelques rares employés et rares clients venus dans les agences bancaires pour y effectuer des transactions. Dans la cour des grands immeubles, quelques voitures seulement, surtout des “company cars”, qui attendent le déconfinement pour reprendre du service.

Nashim, comme de nombreux agents de sécurité d’une grande compagnie, est postée à l’entrée du Central Electricity Board d’Ébène. Elle tue le temps en conversant au téléphone ou en écoutant la radio. « Ebene mari trankil depi komansman. Zis Intermart ki ouver. Pena oken marsan anbulan osi. Partou vid. » Loin de se sentir seule, elle se dit « habituée » à son métier. Nashim travaille sur un système de “shift” de 6h à 18h. « Mo kontan mo metie e pena oken problem sekirite isi », dit-elle.

Pour rentrer chez elle, pas de souci : elle peut compter sur les facilités de transport offertes par son employeur. Mais hormis Intermart et certaines agences bancaires des groupes Absa, MCB, SBI, MauBank et HSBC Mauritius, c’est le calme plat dans les alentours. On pourrait presque compter sur les doigts d’une main les véhicules qui y passent.

À quelques mètres des bureaux du CEB, le quartier général de Business Mauritius et de MCCI Business School. C’est Waheeda, l’agent de sécurité, qui nous accueille. Elle est postée à l’entrée de Business Mauritius depuis quatre ans. « Il y a seulement une ou deux voitures qui entrent chaque jour. Ce sont des employés qui ont leur WAP », dit-elle.
Waheeda, qui s’apprête à attaquer son déjeuner du jour, ne craint pas pour sa sécurité. « Pour moi, lockdown ou pas lockdown, metie-la parey, e mo pa per pou rest tousel isi. Ena kamera surveyans partou », explique-t-elle. Juste en face de son poste de contrôle, le Dr Agarwals Eye Hospital, où l’on voit un petit mouvement de véhicules et des personnes venues se faire soigner.

Un peu plus loin, à l’Absa House, l’agent de sécurité, Jean-Marie, grille une cigarette entre deux blagues. « Normalman ena anviron 500 dimounn travay isi. Me la, ena apepre 75 ki pe vinn travay. Nou swiv tou prosedir saniter. Me se vre ki Ebene enn lavil mort aktielman », lâche-t-il.
Un employé détenant le WAP, que nous croisons sur notre route, abonde dans le même sens : « En général, il y a beaucoup de mouvements à Ébène. D’ailleurs, ce n’est pas facile de se garer, tellement la ville est prise d’assaut par des dizaines de milliers d’employés et des gens venant en rendez-vous tous les jours ou pour assister à des conférences, etc. Mais là, c’est mort. Je travaille dans une des banques opérant ici et cette année, je constate que les gens se déplacent bien moins que l’année dernière pour venir à la banque. Je crois qu’ils doivent être conscients de la gravité du virus et de l’importance des gestes barrières et du confinement. Les gens prennent moins de risques. »

Ébène abrite majoritairement des compagnies engagées dans le secteur financier et le “global business”, des entreprises technologiques/BPO ainsi que des startup innovantes dans divers secteurs. On y retrouve ainsi les firmes comptables EY, Deloitte et KPMG, Castille Mauritius, Accenture, DTOS, Baker Tilly, JurisTax Ltd, Maureva Ltd, Mauritius Network Services, Ocorian, DHL (Mauritius), Ceridian Mauritius, le groupe Ciel, ainsi que la Financial Services Commission.

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Sécurité : pas d’inquiétude !
Les entreprises basées à Ébène semblent bien équipées sur le plan de la sécurité. Le CEO d’une grande entreprise financière, à qui nous demandons s’il ne se fait pas du souci pour la sécurité de ses bureaux, répond : « Nous n’avons pas vraiment d’inquiétude, car nos bureaux sont sécurisés par des contracteurs privés, avec des agents sur place et des interventions. » Un autre chef d’entreprise abonde dans le même sens : « Nos systèmes de sécurité sont bien rodés et, en outre, il y a un poste de police à Ébène depuis quelques mois, près de la Cybercité No 1. Cela contribue à rassurer les usagers d’Ébène. Mais pour le bien de tous, nous espérons quand même que le confinement ne durera pas deux mois, comme l’année dernière. »