Le naufrage du MV Wakashio, à Pointe-D’Esny, a causé des graves dommages au récif corallien, déjà en danger de disparition du fait du changement climatique. Nadeem Nazurally, chargé de cours en biologie marine, et qui termine bientôt son doctorat dans ce même domaine, pointe du doigt l’action de l’homme pour les dommages causés à la flore et faune marines.

« Notre mer s’est grandement dégradée. Si nous analysons la mer de Flic-en-Flac, il serait exceptionnel de voir deux ou trois poissons. Les coraux y sont aussi presque inexistants. La situation est similaire un peu partout. Il faut que nous protégions nos coraux, sinon nous n’aurions plus rien dans les années à venir », explique ce chargé de cours, qui passe tout son temps dans la mer du Sud-Est depuis l’échouement de MV Wakashio. Selon lui, le lieu où le navire a été “grounded” a définitivement endommagé les récifs. Mais le pire est le gros volume d’huile s’étant échappé du navire. « Si le déversement d’huile avait été plus important, nos coraux auraient été complètement détruits », sit-il.

Observant l’huile lourde sur les mangliers qui, dit-il, se trouve à 50 ou 60 centimètres près des racines, il affirme que « les crabes ont déjà été affectés » et que « beaucoup mourront ». Aussi, selon le chargé de cour, il est urgent de mettre en place des systèmes pour restaurer ces lieux, ce qui, craint-il, risque de prendre « beaucoup de temps ». Poursuivant, il fait ressortir que les parties affectées par la marée noire étaient déjà polluées avant celle-ci.

Nadeem Nazurally mentionne que lorsque l’huile s’est échappée du vraquier, des “pollutants” se sont définitivement dissous dans l’eau. « Le problème, c’est que nous ne savons pas quels sont ces types de “pollutants” qui se sont mélangés. Raison pour laquelle il faut effectuer des surveillances », dit-il.

Revenant sur les coraux, il explique que plus la mer est sombre, et moins ceux-ci poussent. « Nous croyons que l’état de la mer, au port, est sale, alors que c’est le “dive spot” le plus beau que nous ayons. Nous pensons naturellement que l’eau claire est plus agréable que l’eau noire, mais cette eau noire peut au contraire contenir des nutriments de haut niveau pour d’autres types de vie. Pour autant, cette eau noire ne doit pas être polluée. Tout cela pour dire qu’une eau claire ne signifie pas nécessairement que les coraux y grandiront bien », avance-t-il. Il rappelle que les coraux consomment des planctons et que ces derniers sont abondants dans les eaux riches en nutriments. Aussi, le plus grand danger pour les coraux est la sédimentation et la pollution.

Nadeem Nazurally sait d’ailleurs de quoi il parle, puisqu’il est engagé dans la culture de coraux. Il a à ce propos un projet financé par la Higher Education Commission, en collaboration avec le Pr Baruch Rinkevich. Ce dernier est d’ailleurs venu à Maurice à plusieurs reprises dans le cadre de ce projet, à Flic-en-Flac et à Pointe-aux-Feuilles.

Parlant sur la culture de coraux, il explique que des structures métalliques ont été installées, par exemple à Trou-aux-Biches, dans cette optique. « Ces structures nous ont été données par une compagnie privée, et nous les avons placés un peu partout. À 40 mètres de profondeur à Trou-aux-Biches, nous avons ainsi des coraux surnommés Rose Garden. Nous avons d’ailleurs soumis un projet à l’international pour sa protection, mais nous faisons face au Crown of Thorns Starfish, qui dévaste ces coraux. Nous avons aussi soumis un projet pour éliminer cela. Cette variété de coraux, la Rose Garden, est d’une beauté inégalable », dit-il.

Les coraux existants ne sont pas utilisés pour en cultiver. « Nous collectons les coraux déjà cassés et nous les laissons pousser dans ces structures. Nos coraux ont bien grandi durant la période de confinement. L’idée de planter ces coraux est venue grâce aux casiers des pêcheurs », dit-il. Pour le chargé de cours, ces casiers, jetés dans la mer, sont d’ailleurs une cause de pollution. « Mais paradoxalement, les coraux y poussent », se réjouit-il.

Revenant sur les raisons de la dégradation de l’écosystème marin, il pointe du doigt la surpêche et la pollution. « Les coraux sont engouffrés facilement par des goémons, car nous avons trop pêché les variétés de poisson qui les consomment, comme le cordonnier ou le câteau. Ces cateaux nettoient notre mer et nous mettons en danger les coraux car les goémons poussent plus rapidement que les coraux, et les tuent », ajoute-t-il.
Les crèmes solaires sont aussi à l’origine des dommages créés au écosystème marin. L’expert rappelle ainsi que le pays dépend grandement du tourisme. « Nous considérons la crème solaire que nous utilisons comme peu de chose. Mais imaginons que les 1,3 million de touristes qui viennent à Maurice chaque année et qui utilisent ces crèmes, sans oublier le grand nombre de Mauriciens qui les utilisent aussi. Cela a un impact réel », dit-il.
Autre orme de pollution : le déversement de déchets, notamment plastiques. Il dit ainsi avoir, en nageant au Sud-Est, collecté un grand nombre de bouteilles en plastique, qui est un problème environnemental inquiétant, selon lui. « Pour moi, il faut bannir le plastique. Mais si on ne peut pas le faire, qu’on trouve des moyens pour le recycler et, ainsi, ne pas causer plus de tort encore à l’environnement. À Rivière-des-Créoles, nous avons enlevé des pneus de camions dans la mer… » reprend-il.

« Le plastique est d’ailleurs présent dans tout ce qui nous entoure, comme nos vêtements », explique-t-il. Aussi, pour lui, une économie circulaire, basée sur le principe que nos produits ne détruisent pas l’environnement est le chelin à emprunter…