Photo d'illustration

Compte tenu du courant sur la partie sud-est de l’île, le village de Rivière-des-Créoles s’est transformé en côte sinistrée de la marée noire du MV Wakashio avec les nappes d’huile se retrouvant à terre et s’immisçant dans le sol. Certes, d’autres villages côtiers sont affectés par le déversement du fioul en mer mais ce matin, les habitants de Rivière-des-Créoles peinent à reconnaître leur environnement. Des nappes d’huiles, dégageant une forte odeur, susceptible d’affecter la santé de la population, ont envahi la côte.
Devant ce constat dramatique quant à l’environnement, un important contingent de membres de la Special Mobile Force (SLMT) a été déployé pour procéder à un premier nettoyage même si les traces pourraient paraître indélébiles. Des techniciens de la Mauritius Oceanography Institute ont également fait le déplacement pour des prélèvements de l’eau de mer en vue des analyses. Des habitants de Rivière-des-Créoles confient au Mauricien qu’ils ont passé « une très mauvaise nuit avec l’odeur du fioul » alors que des enfants se plaignent des irritations à la gorge.

Par ailleurs, d’autres éléments de la Special Mobile Force (SMF) sont depuis ce matin dans les régions de Pointe-d’Esny, Mahébourg, Rivière-des-Créoles et Blue-Bay, entre autres, où ils ont eu comme instruction de ramasser du goudron qui s’est accumulé sur le rivage. « Cet exercice se déroulera au quotidien aussi longtemps que cette substance se trouvera sur les plages », avancent des sources à la SMF. Les Casernes centrales demandent au public de ne pas s’aventurer vers ces lieux concernés.

Parallèlement, ce matin, la priorité était de placer des “sea-booms” dans les alentours de l’île-aux-Aigrettes, car des traces d’huile sont visibles à quelques mètres seulement de cette réserve naturelle.

De plus, un bateau de la NCG effectue des patrouilles autour de l’île régulièrement pour retransmettre des informations en temps réel quant à la direction du fioul dans le périmètre de ce site.

Par ailleurs, par rapport au nombre croissant de badauds à Pointe-d’Esny, surtout en vue du week-end, les Casernes centrales n’écartent pas la possibilité d’interdire l’accès dans certaines zones pour des raisons de sécurité. Ce matin encore, les Casernes centrales étudient la possibilité d’interdire l’accès à Pointe-d’Esny.


Yan Hookoomsing (AKNL) : « On a banalisé l’incident ! »

Je suis comme tous les Mauriciens, choqué. On a vu à la télé ce qui se passe à l’étranger quand de tels incidents se déroulent. Les conséquences s’étalent sur 30 ans… Sauf qu’on n’est pas la France, on n’est pas le Japon, ni d’autres pays qui ont des moyens colossaux. Je pense que malheureusement, ce qui nous attend est aussi noir que la marée qui se profile. Comment n’a-t-on pas pensé à pomper le fioul dès le premier jour ? Je suis comme tous les Mauriciens, je ne comprends pas ! Koze zoli koze lor lanvironman, mais quand il est question de prendre des actions… Pourtant, ce sont les actions qui comptent. Une fois de plus, la question qu’on se pose, c’est comment a-t-on pu attendre 12 jours avant d’agir ! Ne savait-on pas qu’il y avait 3 800 tonnes de carburants à bord ? D’après nos informations, on a attendu le propriétaire du bateau. Mais qui a le plus à coeur notre pays ? Nous ou le propriétaire ? Maintenant, c’est tout le lagon de Mahébourg et plus loin qui seront affectés. Le propriétaire du bateau, lui, est-il concerné par cela ? Au lieu de consacrer notre énergie à comprendre qu’on a affaire à une urgence écologique et historique, on a consacré son énergie à minimiser et banaliser l’incident. Et cela, les générations futures se souviendront de ceux qui ont été ministres ce jour-là !


Sébastien Sauvage (Eco-Sud) : « Une série de mauvaises gestions »

La catastrophe est là. Il y a eu une série de mauvaises gestions depuis que ce bateau a approché nos côtes. Et le plus grave a été de faire que le bateau se repose sur la poutre. Je pense que cela a créé une tension sur la coque. Et voilà maintenant le résultat ! L’huile sort de partout. Un bateau, à mon avis, est fait pour flotter, pas fait pour être juste sur un bord. Je vois qu’il sera important, au moment de l’aftermath, ce savoir qui a quoi comme responsabilité dans cette histoire, avec un manque de transparence énorme des autorités et du ministère, qui est de notre point de vue totalement inacceptable. Il faut maintenant retrousser nos manches et aller donner un coup de main, et faire le maximum que cette huile ne reste pas longtemps sur nos côtes. Ils n’ont pas mis les bouées au bon endroit; ils les ont mises à Blue-Bay. Ils n’ont pas envoyé un hélicoptère voir le bateau quand ils n’avaient pas de contact. Ils ont pris les devants trop tard quant à savoir ce que le bateau faisait aussi près de nos côtes. Quand le bateau est arrivé perpendiculairement au récif, il fallait l’immobiliser. Il ne fallait pas le laisser se tourner. Hier, il semblerait qu’il ne fallait pas aller remplir la cale No 6 pour le faire s’asseoir sur le récif… Les bouées autour du bateau, il n’y en a pas assez. On n’arrive pas à contenir l’huile qui s’échappe du bateau. C’est une catastrophe, à l’image des autorités qui ne jouent pas la transparence et qui ne veulent inclure personne dans leurs actions sous couvert du “under control”. Et voilà… C’est d’une tristesse sans nom.


Georges Ah Yan (habitant de Mahébourg) : « Il aurait fallu
pomper l’huile dès le lendemain »

Nous sommes très inquiets. Quand cela s’est produit, le 25 juillet, nous avons trouvé bizarre que les garde-côtes n’étaient pas au courant un jour et demi après. Il aurait fallu chercher un “tug” pour pomper l’huile lourde alors que l’on savait que le risque était aussi grand. Tout laisse à croire que le South East Trade Wind poussera l’huile jusqu’à Trou-d’Eau-Douce et Belle-Mare. Ce que nous déplorons, c’est que nous ne recevons pas d’informations précises des autorités. Alors que nous, les habitants, voyions le bateau pencher, la police, elle, disait qu’il gardait sa stabilité… Nous nous demandons où est la vérité. Nous sommes tellement inquiets quand nous voyons le bateau être secoué par les vagues. Nous ne savons pas si une catastrophe écologique pourra être évitée. Ce sont les autorités qui doivent prendre les devants. Les habitants du Sud sont en train de mettre la pression sur celles-ci car il est inconcevable que nous devions attendre le propriétaire. Nous ne pouvons qu’assister à cette catastrophe, impuissants. Au plus tard, le lendemain, les autorités auraient dû faire pomper le fioul. Certes, le pays n’a peut-être pas les moyens, mais il aurait fallu chercher un “tanker” plus près de nous, et non pas attendre le propriétaire. Je pense que la Marine Authority doit avoir ce genre de “tanker”, car que se passe-t-il si un bateau s’échoue dans le port ? C’est comme un pneu de rechange pour une voiture. Elle ne peut rouler avec quatre roues seulement. À l’heure où je vous parle, des garde-côtes sont allés plonger dans la mer et sont revenus noirs d’huile. Cette pression du vent du sud-est poussera certainement l’huile au-delà des bouées.


Joseph St -Mart (Assoc. de la voix de Mahébourg)
: « Bokou pwason pou mor »

« Je suis triste et révolté. La situation est très grave. Je suis très inquiet pour les habitants de cette région. Si nous en sommes arrivés là où nous sommes aujourd’hui c’est la faute aux autorités, de la négligence. Plus d’une semaine s’est écoulée. Aucune décision n’a été prise pour faire pomper le fioul. Résultat : l’environnement s’est rapidement dégradé en raison du déversement incontrôlé du fioul qui échappe du bateau. On aurait dû prendre toutes les dispositions pour éviter cette catastrophe. Bokou pwason pou mor. Se enn vre dram ki bann Maibourzwa pe viv. »


J.V. (pêcheur) : « Mem NCG dir nou pa gagn traka… »

J.V., 48 ans, habite Mahébourg depuis sa tendre enfance. Ce pêcheur de profession rentrait chez lui hier après-midi après avoir assisté à une réunion d’une société coopérative organisée par le ministère des Coopératives. « Kouma mo rant laeropor, mo koumans santi enn loder mazout. Mo dir a la beze. Bato pe larg mazout. Comme son ami Joseph St-Mart, il pointe du doigt les autorités qui, dit-il, ont pris du temps pour prendre une décision.
On était sur la plage lundi près du Débarcadère en compagnie de quelques amis pêcheurs. On discutait avec quelques membres de la National Coast Guard de la situation. On voulait donner notre point de vue sur le Wakashio. Mem NCG dir nou pa gagn traka. Tou pou pas bien. Nounn konpran ki zot pa bizin nou lopinion an tan ki peser. Zot blie ki lor la mer pa zis sertifika ki konte. »


Sanjay, taximan : « Mo koumans gagn noze »

Sanjay, chauffeur de taxi, habite à Rivière-des-Creoles à quelque deux kilomètres de Mahébourg. Il raconte. Il était 14 h, j’étais sur le point de rentrer chez moi lorsque j’ai remarqué quelques habitants en train de discuter sur la plage. Je suis allé voir. J’étais pris à la gorge par une vapeur et une forte odeur de carburant. Mo koumans gagn noze. Mo pa kapav respire, monn bizin rant kot mwa. Mo res isi depi 45 an. Zame mo finn trouv lamer Camp Creole sa kouler la. »


Louis Telva (pêcheur) : « Si on nous avait écoutés… »

La semaine dernière, nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme, photos à l’appui, sur les traces d’hydrocarbures dans le lagon de Pointe-Jérôme, mais les autorités ne nous ont pas pris au sérieux. On a préféré nier, on pense que nous, pêcheurs, sommes illettrés. Mais nous connaissons la mer. Si on nous avait écoutés, si on avait réagi tout de suite, nous n’en serions peut-être pas là. Actuellement, la situation est catastrophique. Même la Mauritius Wildlife Foundation est en train d’évacuer l’Ile-aux-Aigrettes pour mettre les animaux à l’abri. Pour nous, pêcheurs, cela voudra dire qu’on ne pourra pas reprendre la mer de sitôt. Le pétrole s’est répandu partout. On ne sait combien de temps cela prendra pour qu’on puisse recommencer à pêcher dans la région. C’est un désastre non seulement pour nous, mais aussi pour le pays, pour les habitants de Mahébourg. Actuellement, les résidents de Cité La Chaux sont incommodés par l’odeur de pétrole. Il y a des gens qui ont des problèmes respiratoires et qui ne pourront s’adapter à la situation.