Le syndicaliste indique que le capitaine Moswadeck Bheenick avait été suspendu pendant deux mois auparavant pour avoir refusé de mener une opération jugée « not safe »

L’ex-juge Gérard Angoh à d’autres témoins : « Si ou pena nanyen pou dir, kifer ou vinn la ? »

Les travaux de la Cour d’investigation pour faire la lumière sur le naufrage du remorqueur Sir Gaëtan dans la nuit du 31 août 2020 se sont poursuivis hier avec l’audition des employés de la Mauritius Ports Authority (MPA), qui sont membres de la Maritime Transport and Port Employees Union (MTPEU). Le président du syndicat, Tirth Purryag, a évoqué des pressions exercées par des chefs de départements, dont le Port Master, le capitaine Barbeau, et son adjoint, le capitaine Newoor, pour des opérations. Il a indiqué que le jour du drame, le capitaine Moswadeck Bheenick n’aurait pas pu refuser les instructions données pour rentrer à Port-Louis malgré le mauvais temps, car dans le passé, il avait été suspendu pour n’avoir pas mené une opération. « Pa gagn drwa refiz travay dan MPA ! » dit-il.

Le syndicaliste est catégorique sur le fait que le Sir Gaëtan n’était pas le tug approprié pour mener cette opération de Towing. « Il y avait le tug Sir Edouard, qui était disponible. Il était plus capable pour faire cette opération. Même si le Sir Edouard était ce jour-là assigné à d’autres opérations dans le port, le chef de département aurait pu trouver un autre “slot” pour utiliser le Sir Edouard, car il n’y avait aucune urgence pour ramener la barge à Port-Louis », dit-il.

Il a aussi fait ressortir que ce jour-là, il y avait déjà deux plans de travail établis, soit pour que l’équipage reste à Pointe-D’Esny et retourne le lendemain matin, soit pour qu’une autre équipe assure la relève le lendemain. « Mais rien n’a été respecté », a affirmé le témoin.

Répondant à une question de l’ancien juge Gérard Angoh, chairman de la cour d’investigation, qui cherchait à savoir s’il aurait, lui, poursuivi cette opération s’il avait été à la place du capitaine Bheenick, il devait répondre que ce dernier, dans le passé, avait été sanctionné pour n’avoir pas mené une opération qu’il avait jugée “not safe”. « Le capitaine Bheenick avait déjà un point noir dans sa carrière, car il avait été suspendu après un sévère avertissement. On lui a mis la pression pour qu’il retourne ce jour-là. Que pouvait-il faire ? » a soutenu le syndicaliste. Et de renchérir : « Pa gagn drwa refiz travay dan MPA. Ena presyon partou. »

Il a aussi indiqué qu’avant cette opération, il avait dit aux capitaines Barbeau et Newoor de ne pas envoyer le remorqueur Sir Gaëtan, mais le Sir Edouard à la place. Il a aussi fait état d’un incident où il avait lui-même fait l’objet d’un comité disciplinaire en raison d’un accident survenu en mer et pour lequel il n’était pas responsable.

« I’am afraid »

Le syndicaliste devait aussi informer la cour qu’il a reçu hier une lettre par e-mail du capitaine Barbeau lui demandant de rechercher l’approbation de la direction avant de déposer quelconque document devant la cour. Le témoin devait de fait dire hésiter à donner des documents et à en dire plus. « After this letter, I am afraid ! » a-t-il dit.

Les conseils légaux de la MPA, Mes Amman Ooweer et Shailesh Seebaruth, ont alors fait comprendre qu’ils n’étaient pas au courant d’une telle lettre, donnant de fait l’assurance que les employés de la MPA pouvaient déposer en toute liberté. Le chairman de la cour d’investigation a également indiqué que le capitaine Barbeau sera appelé à déposer devant la cour et qu’il sera questionné sur cette lettre.

Tirth Purryag a fait ressortir que depuis un mois, le remorqueur Sir Edouard n’a pas de certificat de fitness et a malgré tout continué à mener des opérations dans le port. Après plusieurs doléances, le remorqueur a finalement été mis de côté il y a un mois. Il soutient aussi que le “drydocking” des remorqueurs et autres bateaux de la MPA, qui se faisait auparavant chaque année, se fait désormais tous les deux ans.