– Le PC Jagarnath : « Je ne savais pas que le navire s’approchait de nos côtes »

– L’officier du NCG avance qu’à 19h10, le 25 juillet dernier, le radar avait indiqué que le navire était “underway” alors que ce dernier était déjà “grounded”…

L’ex-juge Hamuth : « You are going round and round. You are drifting away from the question »

Les travaux de la Court of Investigation en vue de faire la lumière sur le naufrage du MV Wakashio le 25 juillet dernier ont repris hier avec l’audition du Radar Operator de la National Coast Guard, le constable Jagarnath. L’officier du NCG a essuyé de vives critiques sur son rôle et le monitoring du navire dans les eaux mauriciennes. Le PC Jugarnath a concédé qu’il ignorait que le vraquier japonais s’approchait des côtes et qu’à 19h10, le radar montrait que celui-ci était « underway » alors qu’il avait cessé de se déplacer.

L’officier avait, ce jour-là, pris la relève du constable Sujeebhun qui était en poste depuis le matin. Il a expliqué qu’il devait prendre son poste à 21h40 mais y était depuis bien avant et était affairé à d’autres tâches. À 21h40, il aurait commencé le Radar Operating.

L’officier a fait comprendre que, selon la pratique, chaque officier fait ses propres entrées dans le Diary Book des différentes tâches accomplies. Or l’assesseur Jean Mario Geneviève devait attirer son attention sur le fait que bien qu’il ait dit avoir commencé le travail tôt ce jour-là, ce n’est qu’après 22h qu’il a consigné une première entrée dans le Diary Book.

Cette entrée se rapporte à un appel reçu d’un autre officier, le PC Boodhoo, à 22h. « When officer Boodhoo called, you did not tell him that you knew that MV Wakashio was near the coast and not moving? », a demandé Jean Mario Geneviève. L’officier a indiqué qu’il ne savait pas que le navire s’approchait dangereusement des côtes car le radar montrait que le navire était underway.

« Is it not normal that a ship which is not moving appear underway on your radar ? Is there a problem with your equipment ? From 19.25 to 22h, the ship was not moving and you find this normal ? », s’est demandé  l’ancien juge Hamuth. Ce à quoi l’officier n’a pas été en mesure de répondre. Il a, par la suite, expliqué que quelques officiers sont venus voir le constable Sujeebhun et qu’il était en train d’opérer le radar et qu’il n’est pas au courant de ce qui a été dit.

« Pleasure craft »…

En pas moins de 20 occasions lors de son audition, le PC Jugarnath a fait allusion au navire en utilisant le terme « pleasure craft ». Ce qui n’a pas manqué d’agacer le panel, qui lui a fait la remarque que le MV Wakashio est loin d’être un « pleasure craft » mais un vraquier japonais qui contenait 4 000 tonnes de fioul. Le panel a aussi vivement critiqué la façon dont le monitoring du navire dans les eaux a été effectué ce jour-là.

À 19h10, on peut voir une entrée dans le Diary Book de l’Operations Room de la NCG au poste de Pointe-du-Diable qui demande de contacter le MV Wakashio. Les assesseurs lui ont ainsi demandé, suite à cet appel, quelle action a été prise. L’officier devait répondre qu’ils ont continué à “monitor” le navire.

« Does contact mean monitor ? At 19h25, the ship was not moving. Did you call back to the operations room to tell them. Do you find it normal ? », a demandé l’assesseur Geneviève. L’officier a admis n’avoir pas appelé. Le panel a aussi attiré son attention sur le fait que ce jour-là à partir de 19h, la communication entre les officiers des différentes stations s’est déroulée à travers le téléphone et non le système de communication commun et que les autres officiers n’ont pu être au courant de ce qui se passait.

« No space »

L’assesseur Johnny Lam Kai Leung a soulevé des interrogations sur la méthode de monitoring. L’officier de la NCG a expliqué qu’il note les différents bearings des navires ainsi que la direction. « Where do you note the bearings ? It is not written in the diary. How can you follow it if it is not written ? Do you only monitor when a ship enters the territorial waters of Mauritius ? », a demandé Johnny Lam Kai Leung.

Interrogé sur l’utilisation de la « chart » pour suivre les mouvements des navires, l’officier a concédé que les officiers n’utilisent pas la « chart » bien qu’il y en ait une car il n’y a pas de place dans la Radar Station. « We do not have enough space to put the chart. We do have a chart. You have seen where we work. They know that the place is like this », a déclaré l’officier qui soutient que bien qu’il n’y ait jamais eu de plainte officielle sur leurs conditions de travail, les responsables sont bien au courant.

L’ancien juge Hamuth est maintes fois revenu sur les entrées dans le Diary Book qui, a-t-il fait remarquer, étaient assez incohérentes au vu de la chronologie des événements de cette nuit-là. « You are going round and round. You are drifting away from the question. Please do not talk at the same time », a dit l’ancien juge. L’officier a répliqué qu’il n’est pas tenu d’être constamment collé au radar mais qu’il peut jeter un coup d’œil chaque cinq minutes pour suivre l’évolution. Les travaux reprennent jeudi avec l’audition d’autres officiers du NCG.