La famille Quirin, Virginie et Pascal, et le petit Gabriel qui attendent avec impatience que la petite dernière, Émilie, miraculée et placée en incubateur à l’hôpital, revienne à la maison

Déclaré « pas viable » avant sa naissance, mort à l’accouchement, placé dans une boîte de désinfection, le bébé est découvert une heure plus tard vivant par le personnel soignant

Heureux et soulagés, depuis trois mois maintenant qu’ils savent leur enfant vivant, Virginie et Pascal Quirin crient à la négligence médicale

Ils se demandent ce qui se serait passé si leur enfant n’avait pas été découvert en train de pleurer

Elle s’appelle Émilie. Et pèse 930 grammes. Mardi, elle devrait fêter ses trois mois. Depuis le 5 février, elle fait le bonheur de ses parents, Virginie et Pascal Quirin. Un bébé prématuré, attendu pour le 10 mai, mais qui est arrivé avec près de trois mois d’avance. Elle est placée en incubateur depuis sa naissance, son état de santé d’Émilie est stable. Chaque jour qui passe est un jour de plus, disent ses parents, heureux de ce nouveau bonheur. Un bonheur qu’ils croyaient envolé il y a encore quelques jours lorsque les médecins de l’hôpital de Rose-Belle avaient déclaré leur enfant « mort ». Oui, Émilie est un bébé miraculé. Déclarée « pas viable » avant d’être née, puis « morte » à sa naissance, elle respire aujourd’hui sans appareil. Elle peut même être alimentée. Ses parents n’en reviennent toujours pas de l’expérience inédite et traumatisante qu’ils ont vécue. Une expérience qu’ils mettent sur le compte de la négligence médicale et pour laquelle ils ont porté plainte. L’histoire de la petite Prishtee, mort-née le 12 avril à l’accouchement à l’hôpital SSRN, a ravivé le traumatisme de cette famille qui se confie à Week-End.

Elle s’appelle Émilie. Mais pas seulement. Kara Émilie Quirin. Virginie, sa mère, insiste : « Pourquoi Kara? simplement en référence au personnage de DC Comics et la cousine de Superman. Parce que Émilie est une « supergirl ». Alors qu’on l’a déclarée « morte », elle est en vie. Elle a défié ces médecins qui l’ont laissée pour morte et respire par elle-même aujourd’hui. » Il y a trois mois, il était difficile pour Virginie Quirin de parler de cette naissance qui fait pourtant le bonheur de sa petite famille. Mais aujourd’hui, après avoir vu la vidéo sur laquelle Sweta Ram raconte son calvaire à l’accouchement de son enfant mort-né à l’hôpital SSRN, la jeune maman ne veut plus se taire. « Il faut que ça s’arrête. Il y a un gros problème dans notre système de santé publique pour les accouchements. En écoutant cette maman raconter son expérience, je me suis revue sur la table d’examen à l’hôpital de Rose-Belle. Je n’ose même pas imaginer sa douleur, tant la mienne était atroce. Moi j’ai la chance d’avoir un bébé miraculé. Mais combien d’autres sont passées par des épreuves atroces à cause d’une négligence médicale ? » se demande-t-elle.

« Une petite soeur pour notre fils Gabriel »

Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’elle a recours aux services de santé publique. « À chaque fois que j’ai un problème de santé, c’est à l’hôpital que je me rends. Et le personnel est professionnel. Ce qui cloche, ce sont les procédures d’accouchement sans doute », précise Virginie Quirin.

Amère, elle revient sur son expérience expliquant que pour cette troisième grossesse, elle était considérée comme une patiente fragile du fait qu’elle avait subi une perte, en 2019, lors de sa deuxième grossesse. Raison d’ailleurs pour laquelle elle a suivi en parallèle à son traitement à l’hôpital un traitement chez un gynécologue du privé. Si la santé de la maman est fragile, son bébé, lui, grandissait bien dans son ventre, dit la Mahébourgeoise.

Le 30 janvier, après le rendez-vous de Virginie Quirin avec son gynécologue du privé, c’est une joie immense qui anime toute la famille, qui organise une Gender Reveal Party. Après six mois, le sexe de l’enfant qu’elle porte lui a été révélé. Il s’agit d’une fille, et elle grandit bien, a assuré le gynécologue. « On voulait une fille pour avoir une petite sœur pour notre fils Gabriel, qui fêtera ses sept ans bientôt. On était contents de la nouvelle du gynécologue », raconte Pascal, l’époux de Virginie. D’ailleurs, le lendemain, à l’occasion de l’anniversaire de Virginie, il était prévu de réunir toute la famille autour d’un briani. Toutefois, à son réveil, vers 6h30 ce 1er février, Virgoinie a perdu les eaux. Le couple appelle immédiatement le gynécologue du privé pour l’informer de la situation. « Le médecin me dit de rester au lit mais si mon état empirait, il faudrait le rappeler », se souvient Virginie. Si les Quirin essaient de se renseigner un peu sur le net quant à ce qu’il faut faire dans ce cas-là à 26 semaines de grossesse, Virginie ne veut pas prendre de risques. Ayant déjà perdu un bébé, elle préfère se rendre à l’hôpital.

À son arrivée aux alentours de 10h30 aux urgences de l’hôpital de Rose-Belle, elle est immédiatement conduite au Labour Ward où elle est examinée par une sage-femme et une Medical Officer. Son mari attend, lui, à l’extérieur. C’est là que la Medical Officer est venue à la rencontre de Pascal Quirin pour lui demander de signer des documents. Interloqué, l’époux questionne le médecin quant aux raisons nécessitant sa signature. « Elle m’a dit qu’il fallait que je signe pour les risques encourus et qu’il était probable que je perde et mon enfant et mon épouse dans ce cas-là », dit Pascal Quirin. Pour lui, c’est l’incompréhension totale. « Malgré la peur, puisqu’il fallait signer, j’ai signé », dit-il.

« Le médecin me donne une chance »

À l’intérieur, la Medical Officer qui ausculte Virginie en lui palpant le ventre lui apprend qu’elle n’en est qu’à la 24e semaine de grossesse, contrairement à ce que lui a dit son médecin du privé, soit 26 semaines, et à ses propres calculs, 25 semaines. Cependant, du fait qu’elle a perdu les eaux, Virginie devra accoucher et l’enfant ne sera « pas viable », lui a dit la doctoresse. Virginie, qui entend parler le personnel soignant autour d’elle, demande au docteur s’il n’y a pas moyen de sauver son bébé. « Elle a été catégorique : le bébé n’est pas viable et il faudra accoucher tout de suite », dit Virginie. Refusant d’admettre cette fatalité, elle envoie un message à son mari lui demandant de prévenir son gynécologue du privé de la situation. « Je suppose que mon médecin privé a dû appeler l’hôpital pour parler au médecin de garde, car 30 à 45 minutes après, un spécialiste est venu me voir et il a demandé à ce que je fasse une échographie », se souvient Virginie Quirin.

À l’examen échographique, les battements de cœur du bébé sont bien audibles. Le bébé bouge, mais pas beaucoup. L’échographie révèle aussi que Virginie a perdu beaucoup d’eaux. « J’essaie à nouveau de demander au spécialiste de sauver mon bébé, car j’ai entendu les battements de son cœur. Et finalement, il recommande un complete bed rest. » Il prévient Virginie que son cas est difficile et qu’il faudra attendre 27 semaines pour qu’elle accouche. Toutefois, le médecin n’est pas optimiste. « Il dit juste qu’il me donne une chance », dit Virginie, soulagée de cette opportunité de sauver son bébé qu’elle se prépare mentalement à accueillir dans deux semaines. Elle reprend donc courage et espoir lorsqu’elle est admise à la salle 2.1, parmi d’autres femmes enceintes. « Je n’ai aucunement à me plaindre du personnel de cette salle qui a été aux petits soins et très gentil avec moi. J’y étais très bien traitée », insiste Virginie Quirin.

« Décision finale lorsque le bébé aura été mis au monde »

Les examens sonogrammes effectués quotidiennement montrent que le cœur du bébé va bien et la jeune maman est rassurée. Toutefois, le mercredi 3 février, deux jours après son admission en salle 2.1, la jeune femme ressent des contractions. Estimant qu’il s’agit de contractions de Braxton-Hicks se manifestant par des contractions irrégulières, le personnel soignant la place sous antidouleurs. Le jeudi matin, Virginie se sent mieux. Alors que l’heure des visites approche vers 15h, Virginie demande à se rendre aux toilettes avant l’arrivée de ses proches.

Et c’est là qu’elle remarque qu’en plus de perdre encore les eaux, elle perd aussi un peu de sang. Informée de la situation, l’infirmière en charge de la salle contacte le spécialiste, qui déploie deux médecins au chevet de Virginie. « J’étais en larmes lorsque ma famille est arrivée. Je redoutais ce que j’avais vécu en 2019! la perte de mon bébé. Ce saignement n’était pas bon signe », raconte Virginie. Les deux jeunes doctoresses qui auscultent Virginie lui disent qu’elles voient la tête du bébé dans le passage et que « mon bébé a plein de cheveux ». Virginie doit bientôt accoucher, ont-elles aussi annoncé à la famille, la prévenant cependant que le bébé serait placé en Neonatal Intensive Care Unit (NICU). Si la famille est réconfortée que le bébé de Virginie et Pascal, qui la veille n’était « pas viable », sera pris en charge en NICU, elle est tout de même prévenue que « la décision finale sera prise lorsque le bébé aura été mis au monde. » Mais quelques minutes plus tard, ces mêmes médecins préviennent l’époux de Virginie qu’il n’y a pas de place en NICU et donc que probablement le bébé à naître ne sera pas pris en charge. « J’étais anéanti. On faisait du yo-yo avec la vie de mon enfant. Il n’y avait aucune décision franche. Tantôt on me donnait de l’espoir, tantôt on enlevait tout espoir », raconte Pascal.

«Virginie, elle, est effondrée. Elle ne comprend pas pourquoi on lui dit que le bébé qu’elle sent bouger dans son ventre et dont on entend les battements du cœur ne sera pas sauvé. Le personnel soignant administre tout de même une injection pour « maturer » les poumons du bébé. La maman passe la nuit de jeudi dans l’agonie. « J’ai eu des contractions toute la nuit », se souvient-elle. Et d’ajouter : « Je ne sais pas à quelle heure, mais quand j’ai ouvert les yeux, il y avait devant moi un homme avec son stéthoscope au cou et il disait : à 24 semaines, le bébé n’est pas viable, il n’y a pas de place pour le garder de toute façon en NICU. » Accablée et se tordant de douleurs, Virginie n’arrête pas de prier. « J’avais tellement d’interrogations et j’étais rongée par le désespoir », dit-elle.

Accouchement dans la salle d’examen du Ward

Le vendredi 5 février au matin, lorsque le médecin traitant de Virginie passe dans la salle et l’ausculte, il décide qu’il faut – 48h après qu’elle a lutté contre les douleurs – qu’elle accouche. Toutefois, ce n’est pas ce médecin qui s’occupera de l’accouchement. Aux alentours de 10h30, un autre médecin accompagne la Medical Officer de la salle qui vient ainsi assister à l’accouchement de Virginie Quirin. Accouchement qui s’effectue dans la salle d’examen du Ward 2.1.

« Le médecin a effectué une échographie et m’a annoncé que le bébé ne bougeait pas. Il était « inerte » et que pour lui le bébé était déjà mort. Il ne sera pas viable », se souvient Virginie. « En entendant cela, je lui ai dit que « quoi qu’il arrive, je veux tenir mon bébé dans mes bras avant qu’on ne l’emmène », dit-elle. Le médecin administre un sérum à Virginie pour accélérer ses contractions. La jeune femme demande à voir son mari, mais on le lui refuse. Elle insiste et le médecin cède. Pascal et la mère de Virginie entrent dans la salle d’examen, mais à peine ont-ils le temps de lui tenir la main que les infirmières les expulsent en leur disant que leur présence était interdite.

Au forceps

Inconsolable, Virginie les regarde partir. Après 30 minutes environ, le gynécologue revient et lui demande de pousser. « J’ai essayé, mais le bébé ne pouvait pas sortir. C’est là que le médecin a demandé à un assistant d’aller chercher le forceps au Labour Ward », raconte-elle. « J’étais terrorisée à la vue de ces grosses cuillères. Avant même que le médecin ne les utilise, j’avais mal. Je redoutais ce qui allait m’arriver et ce que ça ferait au bébé », poursuit-elle, soulagée tout de même que le médecin passe un gel avant d’utiliser le forceps. Le travail recommence et Virginie pousse de toutes ses forces. « J’ai tellement hurlé qu’apparemment on m’entendait jusqu’au fond du couloir, en dehors de la salle ! Puis, j’ai senti le bébé passer. J’étais délivrée et j’ai senti que l’on coupait le cordon ombilical », raconte Virginie.

C’est une fille, née à 10h55. Son bébé, elle ne le voit pas. Mais elle le sent contre son pied gauche, se souvient-elle. Mais elle entend le médecin dire : « Le bébé est inerte. C’est fini. Ce n’est pas viable. » Le gynécologue demande à la Medical Officer qui est là pour s’occuper de Virginie d’attendre un peu pour le placenta et il part. Toutefois, il demande au personnel soignant de mettre le bébé un instant dans les bras de Virginie. « On me tend mon bébé, enveloppé dans un drap. Ses petits pieds dépassent du drap. Je regarde ma petite fille, elle a un joli visage. Elle n’est ni mauve ni bleue. Elle est belle. Je lui caresse le nez, qui est le même que son papa », raconte Virginie. Et soudain, elle a un sursaut. Son bébé a bougé. « Immédiatement, je dis à la Medical Officer que mon bébé est toujours vivant ! Mais elle me répond : Non madame, c‘est fini. Le bébé est mort », poursuit-elle. Si Virginie Quirin insiste, la Medical Officer lui explique que c’est un spasme musculaire qu’elle a ressenti chez son bébé. On lui reprend l’enfant.

« Le bébé est mort. Ce sera considéré comme un « abortion »

De là où elle est, Virginie peut voir une boîte de désinfection médicale en acier inoxydable, « comme les chauffe-plats des restaurants », dit-elle, où on place son bébé sous couvercle. Virginie, en larmes, se sent brisée. « Je me confie au Seigneur. Je m’abandonne à sa volonté. Je pense à mon fils qui attend avec impatience la petite sœur. Que vais-je lui dire? Je pense à mon mari. Je ferme les yeux en faisant les adieux dans mon cœur à mon ange », se souvient-elle. Pendant que les infirmières la préparent pour regagner le Ward commun, la jeune maman entend la Medical Officer expliquer au personnel présent qu’il n’y a pas lieu de faire de document pour l’acte de naissance. « Ce cas sera considéré comme un « abortion ». Douloureusement, Virginie regarde une infirmière ouvrir le couvercle de la boîte de désinfection médicale et lui dire : « Enn joli bébé madame. Enn joli bébé. »

Virginie est ensuite retournée en salle commune où ses voisines de chambre tentent de la consoler. Mais elle ne veut rien entendre. Elle regarde la porte de la salle d’examen en face, à trois mètres d’elle, et d’où elle revient après son accouchement depuis plus d’une heure. Elle pense à son bébé et pleure. Mais soudain, elle voit un mouvement. « Je vois un médecin qui entre dans cette salle. Et tout de suite, il y a une infirmière qui sort, et court avec un bébé enveloppé dans du linge blanc dans ses bras. Je ferme les yeux. C’est douloureux. C’est sans doute mon bébé qu’elle emporte pour aller s’en débarrasser », pense la jeune maman. Virginie ne veut pas garder cette image en tête. Elle tourne le dos à la porte et pleure. Entre-temps, la nouvelle de cette nouvelle perte se répand parmi les proches de Virginie. Sa famille et ses collègues lui envoient des messages de condoléances. Virginie n’en peut plus. Elle ferme les yeux. Dans la douleur, elle prend sommeil.

Présence d’une pédiatre

Elle est réveillée par des bruits proches autour d’elle. Elle entend : « Est-ce que c’est elle ? » Et quelqu’un d’autre qui répond « oui ». Lorsqu’elle ouvre les yeux, il est 14h30. Devant son lit, un médecin et deux infirmières. Le médecin se présente à Virginie. Elle est pédiatre. Encore ensommeillée, Virginie ne comprend pas. Pourquoi un pédiatre vient-il la voir ? Elle demande : que se passe-t-il ? Le médecin lui répond : « Madame, votre enfant est vivant. » « Non, j’ai mal entendu, pense Virginie. Ce sont sans doute les effets des médicaments, la douleur, le sommeil. » Elle dit au médecin : « Je ne comprends pas. » Et c’est la même réponse : « Votre enfant est vivant. » Virginie exalte de joie. On lui explique qu’une infirmière a entendu pleurer dans la salle d’examen et a prévenu un médecin qui examinait une patiente à côté. Et lorsque le couvercle de la boîte de désinfection médicale en acier inoxydable a été enlevé, effectivement, le bébé que Virginie avait mis au monde un peu plus tôt, qui était déclaré mort, était vivant et pleurait. « Les nurses m’ont dit que pour ce médecin, il était inhumain de laisser un enfant comme ça. Il a examiné l’enfant et vu qu’il n’y avait aucune malformation ou autre problème. Le bébé a immédiatement été pris en charge et placé en NICU », dit-elle.

48 heures décisives

Encore sous le choc, Virginie appelle son époux et lui dit que leur enfant est vivant. Mais Pascal n’y croit pas. Il pense que sa femme lui fait une blague de mauvais goût, voire qu’elle délire. « Je me demandais c’était quoi cette histoire de pédiatre. Mon enfant est mort: pourquoi Virginie me parle de pédiatre. J’étais interloqué. J’avais des sueurs froides comme si j’allais tomber dans les pommes. Mais Virginie me demande de venir immédiatement. Alors je pars, comme un fou, à l’hôpital », raconte le père.

Lorsque Pascal Quirin arrive à l’hôpital, il retrouve une Virginie ravivée. Elle pleure, mais de joie. Elle demande à voir son enfant, mais le personnel soignant lui explique qu’en raison de sa santé, il faudra attendre le lendemain. Virginie ne bronche pas. Elle peut attendre. Car elle sait que l’enfant est vivant. Le lendemain, effectivement, Virginie, en fauteuil roulant, est conduite à la NICU où elle peut voir sa fille placée dans l’incubateur, à travers la vitre.

Le couple Quirin voit ensuite la pédiatre qui leur explique clairement que l’état de l’enfant est stable, mais qu’il faut attendre encore deux jours pour s’assurer qu’elle survivra. « La pédiatre nous a donné des explications claires et concises pour qu’on comprenne à quoi s’attendre et qu’on se prépare à toute éventualité. Elle nous a prévenus que si le cœur de notre bébé lâchait, il n’y aurait pas de possibilité de réanimation. Les 48 heures suivantes allaient décisives », raconte Pascal. Il n’en veut pas à la pédiatre d’être dure dans ses propos. « Elle nous a mis devant des explications claires pour qu’on se prépare. En même temps qu’elle nous donnait de l’espoir, elle nous prévenait qu’il ne fallait pas qu’on s’attache au cas où… Il y avait en elle cette approche humaine qui manque chez d’autres médecins », expliquent Virginie et Pascal.

« Chaque jour qui passe pour nous est un nouveau jour »

Le couple vit ces 48 heures dans l’angoisse. Mais tout de même, quelque part soulagé que leur enfant soit pris en charge et reçoive des soins, et non pas abandonné à son sort. « Il n’y a rien à dire contre la NICU. La pédiatre et le personnel soignant sont formidables », dit Virginie. Après les premières 48 heures passées, et leur enfant toujours vivant, Virginie et Pascal reprennent espoir. « Chaque jour qui passe pour nous est un nouveau jour. Et chaque jour, nous avons encore plus de bonheur à la voir grandir. L’état de santé de la petite Émilie est stable. Et cela fait maintenant deux mois », dit Virginie.

Si le couple n’a aucun reproche à faire au personnel soignant de la NICU ou du Ward 2.1, il a porté plainte, à l’hôpital mais aussi à la police, contre deux médecins de l’hôpital de Rose-Belle, notamment le gynécologue qui a procédé à l’accouchement de Virginie et la Medical Officer qui était présente. « On m’a dit que mon bébé n’était pas viable avant même de m’examiner par échographie pour en être sûr. Je ne suis pas d’accord qu’on ait condamné mon bébé avant même qu’il ne soit né », dit Virginie, déplorant le traitement qu’elle a reçu à l’accouchement. Pour ce jeune couple, « il y a eu un manquement quelque part. Il y a eu négligence, car notre bébé, déclaré mort, a été placé dans une boîte, sans avoir été examiné, alors qu’il était encore vivant. Que se serait-il passé si la nurse ne l’avait pas entendu pleurer ? »

Le drame de Sweta Ram, un déclic

Déplorant le traumatisme vécu, ce couple estime qu’il existe des failles dans le système d’accouchement. Parmi, il souligne le manque de présence d’un pédiatre à l’accouchement. « Si un pédiatre avait été présent, dès le départ le bébé aurait été examiné », dit-il, se demandant d’ailleurs si le médecin présent lors de l’accouchement de Virginie avait examiné le bébé à la naissance. « A-t-il écouté son cœur même s’il était inerte ? Comment se fait-il que ce bébé se soit mis à pleurer, à respirer de lui-même ? » demandent Pascal et Virginie, qui ne veulent pas rester tranquilles sur ce qui s’est passé. « Nous, nous avons eu de la chance. Ma fille a eu deux mois. Bientôt trois. Elle a eu des complications, mais elle est toujours là, toujours vivante. Quand j’ai vu le témoignage de ces parents qui ont perdu atrocement leur bébé, je ne peux pas me permettre de rester plus longtemps tranquille », dit Virginie. D’où son témoignage pour alerter l’opinion publique.

À ce jour, le couple, qui a porté plainte à la police et à l’hôpital le 13 février, attend toujours des nouvelles. Il a aussi reçu une lettre du Medical Council l’informant avoir pris note de la plainte et que le cas est référé au ministère de la Santé. Mais du côté de la Santé, c’est silence radio. Et les médecins mis en cause par le couple Quirin sont toujours en poste. D’ailleurs, quelques jours avant sa décharge de l’hôpital, le gynécologue qui a procédé à l’accouchement de Virginie est passé la voir. « Deux secondes. Pour me dire « mo pa kone ki finn arive, ki dokter inn trouv ou ti baba vivan. Mo pa konn narye ladan. »

Mais le couple ne veut pas rester les bras croisés. « Ce qui m’est arrivé est traumatisant. J’ai eu de la chance. Et je ne veux pas que d’autres femmes, d’autres couples passent par ces moments difficiles. Quand j’ai entendu cette dame dans sa vidéo raconter son calvaire, j’ai revécu aussi le mien. Il faut que cela s’arrête. Il faut que le système d’accouchement soit revu », plaide Virginie.