Des parlementaires allemands alertent leurs confrères de l’Assemblée nationale sur cette violation par l’Allemagne de la décision de l’ITLOS du 25 janvier 2021

Agalega : les Allemands se disent « inquiets de la militarisation de l’Île du Nord, à Agalega »

Maurice dispose désormais d’une voix au sein du Bundestag sur le dossier de l’exercice de la souveraineté mauricienne sur l’archipel des Chagos. Dénonçant la prochaine escale à la base américaine de Diego Garcia de la frégate Bayern, avec ses 230 membres d’équipage, faisant partie de l’armée allemande, des membres du groupe parlementaire Die Linke, siégeant au Bundestag, ont alerté des membres de l’Assemblée nationale pour protester contre ce déploiement militaire du gouvernement allemand dans l’océan Indien aux côtés des alliés de ce pays. Ils ont également tenu à protester contre la « militarisation de l’Île du Nord, à Agalega », tout en apportant leur soutien à la campagne contre « cette injustice coloniale continue » et faisant pression « pour la fermeture de la base militaire américaine et le droit au retour des habitants des îles Chagos ».

Dans la correspondance officielle, les parlementaires allemands sont catégoriques : « Nous vous demandons de bien vouloir prendre contact avec le gouvernement fédéral allemand afin qu’il annule la visite prévue de la frégate allemande Bayern sur les îles Chagos, qui contrevient au droit international, et qu’il se prononce à l’avenir enfin, comme la grande majorité des États de l’Assemblée générale des Nations unies, pour la rétrocession par la Grande-Bretagne des îles Chagos à Maurice. » Ils s’élèvent également contre « une nouvelle violation de la décision du Tribunal international du droit de la mer du 25 janvier 2021 par le gouvernement fédéral allemand, qui est inacceptable et équivaudrait à une violation flagrante et continue du droit international ».

Le groupe de parlementaires allemands Die Linke confirme que la frégate Bayern a quitté son port d’attache, en Allemagne, pour mettre le cap sur l’océan Indien et la Mer de Chine méridionale pour une période de six mois. « Le prétendu objectif de ce voyage est le “renforcement du droit international” et “la protection de la liberté de navigation sur les routes commerciales”, mais il s’agit en réalité d’une démonstration de force militaire face à la Chine, qui rappelle les traditions malheureuses de la politique coloniale allemande », ajoutent-ils, en s’appesantissant sur le fait que « cette démonstration de force aventureuse de la frégate Bayern n’est pas compatible avec la mission de défense inscrite dans la Loi fondamentale allemande ».

Poursuivant leur analyse et tenant en ligne de compte la décision du Tribunal international du droit de la mer (ITLOS) du 25 janvier dernier, les parlementaires allemands estiment que « cette escale constitue une violation flagrante du droit international ainsi qu’une gifle infligée aux habitants des îles Chagos et à leurs descendants, qui ont été déportés de ces îles en 1966 et 1973, en violation des droits de l’homme et du droit international, afin que la base militaire louée par la Grande-Bretagne aux États-Unis, sur laquelle des milliers de soldats et de bombardiers américains sont stationnés à ce jour, soit évacuée pour la location ».

Le groupe parlementaire Die Linke, qui dénonce la prise de position de l’Allemagne lors du vote de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 22 mai 2019, revient aussi sur la situation qui prévaut ces jours-ci dans l’archipel d’Agalega, notamment sur l’Île du Nord. « Nous souhaitons également vous faire part de notre inquiétude concernant les informations qui nous parviennent de l’Île du Nord d’Agalega, longue de 12 kilomètres, située dans l’océan Indien et appartenant à Maurice, où une base militaire indienne est apparemment en cours de construction, avec une piste d’atterrissage de trois kilomètres de long pour pouvoir accueillir de gros-porteurs et un port de guerre pour contrôler les routes commerciales de la Chine », soulignent-ils.

En conclusion, les parlementaires allemands s’insurgent contre le fait que « la militarisation de l’océan Indien menace le bien-être des populations et la nature de ces îles paradisiaques ». Ils poursuivent : « Nous soutenons la lutte du peuple de Maurice visant à s’opposer à cette militarisation dévastatrice, à maintenir le rejet de tout néocolonialisme, à n’autoriser aucune base militaire étrangère sur les îles de Maurice et à rétablir la souveraineté de Maurice sur les îles Chagos. Le temps des revendications territoriales coloniales et des démonstrations de force militaire dans l’océan Indien doit enfin appartenir au passé. » Affaire à suivre…