Le Groupe A de Cassis/Lakaz A a tenu son premier week-end SEL (Solidarité-Épanouissement-Liberté) au Foyer Fiat début octobre. « Nous sommes attristés de découvrir autant de familles vivant dans une telle détresse. Nombre de parents ont avoué avoir arrêté de vivre parce que se sentant trop coupables… Nous avons un énorme travail pour libérer et déculpabiliser ces pères et mères qui souffrent », explique Cadress Rungen, un des membres fondateurs de l’Ong.
Des parents sont venus des quatre coins du pays, déclare d’emblée Cadress Rungen, travailleur social. « Preuve, s’il en faut, que notre pays est hélas devenu esclave des drogues ! Et ce qui nous fait encore plus de peine, c’est que nous avons dû refuser d’admettre un grand nombre de parents qui souhaitaient ardemment participer à ce week-end résidentiel SEL. »
L’Ong Groupe A de Cassis/Lakaz A a renoué, début octobre, avec ses week-ends résidentiels, destinés aux parents de toxicomanes. Cadress Rungen, l’un des membres fondateurs, exprime son « immense tristesse » de voir que tant de parents souffrent en silence. « Zot telma pe soufer ki zot inn aksepte vinn invizib dan lizie lasosyete. Zot prefere aret ekziste, nepli sorti, nepli zwenn fami, nepli pran zot mem kont. Zot nepli anvi viv. Se seki zot inn dir dan nou bann group work pendant sa week-end-la. C’est effarant à quel point, parce que leurs enfants sont devenus des esclaves des drogues, eux se sentent coupables et se blâment pour cette situation ! »
Il continue : « C’est un sentiment compréhensible, quoique pas du tout justifié. Mais on se rend compte à quel point le regard des autres est lourd à porter. Ces parents croulent parce que les uns et les autres, pourtant très souvent, leurs propres proches, leur tiennent des propos comme : “Akoz tomem linn vinn koumsa !”, “Twa kinn fer li vinn move”, “Gras a twa zordi zanfan-la inn mal tonbe” ou “Tonn mal grandi li, alalia rezilta”. Ces mots font très mal à ces parents, qui n’ont d’autre choix alors que de s’enfermer, s’isoler… »
Autre donne qui a aussi dramatiquement changé : l’autorité au sein de la famille. « Désormais, ce sont les enfants, accros aux substances, qui font la loi. Zot menas mama, papa… Mett lamin tou. On n’oublie pas qu’il y a eu des cas de meurtres commis par des enfants toxicomanes sur leurs parents parce qu’ils réclamaient des sous pour aller acheter leur came. » Menaces, chantage, disputes, altercations physiques et, même, crimes… « Ces parents sont totalement sans repères. »
Cadress Rungen fait remarquer : « Nous avons été très étonnés de recevoir des couples et parents très jeunes, d’une moyenne d’âge de 30 à 40 ans. Ce sont de très jeunes parents et leurs souffrances sont déjà très graves. » Qui plus est, soutient notre interlocuteur, « ces parents sont des cadres d’entreprises, des fonctionnaires, des taxpayers » ! Selon lui, « il faut arrêter de croire que les problèmes de drogue ne concernent qu’une certaine composante de la société ».
Certains, à ce week-end, sont venus en couple, d’autres seuls, papa ou maman, « parce que l’autre a dû rester pour s’occuper de la famille », fait remarquer Cadress Rungen. « Nous avons même eu, pour ce premier week-end SEL de 2022, des mamans qui sont venues chercher de l’aide parce que leur fille, adolescente, est devenue esclave des drogues. Tous ces parents ne savent plus à quelle porte frapper ! » Opérant sur une base totalement laïque, précise-t-il, ils se sont retrouvés avec des parents de toutes les communautés. « C’est encore un autre élément révélateur de l’étendue dévastatrice de ce problème. »
Engagé sur le terrain auprès des toxicomanes depuis les années 80’, et désormais auprès des parents des victimes, Cadress Rungen salue sa petite équipe « de bénévoles au cœur d’or », dit-il ! « Ils ne se plaignent jamais d’avoir à travailler un week-end alors qu’ils ont bossé toute la semaine et qu’ils ne sont pas rémunérés pour cet engagement social. » Durant le week-end SEL, « bann paran kinn partisipe inn dir nou zot finn vinn la ek zot soufrans ek zot pe ale en konfyans », selon lui. « C’est un encouragement important pour nous. »
Le travailleur social retient que « le problème principal de notre pays, c’est la drogue ». Ajoutant pour conclure : « Il faut arrêter de penser que la drogue, c’est uniquement une question de dépendance. Et que si on traite la dépendance, le tour est joué. Non. Une personne qui devient toxicomane entraîne ses parents, ses proches, ses amis et ses collègues dans ce guêpier. Il en résulte des souffrances importantes et des bouleversements. »
Prochaine régionalisation des week-ends SEL
« C’est après deux ans et demi, pour cause de Covid-19, que nous avons pu reprendre cette activité, qui, comme les week-ends CADO pour les jeunes, fait partie de notre thérapie », explique Cadress Rungen. Le travailleur social révèle : « Nous avons une “waiting list” de parents souhaitant participer à des week-ends SEL parce qu’ils n’en peuvent plus de souffrir. De ce fait, nous avons pensé que, très bientôt, nous allons proposer une formule de délocalisation et de régionalisation de ces week-ends. »
Des antennes du Groupe A/Lakaz A seront ainsi à pied d’œuvre dans les quatre coins du pays, dit-il. « Ce week-end SEL était le 25e depuis que nous avons démarré ce programme, explique encore Cadress Rungen. De ce fait, nous avons décidé qu’il fallait passer à une étape supérieure, surtout face à la demande croissante. »
Permanence et collaboration des parents
« A Lakaz A, à Port-Louis, explique Cadress Rungen, chaque jour, nous avons des parents qui participent, aux côtés de nos bénévoles et travailleurs sociaux, aux activités quotidiennes. Il y a par exemple l’écoute. On demande à un parent de s’y mettre, car qui mieux qu’un parent qui souffre sait écouter un autre qui partage la même détresse ? » De même, un parent est également impliqué dans la préparation du déjeuner, « que nous offrons aux personnes accueillies » au quotidien. « Depuis le Covid-19, et parce que Lakaz A est actuellement également en phase de rénovation, précise-t-il, nous distribuons des “lunch packs”. »
L’Ong encourage les parents en souffrance à ne pas rester dans leur isolement. « Venez vers nous, et laissez-nous vous aider ! Rejoignez les structures de Lakaz A et aidons, ensemble, toutes ces familles ! » Ceux souhaitant entrer en contact avec Lakaz A peuvent appeler sur le 5763-9070.

