« Nous sommes dans une phase de transition ». C’est ce qu’a répondu le ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Ashok Subron, à une interpellation de Franco Quirin. Ce dernier voulait savoir le nombre de familles, vivant dans des poches de pauvreté et d’extrême pauvreté, et les mesures prises pour améliorer les conditions de vie de ces personnes.
Le ministre a précisé qu’il n’existe pas de statistiques spécifiques à Maurice sur les familles vivant dans des poches de pauvreté ou d’extrême pauvreté. Toutefois, il y a trois types de statistiques liées à la pauvreté, reflétant l’évolution de celle-ci à Maurice.
Premièrement, les familles inscrites au Social Register of Mauritius et bénéficiaires de la National Empowerment Foundation (NEF), qui relève de son ministère. Au 30 septembre, 5 271 ménages, incluant Rodrigues, représentant 19 431 personnes, bénéficient de soutien de la NEF, soit 1,2 % des Mauriciens et 15 % des Rodriguais .
Toutefois, le nombre de bénéficiaires de la NEF a connu une baisse constante. Ainsi, en 2016-17, il y avait 8 600 ménages qui étaient soutenus par la NEF. Ce nombre avait augmenté à 10 274 ménages pour la période 2019-20, avant de retomber à 5 197 ménages fin juillet 2026.
Le ministre a par ailleurs expliqué que l’approche de Statistics Mauritius repose désormais sur la notion de pauvreté relative. Les données recueillies lors du Household Budget Survey (HBS) de 2023 indique que le seuil de pauvreté relative, fixé à la moitié du revenu mensuel moyen des ménages, a été estimé à Rs 12 378 par mois.
Ce concept de pauvreté relative a été appliqué pour la compilation du Poverty Analysis Report (2025), rapport qui fait état que le pourcentage de ménages mauriciens vivant dans la pauvreté relative s’élevait à environ 29 800 ménages (soit 7,3 % des ménages), comprenant 101 900 personnes (soit 8,4 % de la population).
Toujours selon le ministre Subron, un nouvel outil pour évaluer la pauvreté et pour l’élaboration de politiques, le National Multidimensional Poverty Index (NMPI), a été appliqué par Statistics Mauritius. Cet dernier outil rehausse toute mesure de la pauvreté sur une base purement financière par des données sur les privations non financières, notamment en ce qui concerne l’emploi, le niveau de vie, l’éducation, la santé et le logement.
Les données recueillies sous le NMPI et publiées par Statistics Mauritius en juillet notent que la pauvreté dite multidimensionnelle touchait environ un Mauricien sur dix en 2022 (soit près de 130 000 personnes), constat qui met cruellement en évidence le fossé qui sépare la réalité, en termes du nombre de personnes subissant une quelconque forme de privation, du nombre de bénéficiaires qui se sont enregistrés auprès de la NEF.
Ces derniers ne représentent qu’environ 20 % de cette population vulnérable. Les personnes concernées de cette population vulnérable connaissent ainsi des privations, que ce soit en termes du niveau de vie ou dans des secteurs comme l’éducation, l’emploi, la santé et le logement. Selon le ministre Subron, ce rapport dresse un portrait sociologique précis de la vulnérabilité.
La pauvreté dite multidimensionnelle est particulièrement répandue parmi les familles nombreuses, comprenant quatre enfants ou plus (35,5 %) ; les personnes vivant seules (21,4 %) ; les familles monoparentales avec des enfants à charge (17,7 %) ; et les ménages dirigés par des femmes (16,8 %).
En ce qui concerne les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la pauvreté, le ministre a expliqué que la NEF propose actuellement 17 programmes, dont l’accès gratuit à l’internet à plus de 5 000 familles enregistrées auprès d’elle, à un coût annuel de Rs 85 millions.
Le gouvernement a également relevé le seuil de pauvreté absolue, passant de Rs 14 000 à Rs 16 400 pour la période 2026-27, et qui sera rehaussé à Rs 17 500 pour 2027-28. Selon Ashok Subron, ce premier relèvement à Rs 16 400 permettra une augmentation de 43,8 % du nombre de ménages qui seront éligibles à s’inscrire sous la NEF. Le gouvernement prévoit également de doubler le montant de la Subsistence Allowance (SA).
Le ministre a conclu que « nous sommes dans une phase de transition en ce qui concerne la pauvreté, vu son évolution, passant de la pauvreté absolue à la pauvreté relative. Le gouvernement vise à prendre en charge 80 % des personnes vivant en situation de pauvreté relative. »
Il est d’avis qu’il faudrait approfondir la réflexion sur la question et mettre en œuvre une politique structurelle contre la pauvreté. Dans cette optique, il a expliqué que le gouvernement envisageait une série de nouvelles mesures.

