Tristan Bréville : « Je me retrouve dans une impasse après 27 années de résistance »

Le musée de la photographie à Port-Louis, né de la passion de Tristan Bréville, pourrait mettre la clé sous le paillasson. Sans soutien des autorités, particulièrement de la mairie de Port-Louis avec laquelle une Convention a été signée en 1993, il peine à exister. L’état du bâtiment se dégrade, mettant ainsi en péril des centaines de milliers de documents photographiques, audiovisuels. La rue du Vieux Conseil qui devait être un parcours culturel est aujourd’hui déserte. L’accès a même été bloqué par des travaux en cours…

54 années de passion. C’est ainsi que Tristan Bréville décrit sa collection, disposée au Musée de la photographie. Une collection d’objets « capables d’ouvrir dix musées sur des thèmes divers », dit-il. De la photographie, bien sûr, mais aussi de l’imprimerie, des cartes postales, des documentaires… « Je collectionne tout ce qui a un rapport avec l’image. On peut trouver de très bonnes photos dans un film, par exemple. » Toutefois, sans moyen, la passion ne mène pas loin. En 1993, alors que Jérôme Boule était le lord-maire, il a donné le soutien nécessaire à Tristan Bréville pour la mise sur pied du musée de la photographie. Celui-ci a été inauguré par Ahmad Jeewa, en septembre de la même année. Mais depuis, la mairie de Port-Louis semble ne plus se préoccuper du patrimoine. « Il me semble que chaque nouveau maire qui arrive veut effacer ce que l’autre a fait. »

C’est ainsi que depuis 27 ans, Tristan Bréville et sa famille luttent pour que la mairie de Port-Louis honore ses engagements, conformément à la Convention signée entre les deux partis. Bien sûr, un bâtiment est mis gratuitement à la disposition du musée. Sauf qu’avec le temps, celui-ci, qui est bois tombe en décrépitude. « Tous ces documents risquent d’être abîmés », regrette-t-il. Au fil des années, la passion ne suffit plus pour tenir le coup. Raison pour laquelle Tristan Bréville envisage la fermeture, si aucune solution n’est trouvée.

Il dit avoir sollicité l’intervention du ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, sans succès. Il a écrit à plusieurs occasions au lord-maire, Mahfooz Moussa Cadersaïb, sans succès non plus. «Il est vrai qu’il s’agit d’un musée privé, mais il s’agit de l’histoire de notre pays, de notre patrimoine. Il y a des centaines de milliers de photos, y compris des daguerréotypes à sauver. Le film-documentaire Maurice, miracle de la coexistence pacifique de Pierre Edmond Pulvénis, agonise en ce même moment, dans ce musée. »

Devant l’indifférence des autorités, Tristan Bréville se dit également ouvert à tout soutien, d’une manière ou d’une autre, du secteur privé. « Jusqu’ici, je n’avais jamais fait appel au secteur privé car nous avions un engagement avec la mairie de Port-Louis, mais je me retrouve dans une impasse après 27 ans de résistance. Donc s’il faut bouger, quitter la rue du Vieux Conseil, ce lieu magique, si riche en histoire, pour sauver la collection, nous allons le faire. »

Tristan Bréville fait également ressortir que le musée n’a reçu en tout que Rs 300 000 à trois reprises de la mairie. Depuis un certain temps, non seulement il n’a plus d’allocation annuelle, mais il n’y a plus de climatisation, d’agent de sécurité, d’assurance et de toilettes non plus… « Le bâtiment coule de partout et il y a toujours des risques d’incendie qui peuvent mettre en péril tout notre travail. »

À 76 ans, Tristan Bréville se dit fatigué, mais n’est pas prêt d’abandonner pour autant. « Je pense avoir accompli l’une des plus belles missions : sauver et partager un peu de culture et de connaissance. Nous ne pouvons voir mourir des documents aussi importants. »