Les musiques traditionnelles et les traditions orales transmises de génération en génération sont, on le sait, aujourd’hui menacées de disparition, alors que les initiatives de préservation se multiplient : atelier consultatif sur la «Sauvegarde de la transmission et la promotion du Sega Tambour des Chagos (18 octobre 2020)» et la réinstallation du projet CHAGOS : Cultural Heritage Across Generations, l’hommage aux garants de ce séga, la transmission de cette musique par le Groupe Tambour Chagos. Mimose Furcy, leader de ce groupe et qui a enregistré elle-même deux albums, portée par la confidence, revient sur son passé : de l’enfance à la maturité, l’envol d’une figure libre du paysage musical traditionnel.

En écoutant à Pointe aux Sables, non loin du Centre Lisette Talate (figure emblématique du combat des Chagossiens), Marie Mimose Furcy (née Bancoult), chanteuse issue de la tradition orale des Chagos, nous avons été frappés par l’aspect dynamique et captivant de la musique qu’elle défend. Mais avant d’évoquer le séga tambour des Chagos, son contexte culturel, sa fonction et l’ensemble des valeurs dont il est porteur, rappelons qu’il a été inscrit en 2019 sur la Liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO nécessitant une sauvegarde urgente. Mentionnons aussi le projet de Laura Jeffery et ses partenaires, CHAGOS : Cultural Heritage Across Generations, (octobre 2020).

Auparavant, en 2018, le projet CHAGOS a soutenu la production d’un album du Chagos Tambour Group, Leritaz Kiltir Chagossien, enregistré par le chasseur de son traditionnel, Philippe de Magnée. Le patrimoine culturel immatériel est défini comme l’ensemble des pratiques, représentations, connaissances, savoir-faire, instruments, objets, espaces culturels selon la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO. « Originaire de l’archipel des Chagos, le séga tambour des Chagos est l’un des types de musique séga de l’île Maurice. Comme les autres formes de musique séga, il est né de l’esclavage et chanté en créole chagossien, le dialecte propre à l’archipel. Il s’agit d’un mélange de musiques, de danses et de chants doux, énergiques et rythmés. L’élément central est le tambour, grand instrument rond chauffé puis frappé pour produire des battements lancinants qui forment la base rythmique.

Les paroles, souvent écrites de manière spontanée, relatent des expériences quotidiennes. Les chansons parlent notamment de tristesse, de bonheur et de rébellion… » La préservation des patrimoines immatériels comme la musique, les chants et l’ensemble de la « littérature orale » (contes, légendes, prières, proverbes, devinettes) est intimement liée à la survie des cultures.

Mimose Furcy nous explique : « Kan Chagossien bater so fason diferan… nou séga pe perdi, kiltir pe perdi… lontan nou pa ti kone bizin ale enregistrer séga… dimoun ti ramasse sa son-la… li represant ene gran zafer, mo rane bane dimoun ki fine aler ene gran omaz… » Elle se souvient du séga tambour des Chagos joué par ce peuple le samedi soir en différentes occasions. « Tou le semen bizin ena séga tambour. En cas kouma ena bane careme, mortalite, lerla pa pou ena tambour. Tou le samedi, ti ena séga tambour, ene fwa li la, ene koup li lot coté, li rouler devan la porte ene lot dimoun. Nou ti zenfan, selma zenfan pa ti ale dan sega. Ti ena ravann (tambour), triangle, maravann, tape banc, tape boutey. Sante Chagos personne pa ti ekrir sante… mo truv ene zafer mo nec met sa dan ene sega, lot-la li kone ene bout li met sa dan sega parski boucou dimoun pa ti kone ekrir… Bane misie ti zouer, bane madam danser… Nou ena nou bane linz sega ki ene lot fason, ena ene zip goder carrer… samem plezir ki ti ena… sa aller ziska gramatin… Ena ene zafer ki appel sizoner li fer ene lot son, li rentrer doucement doucement apre li monter ena ene son ki extra ladan… Nou tambour ti bien soner… la-bas tambour ti fer avec lapo la raie, avek panse requin, avek bane lapo bourik, cercle-la ti fer dan dibwa bois blanc… ».

Mimose Furcy compte deux albums et a fait une tournée à La Réunion. Avec son goupe, elle anime des ateliers dans le but de transmettre aux générations futures de Chagossiens le savoir-faire des aînés. Ainsi, elle chante encore : « Mo ti ena treize an, depi mo ti ena treize an dan Chagos, mo ti ena treize an… Mo pa pou blier zame mo pas pou blier, mo mama, souffler trois coup, Mauritius jette nou dans Moris… »

Le 8 novembre 2020, ce sera un autre volet de la culture des Chagossiens – la cuisine – que le public pourra découvrir au Centre Lisette Talate à Pointe aux Sables.