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– Une rencontre avec le ministre Sudheer Maudhoo hier pour clarifier la situation

La décision du gouvernement d’autoriser l’importation de 400 tonnes de poisson La Perle/Capitaine ne finit pas de provoquer la colère parmi les opérateurs du secteur. Après les pêcheurs, ce sont en effet maintenant les propriétaires de bateaux industriels et semi-industriels ainsi que les banians à faire part de leur mécontentement. Ils ont demandé hier des explications au ministre concerné, Sudheer Maudhoo, qui leur aurait promis que cette mesure ne serait appliquée qu’en cas de pénurie. Les opérateurs maintiennent tout de même la pression, car ils n’entendent pas se laisser marcher sur les pieds.

Avec la fermeture des hôtels et les restaurants qui tournent au ralenti, les pêcheurs et propriétaires de bateaux de pêche ont du mal à écouler leurs cargaisons sur le marché. Raison pour laquelle ils sont rentrés dans une colère noire en apprenant que le conseil des ministres avait validé vendredi dernier l’importation de 400 tonnes de poisson La Perle/Capitaine. Neetesh Gurroby, directeur de Northern Seafood et porte-parole de l’Association of Industrial and Semi-industrial Fishing Operators (AISIFO) avance : « Comment a-t-on pu prendre une telle décision alors que nous avons des stocks invendus dans les chambres froides. Récemment, j’ai mis deux camions pour la vente à travers l’île et j’ai même baissé le prix à Rs 90 la livre. Malgré cela, on n’a même pas pu vendre 100 kilos de poisson. Maintenant, on va autoriser l’importation du même poisson que nous vendons habituellement. »

Une rencontre hier avec le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, a permis d’exposer cette situation. Les opérateurs lui ont fait comprendre qu’il n’y a pas de pénurie sur le marché. Neetesh Gurroby explique : « Le ministre nous a dit qu’il n’était pas au courant que nous n’arrivions pas à vendre nos poissons. En conséquence, il a dit qu’il n’ira pas de l’avant avec l’importation annoncée. Il a indiqué tout de même que si jamais il y avait une pénurie sur le marché, la population le blâmerait. »

Le porte-parole de l’AISIFO ajoute que l’association peut elle-même répondre à la situation, avec le nombre de bateaux déjà en opération. « Nous avons six bateaux, et Hassen Taher en a six également. Sans compter qu’il y a également des sociétés coopératives qui opèrent dans la pêche semi-industrielle. Donc, nous pouvons fournir la population en poissons. »

Ce dernier plaide également pour un meilleur contrôle des poissons importés ainsi que la sensibilisation des consommateurs mauriciens. « La majorité des poissons importés à Maurice viennent d’Indonésie et de Thaïlande. Beaucoup viennent d’élevages et certains sont même bannis sur des marchés à l’étranger. Alors que nous, les opérateurs locaux, nous pêchons des poissons sains de notre mer. »

De plus, dit-il, le poisson importé comporte une couche de glace, plus connue sous l’appellation de « glazing », pour la conservation. « Le public ne se rend pas compte de tout cela. Même si notre produit peut être légèrement plus cher, le consommateur est toujours gagnant, car la qualité est garantie. » Neetesh Gurroby affirme que les opérateurs locaux ont également évolué et se sont aussi lancés dans le « processing ».  Lui-même a d’ailleurs une unité dans la zone industrielle de Triolet, où le poisson est découpé, nettoyé et mis en barquette. « Au lieu de la concurrence, j’aurais demandé au gouvernement s’il peut aider le secteur de la pêche, tout comme il le fait avec les planteurs, pour nous aider à investir davantage, à acheter plus de bateaux, au lieu d’avoir à importer. Il y a tout ce qu’il faut dans nos eaux. Si jamais on va de l’avant avec ce projet d’importer 400 tonnes de La Perle/Capitaine, ce sera une honte pour Maurice, car nous sommes entourés par la mer. »

Sollicité pour clarifier la situation après la rencontre avec les opérateurs hier matin, un porte-parole du ministère a laissé entendre : « Cette décision du Cabinet a été prise pour parer à une éventuelle pénurie. Il n’est pas dit qu’on importera 400 tonnes de poisson demain, mais uniquement si le besoin s’en fait sentir. »

Quel lobby derrière cette décision ?

Une source très impliquée dans ce secteur ne cache pas son étonnement après avoir pris connaissance de la décision du Conseil des ministres vendredi dernier. Elle s’explique : « Il n’y a pas longtemps, j’étais au ministère et les officiers discutaient justement de l’éventualité d’importer du poisson La Perle pour le marché local. Je me souviens que le ministre Maudhoo s’y était farouchement opposé. Il avait dit qu’il n’était pas question d’importer davantage de poissons et qu’il fallait protéger les opérateurs locaux. Je ne sais pas ce qui a pu se passer entre-temps pour qu’il change d’avis. Y a-t-il eu un lobby quelque part ? »

Notre source fait également ressortir que cette situation intervient à un moment où une cinquantaine de bateaux de pêche taïwanais a quitté les eaux mauriciennes pour se tourner vers les Seychelles et Madagascar. Les deux principales raisons étant que le permis de pêche est passé de USD 3 000 à USD 6 000, soit le double, et du fait que les marins devaient obligatoirement faire une quarantaine payante lorsqu’ils débarquent à Maurice.« Généralement, ces bateaux ramènent ce qu’on appelle les by-catch, qui est vendu sur le marché local. Cela implique tout ce que les bateaux étrangers pêchent dans nos eaux et qui n’est pas compris dans leur permis. Généralement, ceux-ci pêchent du thon. Donc, tout ce qui n’est pas thon revient au gouvernement mauricien, qui le distribue à des banians et à la fédération des coopératives de pêche. »

Avec le départ de ces bateaux taïwanais, il y a donc moins de « by-catch » à vendre dans le pays. Quelqu’un, quelque part, s’est-il retrouvé devant un manque à gagner ? C’est la question qui se pose dans le milieu après cette décision surprise du cabinet ministériel.