Les pêcheurs de la région du Sud-Est, qui se retrouvent au chômage forcé depuis la marée noire provoquée par le MV Wakashio, se disent dépassés par la situation. D’autant que l’aide promise par le gouvernement se fait de manière irrégulière. Ainsi, le mois dernier, l’allocation de Rs 10 200 a été versée en retard et, ce mois-ci, ils attendent toujours leur allocation de mauvais temps. Ces pêcheurs sont d’autant plus remontés qu’ils ont été laissés sur la touche pour les opérations de nettoyage au profit d’autres personnes venant d’autres régions.

La pêche est toujours interdite dans le lagon du sud-est, soit de Trou-d’Eau-Douce au Bouchon, et ce, en dépit du fait que certaines plages ont été rouvertes au public. Les pêcheurs comptent ainsi sur l’allocation promise par le gouvernement ainsi que la “bad weather allowance” pour passer cette étape difficile. Or, depuis deux mois, le versement se fait à des dates irrégulières. « À titre d’exemple, il a fallu attendre le 2 octobre pour avoir l’allocation de septembre. Comment fait-on entre-temps pour nourrir sa famille ? »
Ce mois-ci, les pêcheurs se retrouvent confrontés à la même situation. Cette fois, l’allocation de Rs 10 200 a bien été versée, mais c’est l’allocation de mauvais temps qui attend d’être payée. « Selon la météo, il y avait dix jours de “bad weather” pour le mois d’octobre. Cet argent nous sert à arrondir les fins de mois. Autrement, comment faire avec Rs 10 200 ? Nous sommes déjà le 10 novembre et on ne voit toujours rien. » Cette situation ne concerne pas uniquement les pêcheurs du sud-est, mais aussi tous ceux détenant une carte de pêcheur.

Par ailleurs, les pêcheurs ne digèrent toujours pas le fait d’avoir été laissés sur la touche pour le nettoyage du lagon du sud-est. « Au départ, nous avions eu une réunion avec les officiers des Fisheries, qui nous avaient indiqué que nous allions être embauchés pour le nettoyage contre un salaire de Rs 800 par jour. Personnellement, je n’ai travaillé que deux jours. Par la suite, les officiers nous ont dit qu’on a confié ce travail à des compagnies étrangères, qui allaient nous engager. Mais force est de constater que seuls quelques pêcheurs ont eu cette chance. »

Ce pêcheur se demande ainsi sur quoi on s’est basé pour choisir ceux qui allaient travailler avec les compagnies étrangères ou pas. « Il y a même une compagnie qui a carrément octroyé un contrat à une compagnie de nettoyage local qui, elle, est venue avec son personnel. Actuellement, nous sommes là à regarder des étrangers travailler devant chez nous, alors qu’on nous avait promis ce travail. Il y a une discrimination claire et nette. Au départ, on avait dit que les pêcheurs allaient être affectés au nettoyage à tour de rôle. »
Ces pêcheurs lancent ainsi un appel pour qu’on s’intéresse à leur situation. « Est-ce qu’on cherche à pousser les pêcheurs à retourner en mer, pour par la suite se retrouver avec une amende de Rs 100 000 ou à rapporter du poisson impropre à la consommation sur le marché ? » se demandent-ils.