Présence des prélats de l’océan Indien, dont les évêques de Saint-Denis, de Madagascar, et de Rodrigues à Sainte-Croix, hier soir, pour faire mémoire de la mission du Saint Patron de la CEDOI
L’évêque de Port-Louis : « La drogue tue nos enfants et nos jeunes, laissant les familles dans une grande détresse »
Le pèlerinage marquant le 162e anniversaire de la mort du Bienheureux Jacques Désiré Laval, devenu le Saint Patron de la Conférence des Évêques de l’Océan Indien (CEDOI), instance qui vient de conclure sa rencontre annuelle au Thabor, a été une occasion solennelle pour l’évêque de Port-Louis, Mgr Jean Michaël Durhône, de réitérer l’option préférentielle du diocèse en faveur des pauvres. Sur les traces laissées par le missionnaire hors pair que fût Jacques Désiré Laval, débarquant à Maurice au lendemain de la fin de l’esclavage, et reprenant une exhortation du pape Léon XIV, Mgr Durhône a fait sien « le choix décisif et radical en faveur des plus faibles. » Entouré des autres évêques de la région, dont ceux du vicariat apostolique de Rodrigues, Mgr Michel Moura, et des Comores, du diocèse de La-Réunion, Mgr Pascal Chane-Teng, de Mgr Fabien de la Conférence épiscopale de Madagascar et des représentants des autres délégations à la CEDOI, en présence de prêtres spiritains, venus de différents points du monde en cette occasion, mais en l’absence de l’évêque émérite, le cardinal Maurice E. Piat, indisposé, l’évêque de Port-Louis a remis en perspective la démarche salvifique auprès des anciens esclaves à Maurice dans le contexte du jour.
« Kouma Per Laval, nou ekout seki bann dimounn pe viv. Kouma Per Laval, nou diserne pou konpran ki Zezi pe demann nou pou viv dan enn sosiete pli zis e fraternel ek kouma Per Laval, nou pran swin bann pli pov pou konstrir enn sosiete pli zis e fraternel », affirme Mgr Durhône devant une assemblée de fidèles recueillis. En parallèle, il n’a pas manqué de faire état des dégâts causés dans la société minée par les multiples fléaux et l’urgence de l’écoute des plus vulnérables, comme au temps du Père Laval.
« En écoutant avec le cœur ce que vit notre pays, que voyons-nous ? Nous sommes interpellés par le nombre de cas de violence à l’égard des femmes, ou sur la route, dans les établissements scolaires, le cyberbullying ou les insultes et propos racistes diffusés sur les réseaux sociaux. La drogue tue nos enfants et nos jeunes laissant les familles dans une grande détresse. Les paroisses me parlent de funérailles de jeunes morts à cause de la drogue ou du suicide. Depuis le début de l’année 2026 et jusqu’à septembre, il y a eu une centaine de morts sur les routes. La blessure est toujours ouverte pour nos frères et sœurs Chagossiens, même si une lueur d’espérance a commencé en reconnaissant la souveraineté de la République de Maurice sur l’archipel des Chagos. Devant de telles situations, la tentation du repli sur soi, de la résignation ou de l’indifférence peut nous gagner, » s’est-il appesanti., soulignant que « l’Église se met du côté des plus fragiles car Dieu choisit les pauvres. »
Le pèlerinage du Père Laval de cette année est placé sous le thème Ansam avek Per Laval, pou enn sosiete pli zis e fraternel. Dans son homélie, l’évêque de Port-Louis n’a pas manqué de faire état des réalités sociales. Il a également fait référence à l’Évangile du jour, où Jésus s’identifie aux affamés, aux étrangers, aux malades et aux prisonniers. « Nous sommes invités à écouter Dieu nous parler dans les plus pauvres. Père Laval a su écouter ce cri des anciens esclaves », fait-il comprendre.
Mgr Durhône est revenu sur les premières impressions du Père Laval, lorsqu’il était arrivé dans l’île et de sa détermination à se mettre au service des plus démunis. « Il écoute ce que vivent les prisonniers. Il fait face aussi à la résistance des anciens maîtres d’esclaves qui refusent de laisser les domestiques noirs suivre des catéchèses. Père Laval n’a pas seulement annoncé l’Évangile, il a pris le temps de rencontrer les Noirs et d’apprendre leur langue. En communiquant avec eux, il a su écouter leurs blessures, leurs souffrances, leurs espérances et les dons que le Seigneur a mis en eux », dit-il en puisant des écrits personnels du Père Laval. « De même, aujourd’hui, nous sommes appelés à être à l’écoute de ceux qui souffrent », a-t-il ajouté.
Dans la conjoncture marquée par des difficultés et des épreuves, l’évêque, s’appuyant sur le pape Léon XIV, a mis en garde contre « la tentation du repli sur soi, de la résignation ou de l’indifférence peut nous gagner. » Il a ainsi invité à s’inspirer du Père Laval, pour écouter les pauvres et discerner avec d’autres, comment servir les pauvres en servant le Christ. Il a cité l’exemple des auxiliaires laïcs qui ont aidé le Père Laval dans sa mission. « Il choisit donc de faire confiance à des hommes et des femmes du peuple, souvent eux-mêmes anciens esclaves pour devenir catéchistes, conseillers et responsables de communautés. L’une des grandes intuitions du Père Laval fut de reconnaître les dons de l’Esprit chez des laïcs », poursuit-il.
Mgr Durhône est d’avis qu’« aujourd’hui, cette mission se poursuit, notamment, à travers les ONG.» Il a cité l’exemple de Lakaz A, qui accueille les familles ayant un proche dans la drogue. Il a invité à s’inspirer du Père Laval dans le combat contre la drogue. Il a évoqué sa récente rencontre avec des frères et sœurs d’autres Églises et d’autres religions, où il a été question de sensibilisation et de réhabilitation des jeunes tombés dans l’addiction. « À partir de cette réunion, un comité a été mis sur pied pour discerner quelles actions nous pouvons mener ensemble », plaide-t-il, indiquant que « ces temps d’écoute ont été des temps forts où ces personnes ont souligné les discriminations vécues, les injustices subies et un appel à les respecter dans leur dignité. Nous avons pu écouter ces parents dont les enfants sont tombés dans l’enfer de la drogue ou de l’alcool et à quel point ils se sentent démunis et en danger dans leurs propres maisons. »
Mgr Durhône est aussi revenu sur le Synode de 1997 à 2001, où l’une des décisions importantes a été l’option préférentielle pour les pauvres. « C’est dans ce contexte que des collèges ont été construits à Rivière-Noire, Petite-Rivière, Vieux-Grand-Port et Goodlands. En faisant de tous nos établissements scolaires des lieux qui accueillent des enfants et des jeunes avec des intelligences et des capacités diverses, l’Église à Maurice s’est engagée dans une éducation qui valorise les intelligences multiples », fait-il valoir. Il a aussi souligné que venir en pèlerinage au caveau du Père Laval peut devenir alors « un temps pour réveiller notre responsabilité citoyenne et sociale dans l’Église et la société. »
Il a également relevé l’importance d’être à l’écoute des enfants. « Les enfants ont beaucoup de choses à nous apprendre. » Il a également annoncé une pastorale de l’enfant à venir.
Abordant la présence des évêques des îles de l’océan Indien pour les délibérations de la CEDOI le président de cette instance trouve qu’« ensemble avec les prêtres, religieux, religieuses et laïcs nous avons écouté les joies, les peines et les espérances des personnes de nos îles. Nous avons discerné les appels de l’Esprit Saint pour mieux prendre soin des personnes surtout les plus fragiles, marginalisés et rejetés. Une telle rencontre inter îles nous apprend à vivre l’accueil, la fraternité et la solidarité. »

