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Le fait de se laver fréquemment les mains avec de l’eau et du savon fait partie des mesures les plus importantes pour prévenir la propagation du coronavirus. Or, l’eau se fait de plus en plus rare dans certains quartiers de l’île classés zone rouge. Le déficit pluviométrique qui prévaut depuis le début de l’année, couplé à la surconsommation d’eau durant cette période de confinement, jouent beaucoup sur l’amenuisement des réserves en eau, souligne la Central Water Authority (CWA). Le taux moyen de remplissage des réservoirs du pays est actuellement de 65,1%, alors qu’à la même période de l’année dernière, il était de 94,2 %.

Certes, les réservoirs de Mare-Longue et Midlands affichent respectivement un taux de remplissage assez correct de 82, 9 et 80, 2%, mais tel n’est pas le cas en ce qui concerne Mare-aux-Vacoas (65,8 %) et Bagatelle Dam (39,7%). Des niveaux inférieurs à la normale qui ont fait de l’eau potable une denrée rare dans les régions desservies par ces réservoirs. «C’est juste un retour à la normale, car ça fait deux ans que le problème dure dans tout le quartier. L’eau y coule un jour sur deux», nous confie une habitante de Holyrood, à Vacoas, une ville classée zone rouge. C’est l’absence de camions-citernes, qui sillonnent en temps normal les endroits affectés, qui provoque le plus la colère des habitants. « Nou ti gagn mem problem lané derniere kan ti ena confinement. CWA bizin compran ki se dan sa bann momen la ki nou pli bizin delo», s’insurge une habitante de la route Holyrood 1.

L’on dénombre environ cinquante cas de contamination du virus à Forest-Side et la colère gronde contre la pénurie d’eau qui prévaut depuis deux mois. Les résidents de ce quartier de la Ville Lumière espèrent ne pas avoir à descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement, comme cela a été le cas en janvier 2019. Un habitant souligne que «delo la pena lheure li koule. Nous n’avons pas protesté, mais avec la résurgence du virus qui a pris des proportions alarmantes à Forest-Side, on envisage de monter au créneau à la fin du confinement. Enough is enough».

Les habitants d’Atlee, qui avaient également exprimé leur courroux, en 2019, vivent le même calvaire. «Les fortes chaleurs et le manque d’eau, mêlés à l’angoisse d’une éventuelle contamination au virus, c’est insupportable!», soutient Patrick Zuel qui travaille comme éboueur. Il est d’autant plus inquiet que la promiscuité multiplie les risques de contamination. «J’habite dans une petite maison de la NHDC à Atlee avec mon épouse et mes trois enfants. Pas une goutte d’eau ne coule des robinets, lorsque je rentre chez moi après le boulot», dit-il.

L’eau coule avec parcimonie dans de nombreux foyers du village de Dubrueil où six personnes ont été testées positives à la Covid-19. «Nous avons constaté que l’eau coulait faiblement du robinet depuis le mois dernier. Nous avons rarement été confrontés à ce genre de situation dans le passé. Et confinés, nous avons davantage d’eau», souligne un habitant du village, un planteur pour qui l’agriculture est la première activité de subsistance. «Je compte dans ma famille beaucoup de personnes qui sont planteurs et agriculteurs. Cette situation n’augure rien de bon pour l’après-confinement», ajoute-t-il.