Personnes en situation de handicap – Favoriser l’inclusion et présenter de nouvelles perspectives

La tenue de cet atelier consultatif sur le thème Normaliser l’inclusion des personnes en situation de handicap à Maurice s’inscrit dans le cadre d’une campagne nationale d’inclusion menée par Émilline Law Kwang, (Bachelor of Law with Honors), et ancienne lauréate d’un prix de l’Australie, avec le soutien du haut-commissariat australien.

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Des personnes en situation de handicap, des représentants d’Ong, du gouvernement et des secteurs public et privé, entre autres, ont participé à un atelier de trois jours. Ont été abordés différents sujets touchant à la vie d’une personne en situation de handicap à Maurice, ses droits, la sensibilisation du public, et les opportunités d’emploi à Maurice. Ces intervenants étaient de la Global Rainbow Foundation, Business Mauritius, Inclusion Mauritius, Dis-Moi, Women with Disabilities, Disabled People’s International (DPI),U-Link and Down Syndrome Mauritius.

Intervenant  Émilline Law Kwang (33 ans), souffrant de paralysie cérébrale congénitale, a fait valoir sa fierté de femme qui réunit toutes les caractéristiques d’un bon leader. Et ses mots ont interpellé la centaine de participants à cette réalité qu’il est grand temps de laisser les personnes en situation de handicap décider de leur vie et de ce qu’elles peuvent apporter comme contribution à la société mauricienne.

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Selon les données les plus récentes disponibles à Maurice à partir de 2011, une personne sur vingt souffre d’un handicap. Même si 80% des enfants handicapés sont scolarisés, seuls 24% ont terminé leurs études secondaires. Par ailleurs, le taux de chômage au sein de la population handicapée est supérieur à celui de l’ensemble de la population (9,3% contre 7,5%). Il y a également eu une augmentation de 46,8% du nombre de handicapés entre 2000 et 2011. Malgré ces faits et chiffres et les dispositions légales en place, la stigmatisation et l’incompréhension prévalent autour de la question à Maurice.

En dehors de la stigmatisation auxquelles elles peuvent faire face, ces personnes en situation de handicap ont prouvé lors de cet atelier qu’elles avaient de la volonté. Et comme l’a si bien dit une intervenante : « Je ne peux pas faire un BA en anglais pour être reléguée comme réceptionniste, juste parce que je suis en situation de handicap. »

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« Une société plus inclusive et compatissante »

Cet atelier de trois jours au Caudan Arts Centre s’accompagne d’une campagne de sensibilisation pour montrer les problèmes auxquels font face les handicapés, notamment les barrières physiques et sociales. « Cet atelier a été inconsciemment conçu comme un reflet de mes propres luttes en tant que personne handicapée grandissant à Maurice. Se sentir parfois comme un paria, devoir passer par un système éducatif qui n’était pas adapté à mes propres besoins, faire une licence en droit pour en savoir plus sur mes droits et avoir des difficultés à trouver un emploi approprié… » Autant de situations qu’Émilline Law Kwang a eu à gérer.

Cette dernière a évoqué l’expérience de l’inclusion lors de ses études en Australie. D’où la raison de cet atelier pour permettre aux autres de parler de leurs luttes. Une initiative enrichissante, épaulée par le haut-commissariat australien. Comme l’a indiqué l’intervenante : « Ce projet a été financé par le programme d’aide directe de la commission et il leur aurait été facile de simplement financer ce projet et de “lav lame”, mais Yasmina Hosanoo et Abhai Neermaull du haut-commissariat ont fourni la forme la plus élevée de soutien et de soins et sont un exemple que l’inclusion n’est pas seulement un mot à la mode, mais découle de la volonté d’écouter et d’entendre les personnes issues de minorités et de groupes vulnérables. »

Émilline Law Kwang avance que ce projet a germé à la suite d’une rencontre qu’elle a eue avec ses amis Shanjana, Ridwan, Ali, Soovan, Anishta, Avinash, Jean-François, Nalini, Hélène et Pooja. Ensemble, ils ont choisi de privilégier l’écoute et de donner la chance aux participants de cet atelier de faire entendre leur voix.

« Nous sommes une partie importante de notre société et nous avons beaucoup à apporter. Malgré les nombreux obstacles auxquels nous pouvons être confrontés, nous avons tous de la place pour être valorisés et appréciés. Nos expériences et perspectives uniques peuvent nous aider à construire une société mauricienne plus inclusive et plus compatissante où chacun est valorisé, quelles que soient ses capacités. »

Déstigmatiser le mot « handicap »

Les objectifs premiers de cet atelier de trois jours étaient de déstigmatiser le mot « handicap » à Maurice, d’inciter les familles à envoyer leurs enfants handicapés à l’école, de fournir une plateforme pour les personnes autrement capables tout en partageant leur success story comme un encouragement aux familles et aux autres personnes dans la même situation qu’elles, et surtout ouvrir la discussion sur les perspectives d’emploi pour elles.

Émilline Law Kwang a tenu à témoigner sa reconnaissance au haut-commissariat d’Australie. « C’est le premier atelier à réunir autant de collaborateurs sur une plateforme commune avec un objectif commun, mené par une femme et des panélistes dans la même situation. D’ailleurs tout en recherchant un panéliste, un de nos pairs qui a décliné mon invitation, était très sceptique face à ce projet. Il m’a même dit, sur un ton moqueur : Vous pensez que 100 personnes assisteront à un atelier sur l’invalidité ? Il y a probablement un manque d’intérêt du grand public pour ce sujet. Mais, je pense que tout le monde peut en témoigner après avoir entendu nos panélistes pendant ces trois jours. Dites à une personne handicapée ce qu’elle ne peut pas faire, et elle le fera et parfois dix fois mieux qu’une personne normale. »

Mokshda Pertaub, avocate, est d’avis qu’il est temps de mettre en place un Disability Bill et faire de la sensibilisation auprès du public, des acteurs concernés, du judiciaire, de la police, des ONG, du gouvernement, de la société et surtout de former des gens. «Pour moi, les personnes en situation de handicap doivent faire connaître leurs besoins, leurs difficultés et croire qu’on peut apporter un changement car beaucoup restent encore à faire. »

Parmi les questions qui préoccupent, il y a le manque de solutions, surtout des cas qui ont été présentés devant l’Equal Opportunity Tribunal et qui n’ont eu aucune suite. Elle a parlé aussi de « discrimination flagrante » au niveau des assurances.

« Nous allons faire une recommandation après l’atelier qui a été mis en place. Une heure ne suffit pas pour tout débattre. Il faut revoir les droits de travail pour la personne en situation de handicap, le droit pénal, le système légal et l’accès à la justice des personnes en handicap. Je suis contente d’avoir pu avoir apporté mon soutien à cet organisme. Il faut pousser les débats plus loin. »

Prisca Veerappapillay, Human Resources BDO, et qui souffre de sa petite taille, concède : « cela m’a pris du temps pour m’adapter à mon handicap. J’ai fait face à beaucoup de préjugés. Il ne faut jamais baisser les bras. »

Cet atelier de trois jours a permis d’aborder différents thèmes touchant à la vie d’une personne en situation de handicap à Maurice, ses droits, la conscientisation du public, et les opportunités d’emploi à Maurice. Dans son discours de clôture, le haut-commissaire australien à Maurice, Keara Shaw, a exprimé le souhait que cet événement « ait une suite concrète en vue d’améliorer la situation des personnes en situation de handicap à Maurice ».

Émilline Law Kwang a tenu à remercier, pour sa part, les différents organismes, Gérard Manuel, le maître de cérémonie, et Eruption, l’agence de communication et de marketing qui ont beaucoup contribué au succès de cet événement. Elle a émis le souhait que des actions concrètes soient prises pour améliorer la vie des Mauriciens en situation de handicap.

Parmi les principales propositions faites, l’inclusion des enfants souffrant de troubles d’apprentissage, la mise en place d’un centre vocationnel et de réhabilitation, une Disability Rights Act, une autonomisation des familles dont l’enfant est en situation de handicap, et l’éligibilité pour une pension d’invalidité plus adéquate.

Pour sensibiliser le public à l’importance de promouvoir l’égalité des chances pour les personnes en situation de handicap à Maurice, le gouvernement présentera bientôt un projet de loi en faveur des personnes porteuses d’un handicap, en vue de les aider à mieux s’intégrer dans la société.

Fazila Jeewa-Daureeawoo, ministre de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, réaffirme l’introduction du Disability Bill en 2023 à l’Assemblée nationale. « Le projet de loi est en préparation, il n’est pas encore au Parlement, mais cela viendra. Une des mesures phares a été l’augmentation de la pension pour invalide, qui est passé de Rs 3 276 à Rs 10 000 », dit-elle.

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