Ces nouvelles mesures visant à réduire la pollution et à protéger l’environnement ne sont pas sans conséquences pour les entreprises mauriciennes impliquées dans la fabrication de produits en matière plastique. Ces dernières craignent en effet que, sans discussions avec le ministère de l’Environnement, elles soient contraintes de mettre la clé sous le paillasson. Regroupées sous la Plastic Products Manufacturers & Users Association, elles demandent ainsi une extension d’au moins un an en vue d’installer toutes les infrastructures appropriées et se tourner vers le biodégradable. À ce titre, une rencontre était prévue entre l’association et le ministère de l’Environnement ce jeudi matin.

Depuis que les nouveaux règlements ont été promulgués, l’inquiétude n’a pas cessé de s’amplifier pour la Plastic Products Manufacturers & Users Association, qui a réclamé par courrier une rencontre avec les représentants du ministère de l’Environnement afin de discuter de ses nombreuses doléances. « On met l’accent sur l’abolition de l’usage du plastique. Or, nous fabriquons des produits en plastique. Si le gouvernement applique une mesure visant à cesser de produire dans cette matière, il faut qu’on nous donne les moyens de restructurer notre entreprise et d’acheter de nouvelles machines pour la production de nouveaux produits. Sans compter que l’on doit sécuriser l’emploi », explique un porte-parole de l’association.

« Nous avons envoyé plusieurs lettres, sans réponse jusqu’ici. Pire : nos appels n’ont également jamais été entendus ! » ajoute-t-il. Selon lui, la situation est devenue « intenable », dans la mesure où « aucun entrepreneur ne sait quelle décision prendre s’agissant de l’avenir » de son entreprise. « Nous avons contracté des prêts et les employés peuvent perdre leur emploi. Nous ne savons pas si nous devons fermer les entreprises le 15 janvier ou si une extension nous sera accordée », dit-il. Et d’estimer que le ministère de l’Environnement « a tort » concernant « sa manière de faire avec les entrepreneurs ». Raison pour laquelle, dit-il, « aucune de nos correspondances n’a eu de suite ».

Des membres de l’association mettent également l’emphase sur le fait que les bouteilles en plastique et les pots de yaourt ne sont pas concernés par la décision du gouvernement. « Si nous analysons correctement, les sacs en plastique sont nettement moins dangereux que les bouteilles en plastique. C’est une politique de deux poids, deux mesures. C’est de la pure discrimination ! », déplore un membre de la Plastic Products Manufacturers & Users Association.

D’autant que si ce dernier admet la nocivité de ce matériau pour l’environnement, celui utilisé pour la fabrication de bouteilles en plastique est, lui, « extrêmement dangereux », car « des produits nocifs sont libérés lorsque la bouteille est en contact avec l’eau ». En consommant des microplastiques, la faune marine est affectée, soutient-il. « Le plastique a un impact vraiment négatif sur notre écologie ! » dit-il, avant de trouver « drôle que le gouvernement ne vise pas aussi l’arrêt de l’utilisation des bouteilles en plastique ».
Ce membre de l’association estime ainsi que l’industrie est prête à se « recycler », rappelant à ce titre qu’aucune compensation n’est réclamée du gouvernement, mais de pouvoir simplement acheter des équipements à l’étranger une fois les frontières rouvertes.

« Nous utiliserons notre propre argent pour l’achat de ces équipements », dit-il, en l’occurrence des machines fabriquant des produits biodégradables. Car même si ce matériel et les produits coûtent cher, leurs avantages, eux, sont multiples, notamment leur solidité. Et de rappeler qu’après une période de deux mois, ce plastique biodégradable s’abîme dans l’air et fond dans l’eau. « Ce plastique devient alors un produit consommable par les poissons », ajoute-t-il, car les matières utilisées ne sont pas toxiques.

Par ailleurs, concernant les nouveaux produits biodégradables pour le stockage d’aliments chauds (“take-away”), notre interlocuteur explique que ces produits « ne peuvent pas contenir des produits alimentaires à une chaleur d’environ 60 °C ». En revanche, d’autres matières premières peuvent le faire. Problème : celles-ci, de même que la machine utilisée pour leur transformation, coûtent elles aussi très cher. « Nous pouvons faire ces produits, mais il nous faudra une extension d’un an, car nous devrons effectuer des tests au préalable, et six mois ne seront pas suffisants. Et nous ne savons pas si le gouvernement donnera son accord », dit-il.

« Nous avons une réunion ce jeudi matin avec le ministère de l’Environnement. Nous verrons si nos inquiétudes seront prises en considération », avance le porte-parole de l’association, qui regroupe neuf entreprises totalisant 900 employés, dont 400 étrangers. Et de prévenir que si aucune solution n’est trouvée, certaines entreprises devront fermer leurs portes. D’autant que si la production n’a jamais cessé depuis la fin de “lock-down”, depuis le mois dernier, en revanche, les revenus ont chuté d’au moins 45%, et ce du fait de la campagne incitant à cesser d’utiliser du plastique.