Une semaine après l’entrée en vigueur de l’Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) 2020 le 15 janvier, interdisant l’usage et la vente de 10 produits en plastique à usage unique, les choses demeurent malheureusement toujours floues, surtout pour les producteurs de plastique. Tour d’horizon.

« Wi, li bien bon pou lanvironnman, me selman nou pou bizin mont pri nou bann prodwi parski li pa bo-marsé sa bann sak biodégradable la », nous confie un marchand de gâteaux à Port-Louis. En effet, depuis la mise en application des nouvelles mesures, les avis sont mitigés. Dans les supermarchés, un simple tour dans les rayons, et les take-away en polystyrène ont déjà été remplacés par d’autres biodégradables et en carton, à des prix plus élevés. Si du côté des consommateurs l’on commence à s’y faire sans trop se soucier de l’éventuelle montée des prix, aussi minime soit-elle, les producteurs, eux, sentent la pilule passer. Saaqib Shamutally est le porte-parole de la Plastic Products Manufacturers and Users Association, qui est montée au créneau dès l’annonce des nouvelles mesures et déplore le manque total de communication entre elle et les autorités.

« On ne travaille presque plus », dit-il. En opération depuis 1999, l’usine qui se situe à Grande-Rivière-Nord-Ouest est presque à l’arrêt depuis deux semaines. Il explique qu’il y a un stock de près 2,5 millions de produits non finis et plusieurs millions encore de produits finis. « Nous avons aussi des machines qui coûtent près de Rs 10 millions et qui ne travaillent plus. Qu’allons-nous faire maintenant ? » dit-il. Saaqib Shamutally explique qu’il n’y a eu aucune communication concrète depuis l’année dernière avec les autorités. « Nous avons envoyé plusieurs courriels, mais en vain. J’ai bien l’impression qu’elles nous déclarent la guerre ! » La Plastic Products Manufacturers and Users Association demande ainsi un moratoire à partir du moment où les frontières rouvriront pour pouvoir acheter les machines nécessaires pour fabriquer les produits biodégradables ou sinon « une compensation » pour leur permettre au moins de rembourser les prêts bancaires contractés afin d’acheter les machines qui existent déjà et qui ne peuvent plus opérer sur le territoire mauricien.

Par ailleurs, l’association soutient qu’elle prendra les actions légales nécessaires si les autorités continuent de faire la sourde oreille. Saaqib Shamutally est catégorique : « Nous, nous devons souffrir et nos emplois sont menacés, tandis que d’autres, non. C’est une injustice. » En effet, depuis quelque temps, les langues se délient et beaucoup montent au créneau pour dénoncer cette fameuse liste où ne figurent pas certains produits en plastique, dont les bouteilles Polyéthylène Téréphtalate (PET). En effet, près de 125 millions de bouteilles en PET sont mises sur le marché mauricien, ce qui représente 2 500 tonnes par an de plastique, dont seulement 40% sont collectées chaque année pour le recyclage, soit environ 1 000 à 1 125 tonnes par année. Le reste atterrit à Mare Chicose.

Interrogé sur une éventuelle interdiction des bouteilles PET, le ministère avançait il y a quelque temps que« dans le contexte de promouvoir la consommation et la production durable et une économie circulaire, le ministère travaille avec comme objectif d’accroître la capacité du recyclage à Maurice en introduisant le concept de responsabilité élargie des producteurs. Les mesures sont actuellement étudiées au ministère afin de trouver une formule pour une récupération maximale des bouteilles PET. D’autres régulations sont à prévoir en ce sens.  »

Des “incentives” pour ceux qui collectent le PET

L’ingénieur en environnement et océanographe Vassen Kauppaymoothoo disait à cet effet dans un entretien accordé à Week-End en 2019 que « que le gouvernement devrait jouer un rôle par rapport à cela, en permettant et en maintenant, en tant que facilitateur et régulateur, la mise en place un système de collecte de bouteilles en plastique. Et pourquoi ne pas donner des “incentives” aux personnes qui collectent les bouteilles en plastique ? Les Rs 2,30 de taxe environnementale que nous payons pour chaque bouteille aurait pu être remboursées aux citoyens qui les retourneraient comme on le fait pour les bouteilles en verre. Pourquoi refuse-t-on de mettre en place ce système ? »

Le PET recyclé de QBL

Du côté des embouteilleurs, l’on avance que rien n’est laissé au hasard et que les discussions sont en cours avec les autorités pour trouver les meilleures solutions possible. Quality Beverages Ltd, l’un des plus gros embouteilleurs du pays, accueille favorablement les nouvelles mesures. D’ailleurs, à travers la Bottlers Association, dont Quality Beverages Ltd est membre, un projet de recyclage des bouteilles PET a été déjà soumis au ministère de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique. « En tant qu’un des acteurs majeurs du secteur de l’agroalimentaire et entreprise responsable et soucieuse de la préservation de notre environnement pour les générations futures, nous pensons que c’est une très bonne initiative de la part du gouvernement », nous indique une représentante de l’entreprise.

« Au niveau de Quality Beverages Ltd, nous menons déjà une série d’initiatives pour la protection et la préservation de notre environnement, dont l’utilisation par exemple de matières biodégradables pour l’emballage (tubs and lids) de nos produits de la gamme Tara, MIL et Vita margarines et beurres. En ce qui concerne nos boissons, nous avons déjà apporté plusieurs modifications à nos emballages dans le but de réduire l’utilisation du taux de plastique, notamment à travers les techniques de “light weighting”. Nous avons aussi revisité les bouchons en réduisant la quantité de plastique utilisée dans leur fabrication. Ces mesures nous ont permis de réduire notre utilisation de plastique par plus de 1200 tonnes sur une année. »

En ce qu’il s’agit des remarques sur le fait que les bouteilles PET ne figurent pas sur la liste, Quality Beverages répond qu’elle travaille avec « PepsiCo sur les moyens de convertir le “Virgin PET” en PET recyclé (rPET). Cette nouvelle mesure devrait nous aider à réduire davantage notre utilisation de plastique vierge par 300 tonnes. Notre objectif est de s’assurer que, d’ici 2025, toutes nos bouteilles en PET soient fabriquées à partir de 50% de PET recyclé. » Et ajoute que « le PET, sous forme de bouteille, peut-être transformé en matière première pour la fabrication de nouvelles bouteilles et d’autres produits. D’ailleurs, aujourd’hui à Maurice, au moins 40% du PET est collecté et recyclé. »

De plus, même si la nouvelle liste en gestation du ministère devait inclure les bouteilles PET, Quality Beverages se dit prête à réadopter les chopines en verre. « C’est une option que nous considérons déjà et nous avons investi dans une nouvelle ligne de production de bouteilles en verre, qui sera opérationnelle dès cette année. Certes, il est possible d’utiliser une plus grande proportion de bouteilles en verre, voire 100% dans certains cas, par exemple dans les hôtels, restaurants et autres commerces où l’on consomme sur place, mais, dans d’autres cas, ce n’est pas forcément une solution pratique et il faut donc avoir une solution de recyclage et réutilisation de ses bouteilles. Nous sommes tout de même confiants que, dans un futur proche, les avancées technologiques écoresponsables amèneront de nouvelles solutions au problème aujourd’hui du plastique », indique Quality Beverages.

Le plastique dans le monde

Plusieurs pays dans le monde adoptent l’interdiction du plastique à usage unique. Ci-dessous la liste des pays ayant déjà adopté ou en voie d’adopter des mesures anti-plastique, comme l’indique le World Economic Forum.

Inde — La pandémie a retardé les choses. Au lieu d’interdire définitivement l’usage et la production de sacs en plastique, de gobelets et de pailles, l’Inde a décidé de renforcer les législations existantes pour mieux contrôler la production, le stockage et l’utilisation de certains produits à usage unique

Chine — Un plan pour bannir les sacs en plastique non biodégradables d’ici 2022 a été mis en place. Idem pour les pailles en plastique qui disparaîtront des restaurants.

L’Union européenne — Des projets pour bannir plusieurs objets en plastique à usage unique, dont les pailles, les couverts et les cotons-tiges d’ici 2021 ont été annoncés.

Royaume-Uni — Une taxe est prélevée sur les sacs en plastique depuis 2015 et depuis 2018 il est interdit de vendre des produits contenant des microbilles de plastique, dont les gels douche et les exfoliants. Une loi interdisant la mise en vente de pailles en plastique, de cotons-tiges et des touillettes vient d’être promulguée.