Les habitants et les usagers de la mer à Pointe-d’Esny sont en quête d’information sur la réouverture du lagon pour des activités nautiques. Ils déplorent l’absence de communication de la part des autorités, tandis que Blue-Bay est à nouveau fréquenté et que Mahébourg accueille une régate aujourd’hui.

Après la réouverture de la plage de Blue-Bay et de l’île aux Aigrettes il y a une semaine, c’est au tour des pêcheurs du sud-est de renouer avec leurs activités, mais en haute mer. La pêche est toujours interdite dans le lagon du sud-est. Les bonnes nouvelles se succèdent et la vie reprend peu à peu dans ce « new normal » post-Wakashio à Mahébourg et dans ses environs. D’ailleurs, aujourd’hui, Mahébourg accueille une régate et diverses activités dans le cadre du Festival kiltir ek langaz kreol morisien. Mais pas de « new normal » à Pointe-d’Esny, où la plage est toujours inaccessible au public et la mer interdite à toute activité nautique.

Alors, à quand la réouverture de la plage et du lagon de Pointe-d’Esny ? Des habitants et plaisanciers de la région disent ne pas comprendre pourquoi la mer leur est toujours interdite alors que le lagon est limpide, et ce, même depuis longtemps, soit deux semaines après la terrible marée noire survenue en août dernier. Les occupants de bungalows, propriétaires de résidences et de bateaux ne cachent pas leur amertume. Ils sont dépités, disent-ils.

Le lagon est régulièrement contrôlé par les gardes-côtes. Ces patrouilles ont pour but de faire respecter l’interdiction de pratiquer des activités récréatives, le kite-surfing et les sorties en bateau dans la mer où le MV Wakashio a fait naufrage dans la nuit du 25 juillet. « Nous voyons les officiers de la National Coast Guard faire de la surveillance et rappeler à l’ordre ceux qui font fi des restrictions », confie un habitant de la région. Mais on raconte que parfois, les éléments de la National Coast Guard sont fatigués de remonter les bretelles des réfractaires. Et quand la voie est libre, le lagon de Pointe-d’Esny redevient le terrain de jeu de prédilection des inconditionnels de la mer.

L’impression  d’être punis

La mer de Pointe-d’Esny est limpide. Les poissons, voire des ourites parfois, sont régulièrement aperçus dans le lagon qui n’a pas connu de fréquentes activités humaines depuis un peu plus de quatre mois. « Deux semaines après le naufrage du MV Wakashio, la mer était déjà propre ! Alors pourquoi est-ce qu’on n’enlève pas les restrictions ? Sur quoi les autorités se basent-elles pour continuer à fermer Pointe-d’Esny ? Pourquoi est-ce qu’elles ne communiquent pas ? » se demande le moniteur de kitesurf Jérôme Bonieux. Le jeune homme explique que, tout comme lui, les habitants de sa région sont dans le flou. « Nous ne savons pas vers qui nous tourner pour avoir de bonnes informations. Quand on téléphone au poste des gardes-côtes, on n’a pas de réponse claire à nos interrogations », dit Jérôme Bonieux. Pour pratiquer le kitesurf, ce dernier se rend parfois au Morne.

Mais de son côté, Jean-Michel Rouillard, propriétaire d’un bateau à voile, ne peut se permettre d’en faire autant, c’est-à-dire, naviguer ailleurs… « Cela fait six mois depuis que je regarde mon bateau de la plage ! » se désole le plaisancier. Il dit avoir l’impression de vivre une « punition » par les autorités. Même si ce dernier a dû s’acquitter des frais du renouvellement de son permis auprès de la Tourism Authority récemment, il ne peut en effet profiter de son bateau puisque le point d’embarcation de celui-ci est à Pointe-d’Esny. « L’ouverture du lagon de Pointe d’Esny ne dépend pas de la Tourism Authority. Un plaisancier qui souhaiterait profiter de son bateau ailleurs que Pointe-d’Esny sans quitter le point d’embarcation qu’il a enregistré peut le faire. Mais pour cela, il faut qu’il change son point d’embarcation et se soumette à de nouvelles procédures auprès de la Mauritius Tourism Authority », indique Lindsay Morvan, directeur de la Mauritius Tourism Authority.

Le démantèlement de la poupe du MV Wakashio déterminerait la réouverture de la plage

À ce jour, les autorités n’ont donné aucune indication sur la date de la réouverture de Pointe-d’Esny et encore moins les raisons pour lesquelles la plage reste inaccessible au public et aux habitants du coin. Selon toutes probabilités, ce sont les travaux de démantèlement de la poupe du MV Wakashio qui détermineront le retour du public à Pointe-d’Esny. Cet exercice devrait commencer avant la fin de décembre et pourrait durer plusieurs mois. Est-ce que la plage sera fermée et la mer interdite durant tout le temps que durera l’opération ? Nous avons contacté les autorités… en vain.

Il y a quelques semaines, lors d’une réunion de concertation entre différentes parties — dont le ministère de l’Environnement — concernées par la réouverture de Blue-Bay, la date du démantèlement de la poupe du MV Wakashio avait été évoquée. Toutefois, selon nos informations, tant que la société chinoise retenue par Japan P & I Club, l’assureur du vraquier pour le démantèlement du MV Wakashio, ne sera certaine que la poupe ne contient aucune trace d’hydrocarbure susceptible de se répandre lors de l’opération, Pointe-d’Esny devrait rester fermée. En outre, il est plus que certain que le démantèlement de la poupe ne sera pas sans tort à l’environnement marin. La poupe, encore bien visible, est toujours bloquée sur les récifs à un peu moins de 3 km de la plage. En l’absence des spécialistes chinois, les autorités mauriciennes ont encore du mal à communiquer sur le démantèlement de ce qui reste du vraquier et ce que cela implique pour le public.

Par ailleurs, la durée de l’opération en cette saison cyclonique est aléatoire. Et l’arrivée d’un cyclone avant un démantèlement est aussi à craindre, car si la poupe contient encore des produits nocifs pour l’écosystème marin, la force des vagues et la mer houleuse ne pourront qu’empirer les choses. Ce qui fait dire à certains scientifiques qui effectuent encore des travaux sur les dégâts causés par la marée noire que le temps presse.