Une paire de cisailles à la main, Sohar Heeramun (70 ans) se réveille à 4h du matin pour se rendre dans sa plantation de thé à Pont-Colville, Nouvelle-France. Il a appris à tailler les arbustes de thé dès son plus jeune âge lorsqu’il suivait ses parents dans les champs. « C’est un métier facile qui nécessite un peu d’effort, de la patience et des sacrifices. Qu’il pleuve, qu’il vente, il faut se réveiller tôt », confie le septuagénaire qui attend l’arrivée d’un camion qui va traverser dans la localité pour aller déposer les feuilles de thé à l’usine de La Chartreuse. « Mo tay 35 kilo fey par zour. Lontan mo ti pe tay plis. Nepli kapav forse akoz laz. Bizin get la sante avan », conseille-t-il.

Le thé a fait vivre ses grands-parents et ses proches. « C’est un héritage que je continuerai à garder », clame-t-il. C’est grâce à la culture de thé et l’argent qu’il a économisé que son fils a pu ainsi étudier et quitter Maurice pour aller travailler comme consultant au Canada. « C’est ça ma fierté aujourd’hui après tant d’années de sacrifices », soutien Sohar qui regrette que les jeunes ne s’intéressent pas à aller travailler dans le secteur du thé ou celui de l’agriculture.

Pour Manilall Dhoboj, le secrétaire de la Grand-Port Cooperative Tea Marketing Federation et de la Nouvelle-France Cooperative Tea Marketing Society qui regroupe une soixantaine de planteurs de thé de la région, les mesures prises par l’Etat pour redynamiser la production de thé à Maurice sont très encourageantes. « Nous sommes très satisfaits de démarches qui ont permis de “booster” le secteur. Fini kre enn Tea Nursery a Curepipe pou prodir bann plantil. Nou pena swa. Nou bizin al dan sa direksion la. »

Selon le secrétaire de ces deux associations, pour pallier le manque de main-d’œuvre qui vieillit chaque année, il faut avoir recours à la mécanisation. « Car les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas ce courage des anciens. Ce n’est pas de la paresse. Loin de là. C’est une autre génération, une autre culture. Ils ne veulent plus travailler à des heures indues. E zot pa touss enn gro saler osi. »

Selon Manilall Dhojod, le gouvernement doit encourager les planteurs de thé pour qu’ils n’abandonnent pas leurs champs comme autrefois. « Nous devons redoubler d’efforts pour que Maurice produise plus. » Il trouve dommage que la COVID-19 ait joué les trouble-fête car les touristes s’intéressent également à ce secteur. « Cela faisait partie de notre circuit touristique. Le thé mauricien a une réputation qui lui est propre. Il est connu pour sa saveur. Il y a des opportunités pour le développement dans ce secteur. »

Sohar Heeramun rappelle que durant les mois hivernaux, plus particulièrement de juillet à septembre, beaucoup de cultivateurs se plaignent. « La vie est très dure pour nous. Il y a définitivement une baisse considérable du volume de feuilles récoltées. Nos revenus aussi baissent. Le gouvernement aurait dû faire un effort pour les cultivateurs pendant cette période », suggère-t-il. Il est toutefois satisfait des mesures prises par le gouvernement pour la relance du secteur théier. « Le gouvernement montre de l’intérêt pour cette industrie », se plaît-il à dire.