Les manifestants venus exprimer leur ras-le-bol au-delà des augmentations de prix

Jayen Chellum, animateur de la Platform Kont Ogmantasion Pri  : « Ce n’est que le commencement »

Les Mauriciens ont répondu en nombre à l’appel de la Platform Kont Ogmantasion Pri pour un rallye à Port-Louis hier. En raison des restrictions imposées par la police, les manifestants ont dû se déplacer par petits groupes de la rue Volcy Pougnet au Champ de Mars. Outre la récente taxe sur l’essence et les augmentations de prix des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques, ce rallye a été l’occasion d’exprimer toutes les frustrations, dont celles contre la vaccination obligatoire ainsi que le comportement et les écarts du Speaker, Sooroojdev Phokeer, lors des travaux de l’Assemblée nationale.

« Mo pena loto, mo pena motosiklet. Monn vinn la akoz misie Phokeer. Sa koze ki linn dir Rajesh Bhagwan-la inn ofans tou bann mama ki ena enn zanfan malad. Mo pa pou kasiet ki mo ti donn koudme MSM dan eleksion. Mo dir Pravind Jugnauth inn ler pou li sanz so bann dimounn. » La colère de Christiane, mère de famille, est synonyme des frustrations exprimées par les Mauriciens venus participer au rallye sous des conditions de contraintes majeures imposées par la police en raison de la prévalence du Covid-19.

Initialement, l’ACIM avait mis sur pied la Platform Kont Ogmantasion Pri, avec d’autres organisations et particuliers, pour dénoncer les prix abusifs et la taxe de Rs 2 sur le litre d’essence et de diesel. Toutefois, cela a été l’occasion pour certains de défendre leurs propres causes. On a ainsi vu les anti-vaccins marcher le long de la rue John Kennedy avec leurs pancartes, ou encore une maman, dont le fils fréquente un collège privé subventionné à Curepipe, protester parce que son fils n’a pas encore reçu de livres du ministère de l’Éducation, alors que le premier trimestre tire à sa fin. Voire même les partisans du BLD scandant leurs slogans habituels. Le rallye aura ainsi été l’occasion de démontrer le ras-le-bol des Mauriciens sur plusieurs plans.

Bruneau Laurette, prenant la parole au départ du rallye, devait donner le ton : « Pa pran nou pou bann kanar. Aret plim nou ! » Jayen Chellum a renchéri, précisant que le groupe n’était pas là pour répandre le virus invisible, mais pour « veiller à la santé du portefeuille des Mauriciens ». Le secrétaire de l’ACIM a salué le « courage » de tous ceux ayant fait le déplacement à cette occasion. « Ceux qui bougent sont en train de lutter contre l’injustice, mais ceux qui restent tranquilles sont en train de tolérer. »

Alors que le quadricolore flotte dans les rues de Port-Louis, les pancartes transmettent les messages : « Non a ogmantasion », « Gvt dominer » ou encore « Pri sovaz nou pale ». Rajen, un habitant de Quatre-Bornes, est venu sur sa motocyclette pour dénoncer la situation dans le pays. « Pei dan bez. Ou trouv enn Speaker Lasanble kouma pe fer. Lot kote zot met Rs 4 lor lesans apre zot remet Rs 2, aster zot dir bizin aste vaksin ! » Ce dernier se demande ainsi s’il aura le droit de choisir son vaccin étant donné qu’il aura payé pour cela.

Christelle, jeune citoyenne, fait ressortir que beaucoup de personnes n’ont pas de travail et qu’il est inapproprié de procéder à de telles augmentations. Elle affirme également son opposition au vaccin obligatoire. « Pourquoi dois-je être vaccinée pour avoir accès à mon lieu de travail ? » se demande-t-elle. Les familles mauriciennes, ajoute la jeune fille, sont en train de souffrir économiquement. « On ne sait pas quand on va pouvoir remonter la pente. »

Le député travailliste Eshan Juman s’est également joint au rallye. Il dit être venu témoigner de sa solidarité « devant la souffrance des Mauriciens face à la vie chère ».

À la fin du rallye, Jayen Chellum n’a pas caché sa satisfaction. « Je ne m’attendais pas à voir autant de personnes, surtout que la police a objecté à la tenue de ce rallye en deux occasions. Notre action ne s’arrêtera pas là. Nous continuerons à nous battre contre les augmentations et les taxes abusives. La taxe sur le litre d’essence, aujourd’hui, s’élève à Rs 28, soit plus de 50% du coût du litre d’essence lui-même. »

Il ajoute que selon Statistics Mauritius, des personnes ne mangent pas à leur faim à Maurice. « Certains n’ont même rien à manger du tout. Comme si on n’avait pas suffisamment de coups de massue sur la tête, on est venu nous imposer une taxe pour acheter des vaccins. Alors que le budget du ministère de la Santé a augmenté par Rs 2,5 milliards. »

Le secrétaire général de l’ACIM précise que le mouvement est en faveur de ceux qui souffrent et que cela ne s’arrêtera pas là. D’autres actions suivront en temps et lieu, dit-il. « Ce n’est que le commencement. La plateforme mettra la pression pour que le gouvernement enlève les taxes injustes », a-t-il soutenu. Et d’ajouter que le gouvernement « doit également rendre compte à la population et répondre aux interpellations qui lui sont adressées à l’Assemblée nationale ».