Ken Fong propose un projet de compostage de déchets verts
Le lord-maire, Mahfooz Moussa Cadersaib, appelle quant à lui à la responsabilité des citadins face à la dengue

Pendant deux mois, les maires des cinq villes du pays ont été à la barre d’une cellule de crise destinée à la gestion du confinement. Les premiers magistrats de Port-Louis, Curepipe, Beau-Bassin/Rose-Hill, Quatre-Bornes et Vacoas-Phœnix, qui nous racontent ce qui les ont marqués au fil des semaines, ont comme point commun la volonté de vouloir tirer les leçons de cette expérience inédite pour mener à bien une politique ambitieuse de transition écologique.

À Curepipe, les commerçants qui opéraient naguère à la gare Jan Palach Nord avant sa démolition en février sont heureux de pouvoir enfin rouvrir leurs boutiques. Ils écoulent dorénavant leurs produits dans un bâtiment en tôle érigé par la mairie en face de la gare Jan Palach Sud. Le lieu semble leur convenir. « C’est un beau bâtiment doté de toilettes. Ce serait bien de pouvoir créer un espace vert autour du site », indique un restaurateur. Le maire de Curepipe, Hans Marguerite, soutient cette idée et compte bien « ‘ appuyer sur l’effet Covid-19 » pour adopter une politique plus écolo tout en incitant les citadins à suivre le pas. « Ce serait une erreur de vouloir relancer l’activité l’économie des villes sans que l’on prenne en considération la question de la sauvegarde écologique », soutient Hans Marguerite, qui s’évertue durant le confinement de veiller à ce que la collecte des ordures ménagères se fasse normalement. « Je dois féliciter les éboueurs pour leur dévouement durant cette période difficile. Par respect pour ces gens, je demande aux citadins de respecter l’environnement et d’inculquer cette valeur à leurs enfants », souligne le maire, qui remercie également les pompiers et les éléments de la force policière qui ont « œuvré à mes côtés pour nettoyer et désinfecter le marché et les commerces de la ville. »
Son homologue de Beau-Bassin/Rose-Hill, Ken Fong, indique pour sa part que « mes engagements dans l’investissement et dans la conscience environnementale se transcrivent déjà dans des actes depuis ma prise de fonction, il y a quatre ans. L’aménagement d’un magnifique espace vert à Plaisance connu comme les parcours de la Paix, la rénovation du Jardin Balfour et mon combat pour que les joggeurs de l’ex-promenade Roland Armand puissent avoir un nouveau parc de loisir à Ébène, sont autant de réalisations qui prouvent que la mairie a, à cœur, le volet environnemental. » Ce confinement a permis à la mairie des villes sœurs de procéder à la rénovation du marché de Rose-Hill, qui était dans un état de délabrement depuis plusieurs années. Ken Fong nous confie que « les maraîchers s’impatientaient. Quel soulagement d’avoir enfin pu œuvrer à la rénovation du bazar, qui a pris plusieurs semaines. On a profité de ce moment où il n’y avait personne qui travaillait pour le faire. »

Le premier magistrat des villes sœurs indique qu’il compte aider encore plus les maraîchers à l’avenir grâce à un projet de recyclage des déchets végétaux. « Les déchets verts des maraîchers ou des jardins sont amassés en tas pour qu’ils se décomposent dans un composteur. Une fois décomposée par des micro-organismes mélangée et mise en tas, cette matière organique produit un engrais de qualité totalement naturel qui nourrit les plantes, les rend plus saines et plus résistantes aux maladies. J’ai déjà fait ma proposition au ministère de l’Agriculture. Une aubaine pour nos amis planteurs et maraîchers », indique Ken Fong.

Outre le combat contre l’épidémie de Covid-19 qui se caractérise par la transmission interhumaine, la capitale est confrontée actuellement à la dengue, qui est une infection virale transmise par les moustiques. Le lord-maire, Mahfooz Moussa Cadersaib, entend consolider la résilience de la mairie face aux risques épidémiologiques en faisant nettoyer les drains régulièrement. « J’ai été choqué pendant le confinement de constater à quel point les drains étaient bouchés par des détritus. Je réitère mon appel aux citadins pour qu’ils fassent preuve de plus de civisme, car cette eau nauséabonde transporte des bactéries, des insectes et d’autres nuisibles qui peuvent engendrer la mort », dit-il. L’accès à un espace vert est un luxe qui échappe à de nombreux résidents de la capitale. « Il est clair que l’aménagement d’espaces verts devient une priorité pour la mairie », souligne Mahfooz Moussa Cadersaib.

La culture des potagers

Le maire de Quatre-Bornes, Nagen Mootoosamy, aborde, quant à lui, la question de la construction de villes et de quartiers non seulement verts, mais qui répondent aussi aux besoins socio-économiques de la société moderne. « Je souhaite personnellement faire revivre à Quatre-Bornes la nostalgie d’un âge d’or où les gens avaient la passion des potagers et permettaient en même temps aux plus démunis de manger, tout en s’imprégnant de cette culture. La mairie a lancé depuis janvier un exercice visant à répertorier les terrains inutilisés ou qui font l’objet d’études pour des développements infrastructurels, à travers Quatre-Bornes et Ébène, pour les distribuer aux planteurs. Ce n’est malheureusement pas une mince affaire, car il y a l’obstacle des contraintes légales qui nous empêchent d’aller de l’avant pour l’instant. Nous ne baissons pas les bras pour autant », indique Nagen Mootoosamy.

Le maire Vacoas-Phœnix, Praveen Kumar Ramburn, a également fait la tournée dans sa ville lors de ce confinement. « J’ai été surpris de voir le nombre de terrains abandonnés non entretenus par leurs propriétaires. Certains de ces terrains étaient encombrés de détritus, de gravats, de déchets de chantiers », nous confie-t-il. La mairie de la ville Cendrillon envisage de durcir les lois contre les propriétaires de ces terrains. « Mes prédécesseurs étaient intransigeants contre les contrevenants. Je serai encore plus sévère si cette situation perdure », prévient Praveen Kumar Ramburn