La technique du “flushing”, qui consiste à laver les racines à basse pression, privilégiée

Alors que le nettoyage du lagon et des plages se poursuivaient sur la côte du sud-est, les sites abritant les mangroves étaient considérés comme étant très sensibles en raison de la nécessité de préserver ces plantes. Depuis, les experts de Polyeco sont passés à la vitesse supérieure. Dans les régions de Rivière-des-Créoles et de Petit Bel-Air, très affectées par le déversement d’hydrocarbures, des équipes procèdent actuellement au “flooding” et au “flushing” en vue d’enlever l’huile des racines et du sable. Une opération délicate qui est par moments interrompue par la marée haute.

Des endroits difficilement accessibles. Du plastique étendu au sol pour délimiter les endroits où il est autorisé de marcher. Et, surtout, des combinaisons, des bottes et des gants. Ces règles imposées par Polyeco donnent une idée de l’exigence en ce qui concerne la sécurité et la sensibilité entourant les travaux en cours à Rivière-des-Créoles et Petit-Bel-Air. « Ces sites sont déjà très affectés et il n’est pas question de causer plus de dégâts qu’il n’y en a déjà. C’est pour cela qu’il faut prendre toutes les précautions nécessaires, notamment ne marcher que là où c’est autorisé, afin de ne pas répandre l’huile partout », explique Kostas Chatzatoglou, Country Manager de Polyeco.

Ici, les racines des mangroves sont encore noires. Même si l’huile de surface a déjà été pompée, des traces sont encore présentes, bien imprégnées sur les racines. Si rien n’est fait, les plantes risquent de mourir par suffocation. Car comme on le sait, les racines aériennes des mangroves leur permettent de respirer. D’où la délicatesse des opérations quand on sait que les sites de mangroves abritent également un riche écosystème. « Nous procédons au nettoyage par la technique du “flushing” à l’aide d’une pompe hydraulique. Il s’agit de pomper l’eau de mer que nous utilisons à basse pression pour laver les racines. Des absorbants sont placés dans l’eau pour récupérer l’huile. Des “booms” sont placés autour du site concerné afin d’empêcher les résidus d’huile de se répandre dans la mer », indique Nikos Vlachos, Operations Manager.

L’autre technique utilisée ici est le “flooding”. Elle consiste à enfoncer un tuyau dans le sable et l’eau injectée par pression fait remonter l’huile qui s’était incrustée. Cela permet également d’éviter l’érosion. Tout ce travail, supervisé par les experts grecs – il y en a un sur chaque site –, se fait avec la collaboration des Mauriciens. Pêcheurs, skippers et autres résidents des villages du sud-est ont été recrutés à cet effet. Ils sont 185 au total (voir encadré).

Il faut compter au moins trois heures pour nettoyer une seule plante. Si des résidus sont toujours présents après le lavage à pression, un nettoyage manuel complète le travail. Lorsqu’on demande à Nikos Vlachos combien de temps encore il faudra pour compléter le nettoyage du lagon du sud-est, il répond tout simplement : « On ne peut donner un délai précis. On quittera les sites uniquement que lorsque nous serons satisfaits de la propreté des lieux. Je dirai même lorsqu’ils seront plus propres qu’avant. »

Kostas Chatzatoglou ajoute pour sa part qu’initialement, il était prévu que l’opération prenne 25 semaines. Mais il a fallu composer avec la nature des lieux. « Pour pouvoir nettoyer les mangroves, il faut que les racines soient à l’air. Or, quand la marée monte, cela devient compliqué sur certains sites. Il faut alors attendre la marée basse. Ce qui prend encore plus de temps. » En même temps que l’on procède au “flushing” et au “flooding” sur les sites, des déchets sont retirés et placés dans des tonneaux. Il s’agit surtout d’absorbants placés pour récupérer les résidus d’huile et des algues souillés.

« Dans toute cette opération, il est important pour nous de produire le moins de déchets possible. Dans un premier temps, on a utilisé de grands sacs pour récupérer ces déchets, que nous envoyons à notre unité de “hazardous waste” à La Chaumière. Depuis, nous les remplaçons par les tonneaux qui sont réutilisables. » À ce jour, Polyeco a entrepris des travaux sur 9,5 km de côtes. Les plages de Blue-Bay et de Pointe-d’Esny ont été déjà réhabilitées. Toutefois, celles-ci sont toujours considérées comme “restricted areas”. Il appartiendra aux autorités de décider de la levée des interdictions.

Par ailleurs, la compagnie opère sur cinq autres sites, à part Rivière-des-Créoles et Petit-Bel-Air. Il s’agit du Mahébourg Waterfront, de Mouchoir Rouge, du Preskil Hotel, de Pointe Jérôme et de  l’Ile-aux-Aigrettes. Elle assure également l’entretien des barrages flottants placés autour de la partie du Wakashio toujours présente dans le lagon de Pointe-d’Esny. Au total, elle a la responsabilité de 17,6 km de côtes. Rappelons qu’une deuxième compagnie, Le Floch Depollution, est également engagée dans ce travail.

Au Mahébourg Waterfront, les opérations s’étendent sur 300 mètres. Il s’agit surtout de laver les façades affectées par la pollution. « Sur les surfaces rocheuses ou en dur, nous utilisons le lavage à haute pression, contrairement aux mangroves, où l’on utilise la basse pression pour ne pas abîmer les racines. » Le rivage autour de l’île Mouchoir Rouge et de l’Ile-aux-Aigrettes est également réhabilité par ce procédé. Comme c’est le cas pour les sites de mangroves, il faut attendre la marée basse pour pouvoir mener les opérations.

Rappelons également que la firme Polyeco est présente à Maurice depuis 2016. Elle assure la gestion et l’entretien de l’Interim Storage Facility for Hazardous Wastes (ISFHW) à La Chaumière, à Bambous.

QUESTIONS À | Kostas Chatzatoglou :

« Nous ne pouvons recruter tout le monde »

Combien de Mauriciens travaillent actuellement avec Polyeco ?

Nous en avons engagé 185 à ce jour. Ils viennent tous des régions affectées par la pollution. Dans un premier temps, ils ont aidé à ramasser les bouées artisanales. Actuellement, ils procèdent au nettoyage sous la supervision d’un “site manager”. Ils nous sont d’une grande aide.

Beaucoup de pêcheurs et skippers, notamment, sont mécontents de n’avoir pas été recrutés. Comment expliquez-vous cette situation ?

Je dois dire avant tout que je suis solidaire de toutes ces personnes qui se retrouvent sans emploi actuellement, d’abord à cause de la COVID-19 et, maintenant, à cause du Wakashio. Malheureusement, nous ne pouvons recruter tout le monde. Nous avons également certaines limites. Ce que je peux assurer, c’est que nous recruterons au fur et à mesure, en fonction des besoins et à chaque fois que nous sommes sur un nouveau site.

Comment se fait le recrutement ?

Nous recrutons à travers des partenaires locaux, notamment les associations de pêcheurs et de skippers. Mais il faut aussi prendre en considération que nous étions déjà présents à Maurice avant le Wakashio et que nous avions déjà des personnes qui travaillaient avec nous.