Annabelle Tuyau, mère de deux garçons et deux filles, a choisi de suivre les pas de sa mère, Nicole, pour se lancer dans l’ostréiculture, soit l’élevage des huîtres. Il s’agit d’un métier qui est considéré comme un business familial pour les Tuyau habitant Poste-de-Flacq. Annabelle Tuyau estime qu’il « faut revaloriser le métier d’ostréiculteur ».

« Mes sœurs et moi avions pris l’habitude d’accompagner ma mère très tôt en mer pour le captage de naissains, c’est-à-dire collecter de petites huîtres en voie de développement sur des collecteurs que ma mère plaçait en mer. On ne peut aller collecter des huîtres à longueur de journée comme le croient souvent ceux qui ne connaissent pas le métier. Dès que la marée est basse, des bottes aux pieds pour ne pas se faire piquer par le poisson pierre (laffe laboue), qui est souvent enfoui dans les eaux peu profondes comme au bord de la mer, et munis de marteaux, de ciseaux et de gants, Nicole et ses enfants entrent dans l’eau. Nou pa swazir landrwa. Isi dan lamer Poste-de-Flacq, partou ena zwit. Ou kapav demann ninport ki abitan isi », nous explique fièrement Anabelle, qui a grandi dans ce village de pêcheurs et qui, pendant ces dix dernières années, a connu de grands changements dans le domaine touristique, avec la construction des hôtels.

Anabelle raconte qu’elles installent aussi des collecteurs en mer sur lesquels les larves d’huîtres viennent se fixer et commencent leur développement. « Nou les zot devlope ziska zot pare pou met lor marse. » Selon elle, les huîtres sont très sensibles. Elles peuvent se casser facilement. Et une fois cassées, elles ne sont pas utiles. Elle précise qu’il faut attendre deux ans pour atteindre la maturité et que, pendant cette période, les mollusques, qui sont jeunes, restent collés aux rochers. « Ce n’est qu’au moment où les huîtres sont prêtes qu’elles se décollent naturellement, les coquilles des huîtres s’ouvrant pendant la marée haute dans le but de conserver l’eau salée lorsque la marée est basse », explique l’ostréicultrice.

Ayant appris le métier d’ostréiculteur depuis l’âge de 16 ans, à côté de sa mère qui a une longue expérience dans le domaine, Annabelle a fini par connaître les trois types d’huîtres avec leur spécificité, qu’il faut trier avant de mettre sur le marché, à savoir l’huître rond, l’huître manglier et l’huître roche. Elle place les huîtres devant sa maison pour les vendre. « Morisien ek etranze plis apresie zwit ros parski li ena plis zi », fait-elle remarquer.

Une fois que les huîtres ont atteint la taille commercialisable, soutient l’habitante de Poste-de Flacq, elles sont placées chez les banyans et dans les hôtels. « La situation a complètement changé depuis le bouleversement survenu avec la COVID-19 en 2020. Nepli ena lavant ni avek banyan ni avek touris, sauf avek enn de klian ki pas pase de tan zan tan devan laport. »

Avant la COVID-19, soit au tout début, lorsque Annabelle avait commencé à se lancer dans la production d’huîtres, elle raconte qu’elle gagnait suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille. « J’avais construit ma maison, avais financé les études de mes enfants et j’avais même fait des économies. Sa lepok-la inn fini. Mo lavi finn vinn bien bien dir de zour an zour, depi ki banyan e bann lotel nepli pran zwit depi konfinnman lane dernier », regrette Anabelle. Comme un malheur n’arrive jamais seul, l’ostréicultrice a été victime d’un accident de la route l’année dernière. Et comme elle ne travaille pas depuis, elle est sans ressources financières. « Pe trouv zekler toulezour », confie-t-elle.

Annabelle et d’autres femmes de la localité, qui faisaient partie d’une coopérative de producteurs d’huîtres dans la région, avaient en plusieurs occasions écrit au ministère de la Pêche pour lui demander d’améliorer leurs conditions en leur accordant les mêmes facilités, comme une allocation pour les pêcheurs, par exemple, pendant la période de mauvais temps. « Nous exerçons le métier. Affrontons les mêmes difficultés en mer. Mo pa konpran kifer nou pa gagn mem fasilite », dit Annabelle.

Elle lance un appel au ministre Sudheer Maudhoo, élu dans la circonscription No 10 (Flacq/Bon-Accueil) pour qu’il prête une oreille attentive à leur demande. « C’est un métier d’avenir et qui peut générer de l’emploi pour les jeunes. Il faut se pencher sérieusement sur une formation de qualité pour assurer la relève. Il faut revaloriser ce métier », insiste Annabelle.