Le contrôle des prix sur certains produits de base, comme l’a annoncé le ministère du Commerce récemment, est diversement accueilli par les associations de consommateurs. Alors que le président de l’APEC (Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs), Suttyhudeo Tengur, considère que le plafonnement des prix n’est pas la solution, Jayen Chellum de l’ACIM estime au contraire que le nombre de produits dont les prix seront plafonnés « est loin d’être suffisant ». Il demande, en effet, le contrôle sur un plus large éventail de produits.

Selon Suttyhudeo Tengur, « à chaque fin de mois, les points de vente proposent des promotions et les prix lors de ces promos sont bien moins élevés que quand les prix sont fixés ». Ce qui l’amène à dire que cette pratique ne joue pas en faveur des consommateurs. Ce qu’il aurait fallu à la place, face à des pratiques de prix excessifs sur certains produits, notamment en période de confinement où les consommateurs n’ont pas le loisir de faire une comparaison et se rendre à plusieurs endroits, c’est renforcer la loi et l’instance régulatrice. « Il faudrait un Ombudsperson pour les consommateurs. Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment d’officiers pour inspecter. Il faut des sanctions plus fortes pour faire peur aux commerçants. Faute de loi forte, on voit des abus sur le marché. » Pour le président de l’APEC, le contrôle des prix est une solution simpliste. « La tendance dans le monde est de promouvoir la compétition », a-t-il souligné

De son côté, Jayen Chellum est d’avis que la liste des produits qui sera contrôlée est insuffisante. Il a rappelé avoir demandé dans une lettre au ministère, le 11 avril, le contrôle de plusieurs produits de base comme le lait en poudre, le fromage, le riz basmati «  to be sold under compulsory standard », le thé, l’huile, le poisson frais, le poisson en conserve, la viande en conserve, les produits surgelés comme La Perle, le mouton et le bœuf, les pâtes, les grains, les couches pour bébé et adulte, le beurre et margarine et le ciment, les papiers toilette, les “washing products”, les bouteilles d’eau, la bière, les boissons gazeuses et les jus. « We are sure that the price control on these products will serve to bring some fairer practice into the market and lessen the burden of the middle class and those on the lower rung of the ladder », avait-il écrit.

Selon Jayen Chellum, l’an dernier, pendant le confinement, les pommes de terre et les oignons se vendaient à Rs 40 et Rs 45 la livre. « L’ACIM avait demandé le contrôle des prix et par la suite le ministère de l’Agro-industrie en avait fait de même. Les prix étaient alors descendus à Rs 20 la livre, soit 50% de moins. » Pour le porte-parole de l’ACIM, le contrôle des prix vient apporter « une stabilité » à une période où la compétition ne marche pas. « De toute façon, la compétition à Maurice ne marche pas autant que cela car le marché de certains produits est dominé par des leaders qui déterminent les prix auxquels les produits doivent être vendus. » Et d’ajouter : « S’il est vrai que les prix baissent quand il y a des promotions en fin de mois, les commerçants ne font pas de pertes. Ils font encore des profits quand ils font des promos. Et pendant le confinement, les gens ne peuvent aller comparer les prix. Ils sont limités à un supermarché de leur endroit. Les supermarchés ont alors un monopole géographique pour ainsi dire et les clients doivent acheter aux prix affichés. »

S’il reconnaît que la dépréciation de la roupie et la hausse du coût du fret ont impacté les produits, « on a pu voir dans le passé un “price stickiness” ». Et de poursuivre : « Une fois que le prix monte, c’est difficile de le baisser. Est-ce que, dans une économie pareille, il ne faut pas une surveillance du marché ? A Maurice, il y a un monopole sur l’huile, la bière, l’eau, les boissons gazeuses, le ciment. Même la Competition Commission a prôné à un moment donné le contrôle des prix. Dans les situations de monopole, il faut automatiquement le contrôle des prix. »