Prem Saddul, géomorphologue qui a déjà mené une étude sur la montagne La-Tourelle, où la construction du complexe résidentiel Legend Hill, du groupe MJ, a déjà démarré, est très remonté. Une étude avait démontré que cette montagne est située dans une « zone dangereuse », qu’il « ne faut pas détruire la végétation » et que « toute construction déclenchera un éboulement à n’importe quel moment ». Il ajoute : « Les habitants de cette région sont définitivement exposés à de graves inondations. C’est un acte criminel, arrêtez ce massacre. Le conseil de district de Rivière-Noire n’a ni la capacité de rejeter la demande d’un permis du promoteur, ni de mettre un Stop Order. Cela doit se faire au niveau du gouvernement. »

Selon le géomorphologue, les autorités « n’auraient pas dû accorder » ce permis au promoteur. « Dès que la ceinture de protection autour de la montagne sera affectée par l’érosion ou pendant les grosses averses sur toutes les pentes, cela pourrait avoir de graves conséquences sur l’environnement et pour les habitants de la région », précise-t-il. Pour rappel, Prem Saddul avait siégé sur le Building Control Advisory Council Board durant la période 2015-2018.

« Si on n’arrête pas ce projet, il y aura définitivement une catastrophe dans cette zone tôt ou tard. Il faut arrêter ce massacre. Les autorités se sont laissées malheureusement embêter par les promoteurs », dit-il. Il rappelle que les autorités et le gouvernement d’alors avaient fermé l’école de Montagne-des-Signaux à cause du glissement de terrain dans cette partie de la capitale.

Dans une correspondance datée du 4 avril 2018, le ministère de l’Environnement avait demandé au Managing Director d’un service de gardiennage de ne pas donner accès au public au “track” de la Montagne-des-Signaux après des inspections faites par des représentants du ministère des Infrastructures publiques, du département des Bois et Forêts et de la municipalité de Port-Louis. Le rapport du ministère avait fait mention de “Loose Rocks” et il était clairement stipulé que : « The track is not safe. It should remain closed until further notice. »

Le projet sur la montagne La-Tourelle, poursuit Prem Saddul, « me fait penser à Chitrakoot, qui était considéré par l’Agence japonaise de Coopération internationale comme étant le site le plus dangereux de Maurice en ce qui concerne les glissements ». Il ajoute : « On a déjà oublié. On n’a pas tiré de leçons. On commet la même bêtise et, cette fois, carrément sur la montagne La Tourelle. On laisse faire les promoteurs. »

Le projet Legend Hill, qui couvre une superficie de 20 arpents et dont les travaux ont débuté en juillet 2020, comprendra la construction de 23 villas, quatre blocs d’appartements, un bâtiment “d’hospitality”, avec un restaurant gastronomique, un spa et une salle de fitness. « Existe-t-il une loi pour protéger nos montagnes à Maurice ? », se demande Prem Saddul, avant de nous rappeler que la Rivers Act date de 1863. « Rien n’a été fait pour changer cette loi, qui est dépassée. On n’a fait rien pour changer ou pour améliorer la loi avec les changements climatiques. On n’accorde pas beaucoup d’attention à ce type de projet de loi. »

Soopaya Veerapen, travailleur social et habitant de Rivière-Noire, a participé, aux côtés de Percy Yin Tong, à la manifestation depuis lundi matin contre le projet de Legend Hill sur la montagne La-Tourelle. Les manifestants réclament des explications auprès de l’Economic Development Board pour l’octroi de ce permis. Il abonde dans le même sens que Prem Saddul : « Il faut arrêter ce massacre et stopper ce projet. Demain, il sera trop tard. Sinon nou pou bizin montre nou bann ti zanfan kart postal pou montre zot kouma montagn La Tourelle ti ete. » Faisant lui aussi partie de l’ONG Platform Moris Lanvironman, il a participé la semaine dernière, avec des habitants de la région, au rassemblement pour bloquer l’accès menant au chantier de construction. « Nous n’allons pas céder », soutient-il.

Vassen Kauppaymootoo, qui lui aussi soutient Percy Yip Tong, l’initiateur de la manifestation, avance que « les habitants de la localité doivent savoir qui avait pris la décision d’accorder le permis au promoteur ». Il poursuit : « Le conseil de district, qui a rejeté la demande en deux occasions, doit venir s’expliquer dans quelles circonstances la demande a été finalement approuvée. C’est très dangereux de réaliser un tel projet sur la pente d’une montagne. On ne peut se permettre de mettre en danger la vie des habitants en permanence. »

Sylvia Eléonore, une habitante de Tamarin, plaide en faveur des manifestants. « Nou pa kont devlopman, me la pou ena bokou problem kan gro lapli pou tonbe. » Marie-Ange, qui travaille comme employée de maison à Tamarin, non loin de la Plantation Marguery, où se construisent les villas, nous exprime sa crainte. « Letan ena gro lapli, parfwa ou tann ros pe grene lor montagn. Mazinn enn kou aster si enn zour ena eboulman », avertit-elle.