L’Association des Travailleurs Sociaux (ATS), qui était face à la presse, jeudi, au centre social Marie Reine de la Paix, dresse un constat alarmant en ce qui concerne la prolifération de la drogue à Maurice. Les scènes révélées par le travailleur social Ally Lazer dépeignent des quartiers en proie au chaos avec des familles de toxicomanes livrées à leur sort. Il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, pointant du doigt, d’une part, la police qui n’arrive plus, selon lui, à agir de son propre chef pour mettre à mal le trafic de drogue et, d’autre part, le Premier ministre pour avoir « ignoré les recommandations du rapport de la commission d’enquête sur la drogue présidé par l’ex-juge Paul Lam Shang Leen. » L’ATS a annoncé la tenue d’un rassemblement le 31 octobre au Jardin de la Compagnie, en mémoire des victimes de la drogue et contre leurs bourreaux.

« Compte tenu de mon âge, les membres de ma  famille me demandent souvent s’il n’est pas l’heure pour moi d’arrêter mon combat contre les trafiquants. Je songe à me mettre en retrait but the situation is going from bad to worse for me to stop now », dit Ally Lazer. Il n’empêche que deux jeunes travailleurs sociaux, Ivan Bibi et Dany Varaden, l’ont récemment rejoint dans son combat. « Sa de zenn-là  ena le cran pou contigne travay la », indique Ally Lazer qui ajoute que « les  plus grands obstacles dans le combat contre le trafic de drogue demeurent  la corruption et la protection occulte dont bénéficient les grands barons. »  Ally Lazer s’appuie sur des statistiques pour étayer ses dires : “Sur 54 pays en Afrique, Maurice est en tête en ce qui concerne la consommation d’héroïne, une drogue qui n’est pourtant pas produite chez nous. »  Pour le travailleur social, tout porte à croire que la force policière est actuellement confrontée à un dilemme : « J’ai rencontré des éléments de la force policière qui ne savent plus s’ils doivent agir en indépendance pour situer les vrais responsables de la prolifération des drogues, ou pran lord depi lao », dit-il.

Ally Lazer  tire à boulets rouges sur le Premier ministre qui  « bombe le torse à chaque saisie de drogue pour montrer que son combat est efficient. Or, toute cette mise en scène n’est qu’un leurre, dans la mesure où les enquêteurs n’arrivent pas, dans la plupart des cas, à mettre la main au collet des gros trafiquants, comme dans le cas de la tractopelle arrivée sur le même navire que Mauricio et chargée de 95 kg de cocaïne.» Le travailleur social s’insurge contre le « je-m’en-foutisme », selon lui, du gouvernement en ce qu’il s’agit d’appliquer les recommandations du rapport Lam Shang Leen. « Rs 30 millions de l’argent du contribuable ont été dépensées pour cette commission d’enquête pour qu’au final Pravind Jugnauth décide d’instituer un comité interministériel pour débattre du sujet. »

« La drog  pe fer ravaz dan vilaz »

Ally Lazer relate qu’une vingtaine de parents de toxicomanes de toutes les couches sociales viennent le voir quotidiennement « pou aid zot tir zot zenfan dan sa lenfer. Zot rakonte kouma bann quartier pe kontrole par bann barons. Monn trouve mo osi pei pe fini net » Ivan Bibi abonde dans la même sens en ce qu’il s’agit des villages : « La drog syntetik pe fer ravaz dan vilaz », dit-il avant de lancer un appel aux électeurs qui se rendront aux urnes pour les prochaines élections villageoises afin qu’ils boycottent les candidats proches du MSM. “Pa finn gagn aukain progre dan komba kont la drog ar sa gouvernma-là. O kontrer, li pe empiré”, souligne Ivan Bibi.

Quant à Dany Varaden, il s’insurge contre la décision de la police, pour des raisons dont il ignore, de refuser à l’ATS l’organisation de marches pacifiques les dimanches. « Un bon nombre de personnes nous ont approchés pour nous demander d’organiser des rassemblements contre la drogue le dimanche, car ils travaillent tous les samedis. La police n’est même pas capable de nous fournir une explication plausible sur son refus de nous permettre d’organiser des marches pacifiques ce jour-là  », indique-t-il. Le rassemblement prévu le samedi 31 octobre au Jardin de la Compagnie à Port-Louis en mémoire des victimes de la drogue et contre leurs bourreaux, aura bien lieu, en revanche.