• Les imams Zaheer Peerbux et Shamim Khodadin : « Profitons au maximum de cette grande nuit de bénédictions pour nous faire pardonner… »

« Nous n’avons aucune garantie quant à savoir si nous serons présents et aux côtés de nos familles et enfants l’an prochain ! », déclare, d’entrée de jeu, l’imam Zaheer Peerbux. Il explique : « Durant la nuit du Shab-e-Baraat, qui intervient la 15e nuit du mois de Shabaan, le 8e mois du calendrier islamique, le Créateur, Allah taala donne à l’ange de la mort comme mission d’écrire, en détail, ce qui arrivera à chacun de nous, chaque jour qui passe, à compter de cette nuit jusqu’à la prochaine nuit du Shab-e-Baraat, soit dans un an. Tout est consigné : ce que chaque personne mangera, quel travail elle fera, combien de temps elle passera au bureau, ce qu’elle fera avec les membres de sa famille, combien de temps elle dormira… »

Pour le religieux musulman, fondateur des associations Young Protection Society et Ahleh Sunnat Wal Jammat, « de ce fait, la meilleure chose à faire pour marquer, comme il se doit, cette nuit bénie, c’est de prier en compagnie de nos proches et familles ». Il poursuit : « D’ordinaire, les hommes se réunissent en congrégation dans les mosquées. Comme nous sommes en confinement, pas question de quitter la maison, d’aller au cimetière, ni de se réunir à la mosquée. »

Pour l’imam Shamim Khodadin, président de l’Ulema Council de Maurice, « quelle meilleure façon de profiter de cette soirée qu’en implorant le pardon d’Allah taala ? » Il ajoute : « Investissons chaque moment de cette nuit remplie de bénédictions à demander pardon pour nos actes, nos manquements, nos faiblesses, nos coups de colère… Une nuit pour demander pardon au nom de tous les musulmans, mais aussi de tous les Mauriciens ! Quand nous prions, nous le faisons pour chaque Mauricien. »

Les deux religieux rappellent : « La tradition d’aller au cimetière pour prier pour ceux qui nous ont quittés est ‘sunnah’; c’est le Prophète Muhammad (psl) qui le faisait dans son temps, et c’est pour cela que tous les musulmans suivent cette règle. Mais nous sommes en période de confinement. Et nous n’avons ni le droit de sortir ni de nous réunir en groupe. De ce fait, rien ne nous empêche de prier, mais en restant chez nous, auprès des nôtres. »

L’imam Khodadin est clair : « Cette pandémie mondiale est une expression de la colère du Créateur. Il nous a fait de si beaux cadeaux en nous donnant la vie et tout ce que nous avons sur terre. Mais trop de personnes agissent mal… Par exemple, ceux qui manquent de respect envers leurs parents. Regardez comment les drogues synthétiques amènent les jeunes à agresser leurs parents. Certains n’hésitent pas à les tuer… »

Il poursuit : « Les fléaux sociaux sont devenus légion ! De même, les fraudes, magouilles, comportements malsains, les perversions, on n’entend que ça ! Voyez le récent problème de prostitution via les réseaux sociaux, où on vend même des photos des enfants : où va-t-on ? Tout va mal ! Les mauvaises actions vont en augmentant et les gens ne font plus attention à rien. Nous devons avoir une lecture parallèle de ce qui se passe dans le monde entier depuis l’an dernier, et en tirer des leçons. »

Pour ces deux imams très actifs socialement et très proches des citoyens, « les temps sont très durs ». Ils ajoutent : « Il y a énormément de pressions diverses, de part et d’autre… L’égoïsme, les désirs matériels et autres attitudes qui nous éloignent d’une vraie et réelle spiritualité, qui nous ramènent vers l’essentiel de la vie, nous ont fait perdre le sens des vraies valeurs de l’humain, de la vie. Et dans le sillage du confinement de l’an dernier, avec la quantité de personnes qui ont perdu leur travail, un retour aux sources est impératif et c’est la meilleure solution pour ne pas se perdre. »