Contrairement à ce qui avait été annoncé par le ministère de l’Education, c’est-à-dire une reprise normale des classes à partir du 18 octobre, les écoliers et collégiens ne se rendront toujours pas à l’école selon un emploi du temps « normal ». La décision a été prise par le gouvernement de maintenir les staggered classes jusqu’à la fin du 2e trimestre, en décembre, avec cependant, davantage de jours en présentiel pour certaines classes. Une précaution, constatent certains, en se basant sur la situation pandémique troublante. Notamment avec la détection de l’inquiétant variant Delta dans l’île.

Si la ministre de l’Education prône la prudence, du côté des enseignants et des recteurs, l’inquiétude de ne pouvoir compléter correctement le syllabus s’accroît. Réalistes, les professionnels de l’éducation témoignent d’un ras-le-bol généralisé d’un système « incomplet » de classes en mode décalé. Ils regrettent le fait qu’un protocole clair et étudié n’ait pu être institué par les autorités dites expertes, et ce, plus d’un an après l’apparition de la Covid et du premier confinement.


Arnaud Marius, recteur p.i. du Collège de la Confiance :
« Est-ce que les élèves seront prêts pour les examens? »

« Nous attendions impatiemment le 18 octobre pour une certaine normalité. Par contre le maintien des staggered classes a légèrement freiné notre élan. Le seul point positif à  retenir est le rajout de jours, qui aidera à faire avancer le programme. Notre seul inquiétude pour l’heure : est-ce que les élèves seront prêts pour les examens? Car avec le système actuel, ils ont un semblant d’école et un semblant de vacances, ce qui est déstabilisant pour eux. Mais nous faisons tout notre possible pour qu’ils soient prêts ».

Didier Moutou, recteur du Collège Bhujoharry :
« Reprise des classes sur cinq jours, une meilleure initiative »

« Avec le lot de travail à rattraper et les Mocks Exams du 2e trimestre, il y va de l’interêt des enfants d’augmenter les jours de classes. Nous accueillons donc cette mesure favorablement. Par contre, la reprise des classes sur les cinq jours serait définitivement une meilleure initiative. Pourquoi l’école ne pourrait pas reprendre normalement puisqu’avec la réouverture des frontières et l’allégement du protocole sanitaire à travers l’île, les élèves se rencontrent à la gare, dans les Shopping Malls, etc? Tout au long de cette année académique, leur time table a changé trois à quatre fois. Cette situation est déstabilisante et confuse pour eux. De notre côté, nous faisons en sorte de manoeuvrer au mieux dans l’intérêt de nos élèves. »

Somoo Jugdambi, UPSEE :
« Nous ne pourrons pas compléter le syllabus »

« Nous nous attendions à une reprise normale des classes, comme l’avait annoncée la ministre. Mais je pense qu’elle a pris la décision de maintenir les staggered classes pour minimiser la propagation de la Covid. Au niveau des syllabus, même avec la reprise des classes tous les jours de la semaine, nous ne pourrons pas les compléter. Nous voyons en la décision de la ministre un raisonnement valable. Cependant, nous attendons de voir comment évoluera la situation ».

Un enseignant d’un collège du centre :
« Nous sommes en retard dans le syllabus. »

« Il y a un manque de planning sur comment allocate les classes. Nous n’avons pas pour le moment un emploi du temps précis. À cet effet, nous ne savons pas comment cela va se passer exactement. Est-ce que les sujets seront réduits ou resteront les mêmes ? Nous sommes déjà en retard dans le syllabus. Et il y a également beaucoup d’élèves qui sont absents. De plus, le time table des élèves n’a pas encore été fait et cela prend du temps. Sans compter que lorsqu’il y a un exercice de vaccination dans le collège, les classes ne se tiennent pas ».

Une enseignante du Bhujoharry College :
« Il faut un 4e trimestre favorable aux élèves »

« Notre programme est définitivement chamboulé. On essaie tant bien que mal de s’organiser, mais ce n’est pas évident. Entre-temps nous nous demandons comment rattraper le retard accumulé. Les professeurs sont déstabilisés dû au fait que le protocole restera le même. Nous sommes ainsi dans le flou sur comment cela va se passer à l’approche des examens. Selon moi, il faut un 4e trimestre qui serait favorable aux élèves. A savoir que le ministère de l’Education prend des décisions sans même consulter les profs. De plus, les classes en ligne sont également très compliquées ».

Educateur au secondaire :
« Pourquoi ne pas retourner à la normale? »

« J’était d’accord au début par rapport au protocole établi par le ministère, surtout avec la pandémie. Mais dorénavant, je suis d’avis qu’il faut retourner avec les cinq jours par semaine. Si les enseignants et les élèves sont vaccinés, alors pourquoi ne pas retourner à la normale? Par ailleurs, il y a un gros problème de syllabus. Le protocole mis en place est trop compliqué; il devait être simplifié ».

Un parent de quatre élèves :
« Mes enfants ne savent plus ce qu’ils ont fait »

« C’est un chamboulement total. Je pense que l’amendement au planning n’est pas correct. On ne sait pas où aller. Mes enfants ne savent plus ce qu’ils ont fait à la fin de la journée, et le temps est très limité. Pour moi, le ministère a mal fait son travail ».

Mère d’une élève de HSC :
« Le nombre d’heure d’apprentissage vient à manquer »

La mère d’une élève de HSC est, quant à elle, partagée. Concernant les précautions sanitaires de mise, elle se dit rassurer du fait qu’il n’y aura pas plus de 50% d’élèves présents à l’école au même moment. « On évite le surplus d’élèves et c’est une bonne précaution. Le bus de l’école aussi ne sera pas bondé », soutient-elle.

Néanmoins, elle souligne qu’il y a une rupture dans l’apprentissage. « Mon fils est en grade 10 et il allait à l’école deux fois par semaine. Mais cela ne suffit pas. La façon dont le time table a été organisé, le nombre d’heure d’apprentissage vient à manquer. Les trois autres jours qui restent, je pensais que les cours se feraient en ligne, mais ce n’est pas le cas. Je suis ainsi obligée de lui faire prendre des leçons particulières par Zoom. Il n’y a pas de cohérence. Tout dépend aussi de la bonne volonté des enseignants ».

Cette habitante du sud ajoute que sa fille, admise en HSC dans la filière technique, a des courseworks à soumettre. Celle-ci a, toutefois, du mal à compléter ses heures de travail en classe, requises pour le sujet retenu. À cet effet, « c’est une pression supplémentaire qui pèse sur elle », souligne sa mère.

Parent d’élève de Curepipe : « Quatre jours, c’est trop risqué »

Cette mère de deux enfants, habitant Curepipe, accueille favorablement la décision du gouvernement. Selon cette dernière, cela va « limiter la propagation du virus ». « On aurait dû garder les deux jours par semaines. Quatre jours, c’est trop risqué. Par ailleurs, il y a beaucoup trop d’enfants qui ne sont pas vaccinés, ou certains qui ont fait seulement que la première dose ».