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C’est avec une dose d’excitation que les tours-opérateurs et agences réceptives attendent le 1er octobre, qui marquera la date de la réouverture des frontières mauriciennes. Avec un taux de réservations dépassant 40% pour les trois mois à venir et une refonte des prestations à proposer aux touristes, le secteur des réceptifs, dûment formé aux mesures sanitaires quant à la crise du Covid et la prise en charge pour le transport des clients étrangers, est fin prêt pour accueillir les premiers touristes qui viendront à Maurice à partir de cette semaine. C’est ce qu’indique Geneviève Dardanne, vice-présidente de l’AIOM (Association of Inbound Operators in Mauritius). « Après 18 mois les plus longs et les plus challenging de notre vie professionnelle impactant sur notre vie privée, il y a comme une lueur d’espoir avec la réouverture des frontières, après une interminable attente », dit-elle.

Depuis l’instauration du premier confinement en mars 2020 du fait de la pandémie liée au Covid-19, l’économie du tourisme traverse une crise d’une ampleur inédite à travers le monde et Maurice n’est pas en reste. D’ailleurs, les conséquences sur l’emploi et sur les finances des entreprises du secteur sont importantes, relève la vice-présidente de l’AIOM. Malgré le soutien de l’État, certaines agences ont été obligées de mettre la clé sous la porte ou encore de se mettre en administration volontaire et ont été contraintes de remercier leur personnel.
« Car du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés sans un touriste et sans revenu, alors que nos coûts fixes par contre étaient toujours d’actualité. Si quelques partenaires ont été compréhensifs sur l’échéance des paiements, ce qui a contribué à essayer de tenir la barre, malheureusement, pour certains réceptifs, cela n’a pas suffi… », dit Geneviève Dardanne. Elle fait ressortir que les 18 derniers mois ont été les mois les plus longs et les plus challenging qu’ont connus les agences réceptives mauriciennes, impactant sur la vie privée des professionnels de ce secteur.
« Certaines familles dont le couple travaille dans la même industrie se sont retrouvées chômeurs avec des dettes à assumer. Il y a eu des réductions salariales. Tout a basculé d’une façon considérable pour la majorité des personnes de ce métier. Cela entraînant bien sûr de l’anxiété, de l’angoisse, voire des problèmes de santé et très tristement des décès. Le Covid tue certes, mais d’autres facteurs liés au stress tuent aussi », regrette la vice-présidente de l’AIOM.

La réouverture des frontières après un an est demi d’attente est une lueur d’espoir pour les réceptifs, qui sont heureux de ce « retour à la vie ». « C’est un retour au bureau à plein temps et le début vers la fin de nos problèmes. Notre dignité reprend place, nos angoisses commencent à s’estomper et nous reprenons confiance en l’avenir », avance Geneviève Dardanne. Les membres de l’AIOM, motivés, sont ainsi tous à l’heure des préparatifs pour la réouverture. D’ailleurs, vaccinés, ils ont aussi tous suivi des formations pour cette réouverture, tenant en priorité, en tant que frontliners, l’aspect sanitaire pour se protéger et protéger les touristes. Avec cette lueur d’espoir pour la reprise, le recrutement dans le secteur a également repris, indique-t-on.

Réservations au-dessus de la barre des 40%
D’autant que les statistiques compilées sont de bon augure pour une reprise. « La semaine dernière, nous affichions 30 à 35% dans les hôtels, et à ce jour nous avons dépassé la barre des 40% pour les trois mois à venir », indique la vice-présidente de l’AIOM. Les réservations concernent principalement nos marchés sources, notamment la France, l’Angleterre et l’Allemagne. « Cependant, l’Afrique du Sud montre aussi un grand intérêt et sera là principalement pour les vacances en décembre », observe Geneviève Dardanne, ajoutant que pour La Réunion, « nous sommes encore en attente de savoir quand l’ouverture se fera. »

Pour l’AIOM, si avant la Covid les hôtels affichaient plus de 80% durant les trois premiers mois de l’année, la réouverture des frontières se fera « en douceur ». Une certitude affichée du fait que les réceptifs sont très sollicités par leurs partenaires étrangers qui veulent être rassurés quant à la situation sanitaire dans le pays. « Nous sommes très sollicités par une multitude de questions par nos partenaires étrangers. Il faut les rassurer, nous sommes en communication permanente avec eux afin qu’ils soient bien informés des protocoles et des procédures. Ils sont tout aussi en effervescence à l’idée de revendre l’île Maurice et les clients sont impatients à revenir sur leur destination préférée », affirme Geneviève Dardanne.

C’est avec confiance que les membres de l’AIOM abordent la réouverture des frontières cette semaine. Surtout, disent-ils, qu’il est impératif que cette réouverture soit une réussite. « Nous n’avons pas droit à l’erreur, car tout le reste en dépend. La confiance de vendre la destination doit perdurer dans le temps », souligne la vice-présidente. D’autant que si Maurice est restée fermée durant 18 mois, bien plus longtemps que les Seychelles et les Maldives, cela implique que toutes les mesures ont été assurées pour une protection sanitaire avec un minimum facteur risque pour le peuple mauricien et pour nos touristes, estime l’AIOM, ajoutant que tout a été mis en œuvre pour que cette réouverture assure ce qui doit suivre.

« Pas droit à l’erreur »
« La MTPA ainsi que les acteurs de l’industrie assurent une promotion accrue et une visibilité de notre destination. Du 5 au 8 octobre, l’île Maurice sera présente au Salon IFTM TOP RESA à Paris. Sachant que la France est notre marché n°1, cela n’est pas inutile », dit Geneviève Dardanne. Selon elle, pour être sustainable, il faudra être constant dans les actes et les communications. « Que nous souhaitions reprendre nos activités touristiques à Maurice, c’est aussi la responsabilité de chaque citoyen mauricien de s’en assurer. La destination est sollicitée et prisée, mais nos concurrents ont de l’avance sur nous. À nous de montrer notre savoir-faire », dit-elle. Surtout que les perspectives s ont positives et que les compagnies aériennes montrent un grand intérêt au retour sur la destination. « Preuve que le potentiel est là », avance l’AIOM.

Elle relève en outre que non seulement les hôteliers se sont beaucoup préparés à cette réouverture, nombreux sont ceux qui ont profité de la fermeture pour rénover et rafraîchir leurs hôtels. Les réceptifs également ont eu largement le temps de revoir les prestations à proposer aux touristes : des expériences et des excursions avec une approche plus authentique et plus ecofriendly. « L’historique de Maurice est que nous avons toujours su faire face à des situations difficiles et avons relevé les défis haut la main. Encore une fois, nous serons à la hauteur de notre réputation », clame l’AIOM.Charles Ng, directeur d’Atom Travel :
« L’engouement pour la relance est là »

Depuis l’annonce de la date de la réouverture, il y a une hausse d’environ 20-30% du chiffre d’affaires des sociétés du voyage. C’est ce que note l’un des pionniers du secteur, Charles Ng, directeur d’Atom Travel, qui fête ce mois-ci les 60 ans d’existence de son agence. Certes, cette hausse n’est pas comparable à la situation en 2019. Cependant, l’engouement pour la relance est là et les signes sont encourageants, dit-il. Outre les réservations pour la destination mauricienne, dont des pays de l’Europe de l’Est, l’intérêt des Mauriciens pour le voyage est aussi incitatif. En outre, il faut aussi espérer que les frontières chinoises et hongkongaises s’ouvrent pour noter un plus grand mouvement dans les voyages par rapport aux Mauriciens, plus particulièrement les hommes d’affaires. Dans tous les cas, après une longue période douloureuse dans l’attente de l’ouverture des frontières, l’approche du 1er octobre donne du courage aux acteurs du secteur, dit Charles Ng, qui apprécie dans le sillage la décision du gouvernement de prolonger de quelques mois encore le GWAS pour le secteur. « Cela nous permet de souffler encore un peu et c’est une très bonne nouvelle », conclut le directeur d’Atom Travel.