À un jour de la réouverture partielle, des restaurants étaient toujours dans le flou total, ne détenant pas le WAP et « ne pouvant de fait faire venir leurs employés pour se préparer » pour le service de plats à emporter et de livraison. « Si on n’a pas de WAP, on ne pourra assurer le service de livraison », fait ressortir un restaurateur. Une autre propriétaire d’une pizzeria, sise dans le Nord, dit ne pas être prête pour la réouverture partielle et être dans « le flou total ». Elle décrie « une politique de deux poids deux mesures », avec une pizzeria dans la même région que la sienne, mais qui aurait, elle, « proposé des Take Aways depuis le début du confinement, et ce sans être inquiétée ».

« À un jour de la réouverture, nous n’avons toujours pas notre WAP ! J’ai écouté les infos ce matin dans l’espoir d’en savoir plus, mais aucune nouvelle ! On ne peut rien préparer, car je ne peux faire venir mes employés sans le WAP. On ne sait quand on pourra rouvrir. C’est la catastrophe », se lamente cette propriétaire italienne, déjà très impactée depuis le premier confinement et la fermeture des frontières. La fermeture depuis trois semaines n’a pas arrangé les choses. Elle se dit par ailleurs « triste et en colère » parce qu’une « personne n’a jamais fermé sa pizzeria depuis le début du deuxième confinement ».

Elle ajoute : « Elle fait des pubs sur les réseaux sociaux. J’ai demandé à la police pourquoi certains peuvent ouvrir et elle m’a dit qu’il y a contravention pour tout restaurant qui ouvre pendant le confinement. Mais la pizzeria en question est toujours ouverte. La loi, c’est pour tout le monde. » Elle ne pourra rouvrir cette semaine, « car il nous faut préparer les pâtes avant mais nous ne pouvons faire venir nos employés ».

Elle se montre inquiète pour l’avenir de son entreprise. « La location coûte cher, j’ai la location de la maison aussi. Ce deuxième confinement nous affecte davantage. Même quand on va rouvrir, ce ne sera pas pareil. L’an dernier, on avait travaillé de novembre à février avec les touristes, qui constituent la moitié de ma clientèle. Cette année, on a la fatigue de l’an dernier. Les clients locaux ne font pas le poids. Les Mauriciens sont différents des touristes. En Italie, quand il y a déconfinement, les gens sortent. Ici, les gens ont peur et avec les cas de contamination qui augmentent, cela ne risque pas de s’arranger. »

Malgré le confinement, elle dit avoir appelé ses employés « pour leur donner une partie de leur salaire ». Elle poursuit : « Je sais que tout le monde a une famille. Je ne sais pas quelle est la solution, surtout qu’on a eu une année 2020 très difficile. Les Mauriciens ne sortent que les week-ends. Si on n’arrive pas à travailler la semaine, ce ne sera pas évident. » Elle regrette qu’il n’y ait « pas d’informations claires de la part des autorités. Le jour avant la réouverture, on ne sait pas si on pourra rouvrir ».
De son côté, Anwar Hosany, de Sunshine Fusion, restaurant à Poste-La-Fayette, s’est préparé pour un service de ‘Take Away’ à partir du 1er avril. N’ayant pas encore eu son WAP non plus, il espérait l’avoir dans l’après-midi d’hier. « Avec le WAP, on pourra aussi assurer un service de livraison. » L’avenir n’est pas rose pour lui non plus. Le deuxième confinement « est dur ».

Même s’il dit avoir soigné sa clientèle locale depuis la fermeture des frontières, « cela ne suffit pas ». Il ajoute : « Avec les clients locaux, on travaille à 20% de notre capacité. » Optimiste, il espère qu’avec les vaccins, dans deux ans, les choses pourront s’améliorer. Même si cette réouverture partielle est un soulagement, selon lui, le service à emporter « ne marche pas vraiment » dans son cas, « car nous ne sommes pas à Grand-Baie ou Belle-Mare par exemple. Nous sommes dans un endroit tranquille. »

Pour cet autre restaurant, à Albion, qui propose en général des plats internationaux, tout est plus ou moins prêt pour la réouverture partielle. « Je pense que cela plaira aux habitants de pouvoir commander un riz frit ou tout autre plat qu’on ne peut préparer chez soi. Si on a le WAP, on pourra assurer des livraisons », dit le représentant. Toutefois, se voulant réaliste, il dit estimer que ce ne sera pas la grande foule vu que les clients ne pourront sortir que selon l’ordre alphabétique. Il regrette aussi le flou autour de la réouverture estimant que ce n’est que dans trois ou quatre jours que tout sera plus clair.

Kavinen Parsuramen, propriétaire d’Amigo Seafood Restaurant, dans le Nord, se dit prêt pour la réouverture partielle. « J’ai travaillé dur pour revoir les menus car le service à emporter et le dîner sur place sont très différents ». Si la réouverture partielle aide à sortir la tête hors de l’eau, il se dit conscient que les plats à emporter ne représentent pas le même volume que quand le restaurant est ouvert normalement.

Ce deuxième Lockdown, il le trouve « plus dur parce qu’on n’a pas eu de touristes depuis l’an dernier. C’est donc quand même difficile ». Il sait toutefois qu’il faut, dans ces moments, « rester optimiste et réaliste ». Il ajoute : « Je me donne à fond pour toucher d’autres marchés, relancer le marketing, car on ne joue pas dans le même contexte qu’avant le confinement. Il faut se donner à fond. »

Dans le nord, témoigne-t-il, « nombreux sont les restaurants qui ont mis la clé sous le paillasson ». Il explique : « Certains étaient dans le secteur depuis beaucoup d’années et ont jugé qu’il ne valait plus la peine de continuer. D’autres avaient débuté juste avant le premier confinement et n’ont pu tenir. » La clientèle locale, dit-il, nous permet de travailler. Il se réjouit que son frère cadet, qui est dans la pâtisserie, s’est joint à l’entreprise, même si les commandes sont passées séparément. Le fait que son restaurant soit « petit », il dit avoir « la chance de ne pas avoir un gros loyer à payer ».