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  • Leurs allocations réduites alors qu’ils ne peuvent aller pêcher

Les autorités ont pris la décision de lever l’interdiction de pêcher dans la région du Sud-Est. Sauf que cette activité doit se pratiquer hors lagon. Or, la majorité des pêcheurs artisanaux ne sont ni équipés, ni formés pour ce type de pêche. Résultat : ils ne peuvent reprendre le travail. D’autres ont choisi de braver l’interdit en pêchant dans le lagon… avec le risque que cela comporte pour le consommateur. Entre-temps, le gouvernement a suspendu les allocations sous le’ Wakashio Solidarity Grant.

Rs 2 700. C’est la somme que certains pêcheurs ont reçue sur leurs comptes bancaires, après Noël. Cet argent représente la Bad Weather Allowance (BWA). Quant à l’allocation mensuelle de Rs 10 200, compensant leur absence d’activité, c’est le flou total. Certains n’avaient rien perçu au 29 décembre. D’autres n’en avaient reçu que Rs 3 600 (voir encadré). L’absence de communication et de compréhension, en cette période de fêtes, est fortement décriée. Kemlall Dayaram, de Mahébourg, est pêcheur depuis l’âge de 13 ans. Il ne cache pas son désarroi. « On a autorisé la pêche, mais uniquement hors du lagon. Qu’en est-il pour nous ? Nous ne pouvons reprendre le travail et nous ne savons même pas si nous aurons toujours les Rs 10 200. »

Christian Hang Hong abonde dans le même sens. Il explique que la majorité des pêcheurs artisanaux opèrent dans le lagon. « C’est seulement depuis quelques années qu’on donne des permis pour pêcher hors du lagon. Les pêcheurs artisanaux ne sont ni équipés, ni formés pour aller en haute mer. C’est trop dangereux. De plus, nous sommes ici dans le Sud-Est, dans un versant aux vents. Ce n’est pas comme dans l’Ouest où l’on pêche avec des radeaux. La mer est souvent houleuse par ici. Ceux qui ne sont pas habitués ne peuvent s’aventurer hors du lagon. »

Ce dernier se dit particulièrement touché car les pêcheurs n’ont reçu aucune allocation à Noël. « Certains ont des enfants en bas âge. Savez-vous ce que c’est que de voir ses voisins recevoir des cadeaux à Noël alors que nous n’avons rien ? Je suis déjà passé par là et je peux vous dire que c’est très dur. Nous n’avons reçu que la Bad Weather Allowance d’un montant de Rs 2 700. Le versement a été fait après Noël. » Ce dernier attire aussi l’attention sur le fait que tous les pêcheurs n’ont pas eu l’opportunité d’être engagés pour le nettoyage du lagon. Il estime qu’à Mahébourg, il n’y en a eu que 15 à 20.

De plus, ajoute ce dernier, beaucoup de pêcheurs ont perdu leurs casiers pendant cette période de fermeture et il leur faudra du temps et les moyens pour en refaire d’autres. « Quand il y a eu le confinement, beaucoup de casiers sont restés en mer. De même quand il y a eu la marée noire. Maintenant, quand on nous dit de reprendre la pêche, il faut aussi voir si on a les moyens pour cela. Un casier coûte Rs 5 000. Un pêcheur doit en avoir 15 à 20 pour s’en sortir. Déjà qu’il ne travaille pas, où va-t-il trouver les moyens nécessaires pour faire d’autres casiers ? »

Christian Hang Hong, qui est aussi secrétaire de l’Association des pêcheurs professionnels de Mahébourg dit avoir participé à une réunion au ministère au début de décembre. « Avant même que nous n’ayons eu l’occasion de parler de notre problème au ministre, il a pris ses dossiers et il est parti, nous laissant avec ses officiers. En passant, à cette réunion, une autre association avait pointé du doigt les fonctionnaires. Moi, je dis que c’est le ministre qui est responsable et c’est lui qui doit donner des directives à ses officiers. »
Les pêcheurs se disent également dans le flou concernant la compensation annoncée, suivant la marée noire provoquée par le MV Wakashio. « On entend parler de millions de roupies, mais rien pour les pêcheurs jusqu’ici », disent d’autres gens de la mer, assis en bord de mer. Cette situation, indique-t-on, encourage certains à pratiquer la pêche illégale. « Malgré les interdictions, certains pêchent dans le lagon. On ne peut les critiquer car ils doivent bien essayer de gagner leur vie. »

A ce moment précis, des cris se font entendre. Un pêcheur qui vient de rentrer d’une altercation avec un garde-pêche. « Vous voyez, c’est une scène courante. Le gars est allé pêcher dans le lagon et l’officier le rappelle à l’ordre. » Devant la cascade d’insultes qu’il essuie, l’officier enfourche sa moto et repart. « C’est comme cela tous les jours. La situation est très compliquée », regrettent les pêcheurs.


PÊCHEURS SANS CARTE : Rs 3 619,35 comme allocation de décembre

Mauvaise surprise pour les pêcheurs sans carte de la région du sud-est. Alors qu’ils s’attendaient à recevoir l’allocation habituelle de Rs 10 200 pour compenser l’absence d’activité suivant la marée noire, ils n’ont perçu que Rs 3 619,35. Cette situation s’explique par le fait que le lagon a été rouvert dans cette région. Sauf que personne ne les a prévenus que l’allocation allait être stoppée à partir de la date de réouverture. Une situation que déplore le Comité conjoint des pêcheurs sans cartes du sud-est.
Une lettre a ainsi été envoyée au ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, à ce sujet. Selon Rajni Lallah, la porte-parole, les pêcheurs sans carte ne bénéficient pas d’allocation de mauvais temps. « Ils comptaient sur cette allocation d’autant qu’ils ne peuvent sortir en mer car la pêche est autorisée uniquement hors du lagon. Ils ne sont ni équipés, ni formés pour cela. Certains n’ont même pas de bateau. »
Le comité demande également au ministre d’enclencher les procédures pour une compensation intérimaire aux pêcheurs comme le permettent les règlements. Et d’ajouter : « On peut par la suite finaliser les choses avec l’assureur. Au moins, entre-temps, ils auront de quoi vivre. »