Et vice versa…

Alors que beaucoup attendent avec impatience de pouvoir reprendre le travail et enfin sortir de la maison, la reprise partielle des activités depuis jeudi —  trois semaines après le second décret de confinement — est source d’inquiétude pour de nombreux employés, notamment ces Mauriciens qui habitent ou sont confinés dans une zone verte qui s’inquiètent de ramener le coronavirus chez eux après la reprise du travail dans une zone rouge. Le stress n’est pas moindre pour ceux qui résident dans la zone rouge qui hésitent, redoutant d’être eux-mêmes contaminés en sortant de chez eux.

La permission octroyée à certains secteurs d’activités de redémarrer — même si l’exercice d’octroi du Work Access Permit (WAP) est un  réel cafouillage — signe, pour beaucoup, le retour au travail. Un soulagement pour certains, mais une réelle source d’angoisse pour d’autres, notamment ceux qui vont devoir quitter leur zone verte pour aller dans le rouge. C’est ce que redoute Christelle, employée dans une boutique de prêt-à-porter à Curepipe. La jeune femme habite, elle, à Saint-Jean. Si elle n’avait pas, à hier matin encore, reçu le WAP, le fait que les autorités ont donné la permission aux commerces, dont les magasins de rouvrir leurs portes, lui fait craindre le pire. «Tôt au tard, je vais devoir aller travailler. Et c’est ce que je redoute. Car je travaille avec le public et les risques sont réels dans la zone rouge», dit-elle. Evidemment, il y a des gestes barrières qui seront respectés et qu’elle appliquera rigoureusement, mais Christelle craint par-dessus tout d’être contaminée, car «le virus est invisible», dit-elle. Une crainte accentuée, d’autant plus que la jeune Quatre-Bornaise est enceinte. Si elle veut travailler, surtout dans un contexte où les commerces traversent des moments difficiles avec la précarité d’emploi, Christelle souhaite que le confinement soit plus rigide pour toutes les régions. «Cette histoire de zone rouge, zone verte, n’est pas la meilleure chose. Je suis saine, mais je vais en zone rouge où je m’expose et expose mes proches, alors que si nous étions plus durement confinés, pendant deux semaines au moins, nous pourrions, comme la dernière fois, faire reculer le virus», dit-elle.

C’est ce que pense également Nitesh, qui habite à Beau-Bassin. Employé dans la restauration rapide, le jeune homme va reprendre du service aussitôt la franchise pour laquelle il travaille aura obtenu le WAP. En attendant, depuis l’annonce de la reprise des activités commerciales pour certains secteurs, Nitesh ressasse les scénarios dans sa tête. D’une part, parce que dès ce week-end, il va reprendre ses trajets quotidiens de Beau-Bassin où il vit à Phoenix où il travaille. D’autre part, parce qu’il craint qu’en cours de service, même si pour l’heure les services de restauration sont uniquement à emporter, il pourrait être contaminé, surtout qu’un foyer de personnes contaminées au coronavirus avait récemment été découvert non loin de son de travail. «Et puis, j’ai des collègues qui habitent eux-mêmes dans les zones rouges et qui reviendront au travail. Il paraît qu’ils ont fait un test PCR, mais pour moi les risques sont toujours là», dit Nitesh. Pour le jeune homme, on devrait voir une hausse du nombre de contaminations au coronavirus avec cette reprise. Surtout que le transport en commun reprend du service. «On a vu comment les gens se pressent dans les autobus le matin. On aura beau prendre nous des précautions, mais notre voisin de bus, lui, peut avoir eu une seconde d’inattention, de négligence et s’il est contaminé et asymptomatique, il peut nous passer le virus et nous voilà repartis pour une contamination à grande échelle, surtout pour moi qui suis dans la restauration», dit Nitesh.

Sammia, elle, habite dans la zone rouge, à Vacoas. La semaine prochaine, elle doit être de service pour surveiller les examens du PSAC. Mais plus les jours passent, plus Sammia réfléchi. L’enseignante, qui dispose d’un WAP, compte se désister pour ce poste. «Je ne pense pas être porteur de la Covid-19. J’ai toujours pris toutes mes précautions. Mais j’étais chez moi et, là, je vais devoir aller vers les autres, sans savoir si eux ils sont sains», explique-t-elle. Raison pour laquelle elle n’est plus sûre de vouloir assurer la surveillance de ces examens, même si elle ne va pas quitter sa zone. En effet, l’école où Sammia doit travailler pour ces examens est à quinze minutes de marche de son domicile. Mais  l’enseignante redoute surtout d’être en contact non seulement avec d’autres collègues, mais aussi avec les enfants ou leurs parents qui pourraient être de potentiels porteurs du virus. «Comme on a vu chez les étudiants de Curepipe Collège, ou du collège Mauritius, etc», dit-elle. D’ailleurs, s’interroge la jeune femme, «si en raison du stress, un enfant vomi, comment je fais pour le rassurer. Je reste à un mètre?» La Vacoassienne dit ne pas vouloir prendre de risque. «On ne peut pas être en salle d’examen avec des élèves au lieu de penser à son travail, et être en train de craindre un virus invisible», dit-elle. Raison pour laquelle elle alertera dès lundi les institutions éducatives responsables de son désistement.

Par contre, Patrick, un autre instituteur, collègue de Sammia, sera lui bel et bien au poste de surveillant pour les examens de PSAC. Il quittera pendant quatre jours chaque matin son domicile à Vacoas, pour se rendre dans une école primaire de l’Ouest. «Je me dis que potentiellement, je peux ramener la maladie et contaminer d’autres personnes», s’inquiète-t-il, même s’il sait pertinemment qu’il n’a pas la Covid-19. Mais ce père de famille, qui est contraint de prendre les transports collectifs où la distanciation sociale lui semble bien difficile à respecter, redoute de se mêler aux autres. «Pour l’instant, à Vacoas dans la zone rouge, il n’y a pas d’autobus. Je ne sais pas encore comment faire la semaine prochaine. Et surtout il me faudra sortir encore plus tôt de chez moi pour ne pas être en retard dans ce village retiré de l’Ouest où je dois me rendre», dit-il, sachant déjà que «ça va être super compliqué». Pour cet instituteur, le renvoi des examens du PSAC aurait été plus judicieux.

« À mon avis, un complete lockdown de deux semaines aurait été plus approprié, car dans plusieurs endroits, malgré la situation, les gens sont nombreux à ne pas suivre les consignes. Et là, nous allons exposer des petits, qui si contaminés sont asymptomatiques apparemment. C’est un jeu dangereux auquel nous nous exposons », dit Patrick.