Ils parlent d’« une politique de petits copains » dans l’exercice de rapatriement

Ils sont bloqués à Maurice depuis plusieurs mois. Si certains ont pu rentrer chez eux grâce à des vols de rapatriement récemment, ce n’est pas leur cas. Parmi eux, beaucoup sont venus à Maurice pour accompagner un proche malade ou pour des soins à l’hôpital. Ils dénoncent les « magouilles » au sein de l’administration rodriguaise concernant l’exercice de rapatriement et l’indifférence des autorités mauriciennes à leur égard.

Cliff Félicité est venu à Maurice il y a quatre mois pour accompagner sa sœur, gravement malade et nécessitant des soins plus poussés. Malheureusement, celle-ci est décédée et la famille a même été contrainte d’organiser ses funérailles à Maurice. Maintenant, Cliff Félicité veut rentrer chez lui. Sauf qu’il n’y a pas d’avion. Les frontières avec Rodrigues sont toujours fermées. Des vols de rapatriement ont bien été organisés récemment, mais il n’a pas eu la chance de faire partie du voyage. « Il y a des magouilles au sein de l’administration à Rodrigues. Comment se fait-il qu’il y ait des personnes qui sont là avant et qui attendent toujours, tandis que d’autres, arrivés après, sont déjà repartis ? »

Ce dernier n’est pas le seul dans cette situation. Plusieurs femmes sont aussi venues se faire soigner à Maurice et se retrouvent bloquées loin de leurs proches. « Nous sommes déjà malades et on doit subir toutes ces tracasseries ici, alors que nous aurions dû être chez nous pour pouvoir nous reposer et être avec nos proches », déplorent-elles. Il faut savoir que pendant leur séjour à Maurice, ces Rodriguais ne sont pas pris en charge par les autorités. Ils doivent se débrouiller pour trouver un hébergement et de quoi manger. « Nous aussi, nous sommes des citoyens de la République de Maurice, nous avons droit à la dignité. On nous empêche de rentrer chez nous, sans se préoccuper dans quelles conditions nous sommes en train de vivre ici. »

Selon ces Rodriguais, ils ne comprennent pas pourquoi le gouvernement ne veut pas les rapatrier. « S’il faut faire la quarantaine, il n’y a qu’à le dire. Le gouvernement à Maurice a bien organisé la quarantaine pour les Mauriciens rapatriés, pourquoi pas pour nous ? Sommes-nous des citoyens de seconde catégorie ? » Et d’ajouter que la quarantaine peut également se faire à Maurice, avant le départ.

Selon eux, il y a environ 200 Rodriguais toujours bloqués à Maurice. Ils regrettent également que les autorités ne jouent pas franc jeu à ce sujet. « Ce n’est pas à nous d’aller faire un relevé dans chaque coin de Maurice pour savoir combien de Rodriguais sont bloqués ici. C’est aux autorités de le faire. De plus, à chaque fois qu’il y a une personne malade, on l’envoie à Maurice avec un accompagnateur. Mais pour le retour, on ne s’en soucie pas. Et puis, ce n’est pas nous qui avons choisi de venir à Maurice pour nous faire soigner. Ce sont les autorités elles-mêmes qui nous envoient. Elles doivent donc assumer leurs responsabilités. »

Ils disent qu’ils ne sont pas venus à Maurice pour faire du shopping ou du tourisme, mais bien pour des soins. Et Cliff Félicité d’ajouter que sa famille fait toujours le deuil de sa sœur et que c’est très pénible pour elle d’avoir à vivre une double situation aussi contraignante. « On a même dû prendre la décision d’organiser les funérailles de ma sœur ici. Surtout qu’en cette période, il y avait tellement de corps à la morgue… Est-il possible qu’un Rodriguais qui soit venu à Maurice pour se faire soigner, loin de sa famille, doive maintenant rester dans les tiroirs de la morgue pendant plusieurs mois, après son décès ? C’est un cas avéré, dont je parle. Tous les Rodriguais sont au courant de ce cas. C’est révoltant, c’est inhumain ! Enough is enough. »

De plus, poursuit ce dernier, parmi les personnes bloquées à Maurice, certains sont toujours malades. En sus du fait qu’ils doivent trouver les moyens de subsistance, ils doivent également acheter des médicaments à prix fort… Certains sont même au bord de la dépression, dit-il. Cliff Félicité demande à tous les Rodriguais à Maurice, ainsi qu’aux Agaléens et aux Mauriciens, de les rejoindre devant l’hôtel du gouvernement chaque jour pour réclamer justice pour les Rodriguais.