«Nou pa pou blié.» À la veille de la visite du ministre japonais à Maurice, c’est le message qu’a voulu faire passer le parti écosocialiste Rezistans ek Alternativ (ReA), hier, lors d’une conférence de presse à Moka. Kugan Parapen et Ashok Subron ont ainsi longuement commenté l’affaire Soopramanien Kistnen et la situation post-Wakashio dans le Sud-Est du pays. ReA réclame la démission de Yogida Sawmynaden jusqu’à ce que l’enquête soit complétée.

«Des circonstances troublantes avec plusieurs zones d’ombre», a dit Kugan Parapen, qui commentait le décès suspect de Soopramanien Kistnen. Selon lui, les nombreuses révélations qu’aurait faites Kistnen, la légèreté avec laquelle la police a mené l’enquête et la disparition des images CCTV démontrent «qu’il y a des forces occultes à l’œuvre dans notre sociétés». Aussi, Kugan Parapen se demande pourquoi les personnes qui ont traité ce cas criminel comme un cas de suicide n’ont pas encore été sanctionnées. «On se range à la demande de la population : que le ministre Sawmynaden démissionne le temps que l’enquête se termine. Compte tenu de toutes ces interférences, c’est dans son intérêt, car tant qu’il a accès à ces institutions, personne ne saura si l’enquête a été libre et équitable».

En ce qui concerne les «révélations sur les appels d’offres », Kugan Parapen se demande si cette pratique n’est finalement pas une pratique généralisée au sein de tous les ministères. Une pratique punissable par loi, précise ce dernier. «Avons-nous affaire à des criminels en bande organisée ? Ces appels d’offres représentent des milliards et des milliards de roupies du contribuable.» ReA «met le gouvernement et le Premier ministre au défi de mettre sur pied une commission d’enquête présidée par un ancien juge pour enquêter sur tous ces appels d’offres. A-t-on affaire à un même mode opératoire?» Pour lui, si le gouvernement n’a rien à se reprocher, nommer cette commission d’enquête est la meilleure chose qui soit.

Dans le deuxième volet des discussions, Ashok Subron s’est chargé de faire le bilan de ces quatre derniers mois post-Wakashio et de la visite du ministre des affaires étrangères japonais à Maurice. Il a  dénoncé «l’opération mirage» du gouvernement, soit la tentative de faire croire à la population que « everything is back to normal» Il a aussi critiqué la politique d’opacité de l’État mauricien, avant l’échouement du Wakashio et après l’opération « boué sarloin » initiée par ReA pour tenter de maîtriser la fuite d’huile le 6 août. Ashok Subron a aussi déploré le manque d’information sur l’«oil fingerprint» du Wakashio et a ajouté qu’aucun suivi médical et psychologique n’a été fait sur les gens de la région. «Il existe encore une fine couche d’huile à la surface de la mer, et qui émerge du sol. Oui, il y a nettoyage minutieux, mais l’huile est toujours là. D’ailleurs, il n’y a pas eu de tests de toxicité de l’eau. Nous ne sommes pas des scientifiques, mais nous voulons des réponses.»

Ashok Subron prévient aussi le gouvernement mauricien de ne pas tomber dans le piège des assureurs japonais qui se chargent du nettoyage du lagon et soupçonnent un «cover-up». «Nou pa pou blié, le peuple mauricien demande réparation.» Il a, par ailleurs, évoqué les lourdes conséquences socio-économiques du Wakashio sur la population. «L’on a annoncé vendredi qu’il y aurait une Wakashio Grant, mais il faut être sadique pour laisser des personnes souffrir ainsi pendant quatre mois.»