Les habitants des 19 villages faisant partie du conseil de district de Rivière-du-Rempart sont appelés aux urnes le 22 novembre pour élire leurs représentants, soit un total de 171. Un scrutin décisif, car les défis ne manquent pas. Que ce soit le plus important village du district, Goodlands, avec ses 15 856 habitants, ou le petit village de Mapou, avec ses 1 200 âmes à peine, tous ont en commun d’avoir des manquements. Les habitants espèrent que ces élections changeront la donne. Ce que promet notamment le président du conseil de district de Rivière-du-Rempart, Prembhoodas Ellayah, en lice d’ailleurs pour le scrutin dans le village de Goodlands. À noter encore que le conseil de district a pour vice-président Deokumar Koobarawa.

Goodlands est l’un des plus grands villages du district de Rivière-du-Rempart, ce dernier comptant en effet, selon les statistiques de la commission électorale, pas moins de 15 856 habitants. Du fait de sa démographie et de ses fortes activités commerciales, le village fait face à de nombreux problèmes, à commencer par une circulation très dense. Sans compter qu’il est miné par de nombreux fléaux, comme la drogue et l’insécurité.
« Le problème de la circulation existe depuis des décennies. Il est très difficile à se déplacer aux heures de pointe », lance d’emblée une sexagénaire ayant autrefois travaillé comme machiniste dans une usine de la localité, et ce, depuis son plus jeune âge. Propos que confirme un habitant de Mamzel Jeanne désirant conserver l’anonymat. Âgé d’une quarantaine d’années, ce dernier avance que le problème de l’embouteillage a été discuté « depuis plusieurs années », mais que « rien n’a été fait ».

Deokumar Koobarawa, vice-président du conseil de district de Rivière-du-Rempart et conseiller du village de Goodlands, concède qu’il existe un réel problème à ce niveau. Toutefois, il reste optimiste, faisant ressortir qu’une fois le bazar de Goodlands livré, le problème d’embouteillage diminuera grandement. « Ceux qui viennent de Petit-Raffray, Le Vale ou Cottage ne devront plus passer par Goodlands. Ils pourront utiliser le “bypass” pour se rendre directement au marché », explique-t-il.

Par ailleurs, selon lui, si le phénomène est aussi important aujourd’hui, c’est notamment en raison des chauffeurs de taxi, qui n’ont pas d’endroits où stationner pour attendre leurs passagers. La solution ? « Nous réfléchissons à transformer l’ancien bazar en une grande aire de stationnement pour les taxis », dit-il. Quant au bazar de Goodlands, Deokumar Koobarawa affirme qu’il sera bientôt livré, et que toutes les procédures ont été suivies et avalisées quant à son ouverture. « Nous mettons la pression pour que le projet aboutisse rapidement », fait-il ressortir.

Parmi les autres projets bientôt inaugurés, on note aussi le MUGA de Goodlands qui, selon Deokumar Koobarawa, aurait dû être inauguré « depuis longtemps », mais qui a été suspendu en raison des élections générales fin de l’année dernière et du confinement lié à la COVID-19 cette année. Ce projet, initié en collaboration avec Mauritius Telecom, « est très important pour offrir plus de choix d’activités physiques » aux habitants du village.
« C’est aussi un plus pour les jeunes, étant donné qu’une “futsal” est aussi comprise. Le prix que paieront ceux qui voudront jouer sera très raisonnable », assure le vice-président de conseil de district. « La gestion sera d’abord assurée par Mauritius Telecom, qui passera ensuite le relais au conseil de district de Rivière-du-Rempart. » À noter qu’une “Open Gym” et un “Jogging Track” sont aussi au programme.

Ce projet, avance notre interlocuteur, « permettra aux jeunes de ne pas tomber dans le piège de la drogue ». Il faut dire que ce fléau n’a pas épargné cette région du nord du pays. À ce propos, Deokumar Koobarawa avance que des rencontres se tiennent fréquemment avec les autorités concernées afin de trouver des solutions.

Ainsi, pour renforcer la sécurité et lutter contre la prolifération de drogue à Goodlands, le conseiller de village annonce déjà qu’un espace libre, situé près du MUGA, sera offert pour la construction d’un “quarter” pour les policiers, qui regroupera différentes unités de la police. « Ils pourront prendre des actions rapidement sur des problèmes de drogue ou d’inondations », dit-il. Un projet qui, dit-il permettra dans le même temps de diminuer le trafic sur la route principale, étant donné que l’actuel poste de police s’y trouve et qu’il n’existe pas de parking.

Du côté du village de Mapou, un stade de football sera rénové, explique encore Deokumar Koobarawa, qui rappelle que le terrain actuel est « impraticable ». Et de regretter dans le même souffle que l’ancienne équipe n’ait pas rénové le terrain « alors que l’argent avait été décaissé en ce sens ». À noter que le vice-président de conseil de district sera candidat aux prochaines villageoises, ce dernier estimant en effet avoir « beaucoup œuvré » pour son village.

Les habitants de Grand-Baie se disent « délaissés »

Rendez-vous cette fois un peu plus au nord, et plus exactement à Grand-Baie. Depuis quelque temps, ce village a perdu son rayonnement d’antan. Il faut dire que les touristes sont plus rares, et encore plus rares dans la conjoncture sanitaire, et que les affaires vont très mal. Restaurants et magasins sont vides, ce qui se répercute directement sur d’autres secteurs d’activité. Idem du côté de la plage de Grand-Baie, en bordure de la route principale, où les marchands de poissons arrivent difficilement à écouler leurs stocks.
Les autres marchands de produits alimentaires sont aussi à la peine, et voient leurs revenus chuter. Grand-Baie semble ainsi s’engouffrer dans un trou sans fond. Sans compter que le village fait face à d’autres problèmes d’ordre infrastructurel et aux fléaux habituels, comme la drogue, qui, ici aussi, touche principalement les jeunes.

Manoj Goorchurn se plaint de l’insalubrité sur la plage de Grand-Baie

Grand-Baie, station balnéaire traditionnellement très prisée par les touristes, n’est plus que l’ombre d’elle-même. « Travay inn tonbe net ! » lâche ainsi Manoj Goorchurn, marchand de poissons depuis 15 ans, et habitant Camp-Carol, à Grand-Baie. Jamais il n’aurait pensé, dit-il, que la situation se détériorerait un jour à ce point.

S’il dit regretter une diminution de ses clients, il insiste cependant sur le fait qu’il ne s’agit là pas de son seul problème. Il cite ainsi notamment l’insalubrité des lieux où il vend ses poissons, soit à côté d’un vieux bâtiment « extrêmement sale à l’intérieur ». Il questionne : « Comment un tel bâtiment a-t-il pu être laissé ainsi à l’abandon ? » Une fois la porte dudit bâtiment ouverte, le constat est accablant : des lézards par dizaines se fraient un chemin dans une épaisse couche de poussière. « Les autorités ne nettoient pas ce bâtiment. Comment allons-nous travailler ? » se demande notre intervenant.

À côté du bâtiment, un robinet a été installé pour le public. Sauf que ce dernier se trouve à même le sol, obligeant le personnel de la plage à le recouvrir de sable afin d’empêcher la boue de se former. « Ça ne peut pas continuer ainsi. Ce lieu est complètement insalubre. » Et de dire aussi son regret qu’il n’existe « aucune infrastructure pour que les clients puissent s’asseoir » lorsqu’ils viennent acheter à Grand-Baie.

Manoj Goorchurn dit avoir plusieurs fois tenté de joindre les autorités concernées pour les informer de ses griefs. Toutefois, reprend-il, les conseillers et agents qu’il a appelés « ne répondent pas, surtout depuis que les élus ont obtenu leur place à l’Assemblée » nationale. « Zot pa anvi nou gayn kontak ar zot », déplore-t-il. En outre, selon lui, « la sécurité n’existe plus à Grand-Baie », le village étant faiblement éclairé durant la nuit. « Mo per pou amenn mo fami aswar ! » Pour lui, c’est clair : les élus du village « ont délaissé les habitants ».

Un peu plus loin sur la plage, une femme et son fils, marchands de nourriture, sont désemparés. La raison : la chute de leurs revenus. C’est vrai que les clients se font très rares. « Nous n’avons jamais vu Grand-Baie ainsi. Mes enfants ne travaillent pas et nos dettes se sont accumulées. Les magasins nous appellent régulièrement pour rembourser nos dettes », avance cette mère de famille, qui travaille avec son fils de 19 ans. « Zame monn trouv Granbay moss koumsa », lance pour sa part le jeune homme. Ce qui est aussi certain, à les écouter, c’est que les élections villageoises ne vont pas changer leur vie. D’ailleurs, tous deux ne comptent pas se rendre aux urnes. Le jeune homme termine en disant ne pas même connaître le nom du conseiller du village.

Autre problème des habitants de Grand-Baie : les infrastructures. Ainsi, expliquent certains, les travaux réalisés à Camp-Carol « n’ont pas tenu longtemps, et causent plus de mal que de bien aux habitants ». En attestent les nids-de-poule, visibles sur la route à Camp-Carol. « L’autre jour, j’ai failli me casser le pied, qui est entré dans un trou rempli d’eau », lance une habitante. Sans compter qu’en temps de pluies, les chemins sont inondés, empêchant les gens de marcher ou les véhicules de circuler. « On nous dit que Camp-Carol n’existe pas sur la carte. Pourtant, nous recevons bien du courrier », dit-elle.

Comme eux, un commerçant de Camp-Carol dit ne pas savoir à quel Saint se vouer, tant les problèmes sont nombreux dans la région. Ainsi, le chemin où il habite est, dit-il, « dans un état piteux », tant il est « difficile d’y poser les pieds ». Sur un autre point, malgré l’installation de drains, le problème des inondations « n’a toujours pas été réglé ».
Le manque d’ampoules aux lampadaires est aussi décrié. « On ne vient pas nous demander quels sont nos problèmes. Je sais que mon vote a un poids, mais pour qui devrais-je voter ? » se demande-t-il, visiblement dépité. De plus, il se demande pourquoi les éboueurs ne viennent pas ramasser les ordures deux fois par semaine, alors que les déchets, eux, augmentent constamment. Et de conclure en dénonçant le problème récurrent de fourniture d’eau.

Comme à Goodlands, Grand-Baie fait également face aux fléaux sociaux, à commencer par la prolifération de drogue. « Ce problème est grave dans la région. Tro bokou ena isi », souligne une mère de famille, qui a souhaité garder l’anonymat. Elle explique ainsi qu’en pleine journée, des jeunes individus, « à l’allure louche », déambulent à Camp-Carol. « Il nous faut des caméras ici, car le problème de drogue est grave. J’habite ici et je sais ce que je dis », avance un autre habitant. Selon lui, ce fléau ne touche pas uniquement les jeunes, mais aussi des personnes plus âgées, rendant ainsi l’atmosphère « encore plus effrayante » pour les habitants.

D’autres petits villages du conseil de district de Rivière-du-Rempart font eux aussi face à de nombreux problèmes. C’est notamment le cas à L’Amitié, devenu un véritable chantier. Depuis quelques années, la construction de maisons sur des cours d’eaux asséchés aura ainsi généré des inondations destructrices. Raison pour laquelle des drains ont été construits sur la route royale.

Travaux d’aménagement de drains à L’Amitié

Les 19 villages de Rivière-du-Rempart
Amaury
Amitié/Gokhoolah
Belle Vue Maurel
Cap-Malheureux
Cottage
Espérance Trébuchet
Goodlands
Grand-Baie
Grand-Gaube
Mapou
Petit-Raffray
Piton
Plaine-des-Roches
Poudre-d’Or
Poudre-d’Or Hamlet
Rivière-du-Rempart
Roche-Terre
Roche-Noire
The Vale