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Un rallye illégal de motos sur l’autoroute à Roche-Bois, dimanche vers 1h du matin, a failli prendre une mauvaise tournure pour les policiers de la localité, de la Divisional Supporting Unit et de l‘Emergency Response Service. Ils s’y étaient rendus après en avoir été informés par des automobilistes, surtout en raison des risques à la sécurité pour les usagers de la route. A l’arrivée des policiers, les motocyclistes se sont enfuis.

Entre-temps, une équipe de la police qui faisait des patrouilles est tombée sur une vingtaine de jeunes regroupés rue Desbouchers, Roche-Bois. Ils se sont montrés très hostiles envers les policiers et ont lancé des projectiles sur les membres des forces de l’ordre. Face à cette situation, la police a préféré battre en retait, un pare-brise de leur 4×4 ayant été endommagé. C’était une répétition d’un précédent incident en pein Lockdown.  Le samedi 17 avril, toujours sur l’autoroute de Roche-Bois, la police est tombée sur deux motos participant à un rallye illégal alors qu’une vingtaine de jeunes assistaient au spectacle. Elle avait pu intercepter un suspect et avait placé sa moto sur un 4×4. Ce dernier était monté sur le caisson du 4×4 de la police pour reprendre sa moto et s’enfuir.

Vimala, la soixantaine, habite non loin de la passerelle de Roche-Bois depuis plus de 40 ans. Les rallyes illégaux ont lieu depuis plus de sept ans, pratiquement tous les week-ends à partir de 19h jusqu’aux petites heures du matin, témoigne-t-elle. Une trentaine de motocyclistes dont la plupart habitent une autre région périphérique de la capitale débarquent à Roche-Bois. Leurs amis qui les accompagnent garent leurs véhicules sans scrupule, devant la cour des habitants.

Quelques minutes après, la fête commence, raconte Vimla. Une centaine de voitures, pleines de parieurs, arrivent. Visiblement sous l’influence de l`alcool, ils commencent à miser d’importantes sommes d’argent dans un tapage sans retenue. Entre-temps, les motos dont les moteurs ont été trafiqués sont engagées à faire le va-et-vient entre le tronçon de l’autoroute de Roche-Bois à partir de la station-service Shell et le rond-point de Riche-Terre, dans un bruit infernal.

« Cela perturbe notre sommeil, celui de nos enfants et petits-enfants. Nous téléphonons, et ce depuis des années, au poste de police de Roche-Bois. Lorsque le poste n’est pas en sous-effectif et que la patrouille arrive sur place, les motocyclistes déguerpissent en empruntant les routes latérales de Saint-Martin, du quartier Mère-Teresa et la route de l’église de l’Assomption. La polis pa reusi gagn zot. Zot kit soulier, savat, jaket an katastrof. Pa gagn letan ramas boul. Fode trouv sa », raconte Vimla en riant. « Il arrive aussi des fois que lorsqu’on appelle certains policiers vers 1 ou 2h du matin pour leur dire que le rallye continue toujours, ils vous disent : “Ou pa ankor dormi sa ler la madam” »

Vimla se rappelle encore ce samedi lorsque les choses se sont envenimées entre un parieur et un de ses proches quand ce dernier a voulu lui faire comprendre qu’il hurlait et faisait trop de bruit. « Soutenu par des motocyclistes, il avait lancé une bouteille vide dans ma cour qui s’est écrasée avec fracas sur sa voiture qui y était garée, abîmant la lunette arrière du véhicule. Des voisins qui étaient venus pour calmer la situation ont reçu des coups de pierre à la tête. N’était-ce l’intervention de la police, la situation aurait pu détériorer. La victime avait porté plainte à la police. Ziska zordi pa kone kot lanket ete », dira Vimla.

Marie-Claire, mère de trois enfants, n’est pas épargnée par le vacarme  assourdissant des motocyclettes. Son époux Mario (nom fictif) avait reçu des menaces dans le passé. « Nous allons te mener la vie dure si jamais tu nous dénonces à la police. Lotorite pa pou kapav anpess nou, twa ki to ete », lui auraient dit des motocyclistes qui viennent régulièrement à cet endroit pour participer à ces rallyes illicites. « Nous vivons constamment dans la peur. Si les autorités ne prennent pas ce problème au sérieux, j’ai bien peur de la réaction des habitants», prévient cette mère de famille.

Mario, père de deux enfants de six et huit ans, habite ce quartier depuis sa tendre enfance. « Mes enfants subissent le bruit de motocyclettes depuis leur naissance. Ce vacarme a commencé à se transformer en un véritable cauchemar pour eux. Ils vivent ça comme une nuisance, cela se voit dans leur comportement des fois. Ils manifestent de plus en plus de nervosité et parfois de l’agressivité à notre égard. Mon fils m’explique qu’il entend des sifflements. Je l’ai emmené à plusieurs reprises à l’hôpital pour des examens approfondis car je crains qu’à la longue, cela puisse avoir des effets néfastes sur d’autres fonctions que l’audition. »

Pour rappel, en 2017, un grave accident s’était produit aux petites heures du matin sur l’autoroute à Roche-Bois. Irfan Babooa, un jeune de 21 ans, habitant Pailles, y avait trouvé la mort. La police soupçonnait qu’il avait participé à un rallye avec d’autres motocyclistes. Sa motocyclette avait percuté l’arrière d’une autre motocyclette pilotée par Jilani, un autre jeune de 21 ans. Il était 00h45 lorsque le drame s’était produit à cet endroit. Jilani avait déclaré aux enquêteurs que la victime et lui « ti pe sey masinn » pour évaluer la puissance de leurs engins. Vimala se souvient aussi de ce drame. « C’était vraiment triste. Fer sagrin kan ou trouv bann zen perdi lavi dan bann sirkonstans koumsa. »

 

« Aucune contravention depuis 2019 »

Adil Ameer Meea a interpellé le Premier ministre, Pravind Jugnauth, sur la tenue de rassemblements illégaux la nuit, au cours des deux dernières années, et les mesures prises pour les empêcher. Depuis janvier 2019, aucune contravention, a-t-il dit, n’a été servie, et aucune arrestation n’a été effectuée pour des courses illégales sur route.

Cependant, à la suite de plaintes reçues le 24 mai 2019 dans la nuit concernant des courses sur route et du bruit, une opération de répression a été menée par le poste de Roche-Bois soutenu par une équipe de la CID de Port-Louis Nord, le Service d’intervention d’urgence et l’Unité de soutien spécial en vue de prévenir, dissuader et arrêter les personnes impliquées dans de telles activités illégales.

Le Premier ministre avait ajouté : « Lorsque La police est arrivée sur place, elle a arrêté trois personnes et réquisitionné leurs motos soupçonnées d’avoir participé à des courses illégales sur route. Lorsque la police les a interrogés, ils ont nié toute implication dans des courses sur route et aucune personne indépendante ne s’est présentée comme témoin. Néanmoins, 13 contraventions, non liées à des courses illégales sur la route, ont été établies à leur encontre pour les infractions suivantes – (1) aucune lettre L apposée sur le véhicule ; (2) pas de port de vêtements à haute visibilité ; (3) pas de permis de conduire ou une photocopie de celui-ci présentés sur demande ; (4) conduite dangereuse ; (5) le permis de véhicule à moteur non apposé ; (6) silencieux inefficace, plaque d’immatriculation abîmée, entre autres. »

Le Premier ministre a fait savoir qu’il y a cinq caméras de vidéosurveillance au total, installées notamment sur trois sites le long de l’autoroute entre Cocoterie et le rond-point Roche-Bois les 19 novembre 2019, 18 juin 2020 et 21 août 2020.

« Depuis le mercredi 17 juin 2020, la Traffic Branch a mis en place une nouvelle patrouille appelée Invisible Patrol le long des autoroutes M1 et M2. Deux des équipes mobiles effectuent des patrouilles quotidiennes le long des autoroutes de 22h à 6h pour détecter les infractions routières et dissuader toute activité illégale. Et des campagnes de sensibilisation sur les questions de sécurité routière dans des zones ciblées sont menées dans des écoles, collèges, maisons de jeunes et des clubs de jeunes,» a répété Pravind Jugnauth à l’Assemblée nationale. Il a annoncé un projet de circuit de rallye avec un budget de Rs 2 millions.

Adil Ameer Mea :

« Derrière ces rallyes se cache un gros business »

Commentant ces rallyes, le député Adil Ameer Mea dira qu’il en est très inquiet. « Selon mes informations, derrière ces rallyes, se cache un gros business téléguidé par des parieurs qui misent de grosse d’argent et ce, avec la complicité des motocyclistes qui prennent l’engagement d’offrir en cadeau leur motocyclette si leur concurrent arrive à traverser la ligne d’arrivée en premier. Ces rallyes commencent à prendre une tournure dangereuse et pourraient tourner au drame. Il est temps de mettre fin à cette activité illégale et trouver au plus vite un circuit pour que cette activité se déroule en toute légalité », a-t-il ajouté.