De nouveaux règlements seront présentés à l’Assemblée régionale de Rodrigues pour encadrer de manière durable la pêche aux crevettes, crabes et langoustes

À la 14e ouverture de la pêche à l’ourite vendredi, 18 tonnes de ce céphalopode ont été pêchées autour de l’île. Cette première ouverture d’été pour la saison 2021 a été effectuée deux jours avant celle de la pêche à la senne. Si en certains lieux les prises étaient maigres, dans d’autres régions elles étaient très satisfaisantes. Cependant, des consommateurs déplorent la hausse du prix de vente. Augmentation due, aux dires de certains, aux exportateurs natifs de Maurice qui viennent acheter l’ourite au prix fort à Rodrigues, pour la revendre sur le marché mauricien à prix d’or, voire pour l’empaqueter et l’écouler… même sur le marché rodriguais.

« Zot vinn aste ourit-la depi lor lamer. Be zot pe donn enn zoli pri, nou vande. Be lerla nou bann dimounn lokal pa resi aste sa pri la ek zot pa resi manz enn zafer ki sorti dan nou lamer. Li domaz, be ki pou fer, bizin travay, pe vande pli bon marse Rs 70. Ena peser pe vann ourit ziska Rs 100 exorbitan sa », note un piqueur d’ourite.

Il faut souligner qu’au fil des années, Rodrigues a tiré nombre de leçons au regard de la manière dont le programme de fermeture de la pêche à l’ourite a été établi. Des améliorations ont été apportées, en particulier au niveau de la stratégie de surveillance du lagon pendant la période de fermeture – qui permet aux petites ourites de grandir. Ceux engagés dans cette activité ont été redéployés en guise de travail alternatif, qui consiste à nettoyer et embellir les villages, ainsi qu’à effectuer d’autres travaux là où le besoin se fait sentir. Ce qui coûte à l’État quelques Rs 15 millions par an et qui atterrissent dans la poche des pêcheurs chaque année, à raison de Rs 5 millions par mois avec deux fermetures par an.

Bien qu’elle ait diminué d’année en année, la pêche frauduleuse se pratique néanmoins. Quelque 40 kilos d’ourite pêchés illégalement ont été saisis par les autorités pendant la fermeture. Et ce, malgré le monitoring de la National Coast Guard et des officiers des gardes-pêche, entre autres superviseurs. Il est question, ici, de la sensibilisation même de toute la communauté des pêcheurs.

Pour rappel, il y a seulement quelques années, la pieuvre se faisait de plus en plus rare à Rodrigues. Comme le dit si bien un pêcheur, « nou tou bien satisfe ki bann lotorite inn pran sa desizion la en 2012. Vremem li pa ti fasil pou aksepte parski nou pa ti konpran so linportans. Zordi nou ere ek nou kontan. O kontrer, ti bizin prolonz fermtir la inpe pli lontan. Parski ou kone avek sanzman klimatik, ourit la osi so sik reprodiksion inn sanze ».

Qui plus est, la communauté des pêcheurs d’ourite souhaite que les autorités viennent de l’avant avec un prix fixé pour la vente. Le commissaire de la Pêche, Richard Payendee, déclare : « nous nous penchons sur ce problème en vue de régulariser le prix de l’ourite. Des exportateurs achètent l’ourite plus cher que le prix que peut se permettre un banian local. Il se peut qu’à l’avenir nous ayons à contrôler l’exportation de l’ourite sur Maurice. » Il affirme par ailleurs : « nous devons atteindre la souveraineté alimentaire. Ce qui équivaut à dire que nou later ek nou lamer bizin nouri nou pep dabor. Bizin nouri lepep Rodrige dabor, apre seki sirplis kapav exporte. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se passe, c’est un business qui se développe au détriment du Rodriguais. Kapav dan bann period kot ourit mwins dan Rodrig nou pa pou permet lexportasion. C’est inacceptable qu’après tous les efforts que nous faisons, ce ne soit pas le Rodriguais qui en bénéficie. Ourit pe exporte ek Rodrige pa resi aste ourit pou li manze akoz li tro ser. »

Auparavant, Richard Payendee avait indiqué que la réglementation de la pêche à l’ourite n’avait pas pour objectif de faire la fortune d’importateurs venus d’ailleurs. De nouveaux règlements seront donc présentés à l’Assemblée régionale en ce qu’il s’agit de la pêche aux crevettes, crabes et langoustes.