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Alain Auriant, musicien et travailleur social, est responsable de l’Ong Sa nou vise, fondée en 2008 et qui lutte contre la pauvreté à Résidence Bethléem à Rose-Belle et dans les régions avoisinantes, telles que Gros-Bois et Le Bouchon.

Alain, son fils Phil et tous les membres de cette Ong n’ont pas chômé pendant la période de confinement. Leur souci principal : distribuer des colis alimentaires aux familles démunies. Pour y arriver, ils ont mobilisé toutes les ressources et les firmes privées telles qu’Omnicane. « Nous avons commencé par faire un recensement en toute discrétion pour connaître le nombre de familles qui se trouvaient en difficulté avant de distribuer des vivres. Une chose qui m’a terriblement choqué pendant cet exercice de recensement, c’est le nombre de personnes qui étaient touchées par la misère pendant cette période de confinement et qui avaient vraiment besoin d’aide. Je dois vous dire que le confinement a fait remonter pour moi à la surface l’extrême pauvreté dans laquelle vivent des familles, et parmi des familles de la classe moyenne qui étaient venues nous solliciter. Une pauvreté qui n’était pas visible. Il y avait des familles qui étaient vraiment dans le besoin et qui ne pouvaient se permettre d’avoir un dîner ou un déjeuner. » Ces moments, dit-il, lui ont également permis de découvrir la disponibilité et la générosité des gens qui n’avaient pas peur de s’exposer au coronavirus pour se mettre au service des autres en utilisant leurs véhicules.

C’était aussi le moment pour l’Ong Sa nou vise de se rendre compte à quel point certaines personnes se retrouvent en difficulté lorsqu’elles doivent se munir d’une attestation dérogatoire de déplacement ou d’un justificatif professionnel, notamment le Work Access Permit (WAP). Selon Alain Auriant, l’Ong n’était pas insensible car sans ce WAP, beaucoup de pères de famille se seraient retrouvés dans les pires difficultés. Des familles en difficulté ne savaient vers qui se tourner. « Pa ti kapav fer otreman. Nou finn fer le maximum pou eder. »

Pour ce qui est des enfants, Ils n’étaient pas livrés à eux-mêmes pendant le confinement. L’Ong les a réunis dans le quartier général de la localité, une quarantaine dans la tranche d’âge de 5 à 15 ans, et a organisé plusieurs activités. Il y avait ainsi des cours de rattrapage pour les enfants qui n’ont pas de téléviseur. Ils participaient à des cours de guitare, de judo et d’autres activités. « Nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour éviter toute communication pendant cette période de confinement. Nou pa finn pran okenn risk », dira Alain Auriant. « Il était inconcevable qu’on laisse ces enfants rester à la maison ou trimballer dans la rue pendant toute la journée. Ils étaient très enthousiastes. Des enfants attendaient devant la porte avant l’ouverture du centre. C’est vous dire l’intérêt qu’ils portaient à ces activités. » Les séances de formation étaient assurées par des professionnels de la région.

Sa nu vise avait, en 2010-2011, dispensé un cours d’alphabétisation à une quinzaine de familles, et durant la même période, aidé une trentaine de familles dans le cadre d’un projet de construction visant à éliminer les maisons faites avec de l’amiante. « Nous avions établi un cahier des charges où chaque famille devait apporter sa contribution personnelle. C’est un moyen pour les responsabiliser », insiste Alain Auriant en faisant référence à de nouvelles poches de pauvreté qui sont de plus en plus visibles à Rose-Belle.

Le coordinateur de cette Ong s’est dit satisfait que la formule adoptée par Sa nu vise porte ses fruits grâce à la collaboration des partenaires privés et des autorités « L’installation d’établissements polyvalents dans les quartiers défavorisés aiderait à diminuer la pauvreté », dit-il. Il faut mettre sur pied des infrastructures avec des services d’accompagnement scolaire, de guides d’emploi, de sécurité sociale, de soins de santé dans le but de favoriser le développement intégral des familles pauvres.

Parlant de squatteurs de Riambel qui dorment sous les tentes depuis le mois de mai, il dit ne pas comprendre l’indifférence totale de l’Etat surtout vis-à-vis des enfants en bas âge. « Il est important de réfléchir sérieusement et d’essayer de trouver au plus vite une solution et d’écouter la voix de la sagesse en collaboration avec les organisations, la société civile, les fondations. »

Pour rappel, le gouvernement avait détruit les maisons de squatteurs à Riambel en mai dernier. Et depuis certaines familles dorment sous de tentes.