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Ruisseau du Pouce : Ultime résistance à la destruction des étals sur ordre de la mairie

Depuis mercredi, la mairie a placardé un « Avis » sur différents points au Ruisseau du Pouce, et qui se lit comme suit : « Conseil Municipal Porlwi ki ti reunir le 29 mars 2022 inn decide pour anlev structures la foir Ruisseau du Pouce par phase. Conseil Municipal tenir a informe bann marchand ki Victoria Urban Terminal inn commence operer depi le 12 Mai 2022 et invite bann marchands ki fini signe contract pou installe zot la ba. En consequence bann travaux demolition pou commencer bientôt. » De plus, des policiers et les inspecteurs de la mairie ont informé ceux concernés de l’exercice de démolition.

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Cette opération a débuté le soir même le long de la rue Brown Sequard, où une partie de la toiture et des étals des marchands de légumes, surtout, ont été démolis. Les travaux se sont déroulés en présence de la police. 21 marchands, principalement engagés dans la mercerie et la Food-Court, ne veulent pas déménager au Victoria Urban Terminal (VUT). À cause d’une affaire en Cour suprême, qui sera appelée mercredi, ils ont accepté de témoigner de manière anonyme.

L’une d’elle, qui vend des aliments, se dit stressée par cette situation. Elle dénonce l’attitude de la police, qui lui a parlé de manière arrogante mercredi, dit-elle. « Le maire avait déclaré dans une conférence de presse, mardi, que les 21 marchands qui ont logé un Case en Cour ne sont pas concernés par l’exercice de démolition pour le moment », rappelle-t-elle.

Sauf que des policiers semblent ne pas être au courant. « Merkredi zot vini, zot koumans koz for. Zot dir tou marsan bez sime ale ek aret travay isi a partir zedi », dénonce-t-elle. Des locataires n’ont pas apprécié cette attitude et cela a donné lieu à de prise de bec. Finalement, les protestataires ont tenu tête à la police qui a quitté le lieu. La marchande déplore un manque de communication entre la police et la mairie au sujet des 21 locataires, dans l’attente d’une décision de la Cour.

Et pour quelle raison elle ne souhaite pas quitter le Ruisseau du Pouce ? « Zot met kouto anba la gorz. Se pa nu ki swazir pou al dan Urban Terminal. Zot met nou devan enn fe akonpli », ditelle. Cette dernière a visité l’échoppe qui lui est réservée au VUT. « C’est très petit. Ici, je peux installer une table avec des chaises pour que mes clients puissent manger sur place. Là-bas, ce n’est pas possible ! », proteste-t-elle.

En plus, les marchands qui doivent cuisiner n’ont pas le droit d’apporter du gaz ménager. « Il y a un système pour nous raccorder à une alimentation de gaz. Outre le loyer de Rs 4 000 mensuellement, nous devons payer Rs 1 000 ou plus pour utiliser leur gaz à l’Urban Terminal », rajoute-t-elle.

Plus loin, un marchand de mercerie ne souhaite pas aussi faire le déplacement au VUT. « Le lieu est immense. Vous croyez que les clients vont marcher jusqu’à la dernière échoppe pour acheter les articles ? Piblik rod so fasilite, li pa pou mars sa kantite la », confie-t-il. Il juge discriminatoire le fait que des grands magasins et supermarché ont eu leur emplacement au rez-de-chaussée.

« Si vraiment le VUT a été construit à l’intention des marchands, pourquoi les autorités ne nous ont pas placés au-bas ? Tout ça, c’est de l’esthétique. Ils veulent montrer que c’est joli. Alor zot met marsan anbilan dan enn kwin lao. » Ce dernier estime que la vente baissera. « Et ce n’est que lors des grandes fêtes qu’on pourrait travailler un peu au VUT. En général, ce sera très difficile », poursuit-il.

Un autre marchand de la mercerie veut toujours croire en une décision favorable de la Cour suprême la semaine prochaine. Au cas contraire, « c’est à contrecœur que je vais m’installer au VUT ». D’ailleurs, il a déjà tout planifié dans sa tête. « Je vais voir comment mon commerce marchera sur place. S’il n’y a pas de ventes comme au Ruisseau du Pouce, je rendrai mon échoppe à la mairie », laisse-t-il entendre.

Faisant lui aussi partie des 21 protestataires, il dit ne pas comprendre l’empressement de la mairie pour démolir la structure de béton qui couvre le ruisseau du Pouce. « Le maire évoque le rapport Domah sur les inondations. Depuis, plusieurs années nous avons travaillé sur le ruisseau et il n’y a pas eu de problème d’évacuation d’eaux. S’il y a vraiment un problème lors des grosses pluies, alors pourquoi une grande compagnie sur la rue John Kennedy a pu construire un parking sur le pont ? Pou ti-marsan ena problem kot pe travay, me kot gran kapitalis pa pou demoli beton », déclare-t-il.

Outre les marchands, des sans domicile fixe (SDF) qui ont l’habitude de dormir au Ruisseau du Pouce se trouvent pris au dépourvu par cette décision de la mairie. Pami eux, une femme rencontrée au Jardin de la Compagnie est dans la tourmente. « Mercredi soir, la police a débarqué pour nous demander de ramasser nos effets personnels et d’évacuer le ruisseau du Pouce. Je n’ai aucune place pour partir », dit-elle.

Cette dernière avance qu’elle souhaite travailler et obtenir un toit. « Gouvernma pa fer narnye pou mwa. Sa fer wi tan depi mo dormi deor. Depi lontan, monn galop dan tou radio pou lans enn appel de detress, me personn pa ekout mwa malgre mo tap tou la port ki bizin. »

Elle ne sait plus où partir. « Je dors au ruisseau avec cinq autres camarades. Les marchands ont pris pitié de nous et ils ne disaient rien quand nous dormons sous leurs étals le soir. Il y avait au moins un toit sur notre tête. Parfois, ils nous donnaient même quelque chose à manger. » Cette personne avance que la police l’a déjà arrêtée dans le passé, la soupçonnant de se prostituer au jardin de la Compagnie. « Monn explik zot mo dormi isi. Zot ti amen mwa stasyon. Apre zot komans trouv mwa lor rwiso ek zot konpran ki mo enn SDF. »

Elle confie que depuis mercredi, elle est stressée. « Les policiers surveillent la destruction des structures. Nous ne pouvons pas rester sur place à cause des travaux. Nous marchons pendant la nuit dans les rues de Port-Louis. C’est après le départ des forces de l’ordre que nous retournons au jardin pour fermer l’œil pendant quelques instants. Bizin veye kan la polis pa la. Koul anba enn latab, kasiet ek pe per la osi », raconte-t-elle.

Elle dit que cette semaine, ses camarades et elle doivent surveiller au cas où la police retournerait au ruisseau. « Mo lev 3h di matin mo mars en ron atension la polis vinn bat nu. Nou kapav bann SDF, me nou imin nou osi. » Elle dit soutenir les quelques marchands qui opèrent toujours car « kan nou trouv banla ankor pe travay, nou osi nou gagn enn ti kouraz pou reste ».

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