Ayant le goût du beau, le rire qui accroche, Tania Desvaux de Marigny s’inspire des créations à base de matériaux récupérés et d’éléments naturels. Elle crée des meubles, travaille sur des tableaux en bois. Si l’artiste voue une passion sans borne pour la récupération et la réutilisation d’objets, l’“upcycling” et l’ameublement à petit prix ou gratuit, elle est aussi végane. D’où l’idée de son entreprise, Saati Bakes, The Little Vegan Artisan, un concept pour sensibiliser les gens à une alimentation plus végétale.

Tania Desvaux de Marigny a l’art de communiquer facilement avec autrui. Ses paroles sont ponctuées de rires et son sourire chaleureux apporte de l’énergie à sa personnalité. À travers Saati Bakes, Tania relate que pour imposer le concept, il faut une audience végane. Or le Mauricien est souvent réticent à ce type de consommation. Voulant changer la perception de tout un chacun, Tania s’est accrochée à son projet en démontrant qu’une alimentation 100% végétale peut tout aussi être gourmande et appétissante. Comme elle ne trouvait pas sur le marché local du végétal dans les gâteaux et autres desserts, elle a eu l’idée de lancer ses propres recettes. Et le déclic, raconte-t-elle, s’est produit à Rodrigues où elle décide de se lancer dans la pâtisserie végétale. Dès son retour à Maurice en 2020, Tania trouvant une niche pratiquement inexploitée dans ce domaine et décide de se lancer dans le végétal.
Avec cette confusion entre les mots végan et végétarien, Tania Desvaux de Marigny définit clairement le concept : « Ces deux mots ont comme base commune le fait de ne pas consommer de viande. Néanmoins, il y a des différences significatives. Le végétarien ne consomme pas de viande (produits de la mer inclus) alors que le végétalien ne consomme aucun produit animalier et n’utilise pas non plus des produits provenant d’animaux comme le cuir, la laine, la soie, produits testés sur des animaux etc. Être végan c’est toute une philosophie. C’est avoir un mode de vie le plus éthique possible et implique aussi de ne pas participer à l’exploitation animale. »
C’est par le plus pur des hasards que Tania est devenue végan après, raconte-t-elle, avoir lu un livre d’Aymeric Carron intitulé, Antispeciste. « Je me suis posé alors des questions sur mon alimentation, je voulais devenir végétarienne, mais après avoir lu ce livre très explicatif et hyperintéressant, mon mari et moi avons regardé quelques documentaires parlant de l’exploitation animale et ses répercussions sur la vie animale, la santé humaine et la planète. Nous avons tous deux décidé sur un coup de tête de devenir végan. Ce qui prouve que peu importe où vous vous situez sur l’échelle humaine, le changement reste possible. »

L’OMS reconnaît le végétal comme sain

Le choix éthique de devenir végan a permis à Tania de retrouver un mode de vie plus confortable. « Ma digestion est meilleure, mon asthme s’est amélioré et je n’éprouve plus de problème au niveau du cholestérol, car le mauvais cholestérol se trouve principalement dans les produits à base d’animal. Mon mari a, lui, perdu beaucoup de poids sans effort, et, au niveau du sport sa force et son endurance ont été décuplés. L’alimentation végétale est considérée par l’OMS comme l’alimentation la plus saine qui existe. Toutes les études le prouvent. Il suffit de manger équilibré et comprendre comment s’alimenter efficacement. »
Avec Saati Bakes, Tania Desvaux de Marigny a proposé à ses clients des recettes à la fois végétales et nutritives avec des gâteaux gourmands, nutritifs, sans produits chimiques, ni de colorant artificiel. Elle a une préférence pour, entre autres, les entremets et cheesecake végan sans gluten, sans sucre transformé et à base d’aliments entiers.
À la question de savoir si les femmes ou les hommes sont plus aptes à être végan, Tania parle de la chance d’avoir une population très éclectique, un mélange de cultures extraordinaire. « Ce qui nous donne une culture alimentaire unique en son genre… Nous avons ici une grande communauté végétarienne et avec Saati Bakes j’ai découvert aussi une grande communauté végane. On a des gens de toutes cultures, avec un amour pour le mode de vie et la cuisine 100% végétale. Une alimentation végétale ne veut pas dire manger que des légumes ou que des légumes crus. C’est vrai, qu’il y a, la tendance “raw vegan”, mais une personne végane mange de tout. Certains sont fans de produits transformés, fritures, fast-food, etc. Moi, j’adore les dholl puri, faratas, ti puri… et ces produits sont 100% veg en général. Mais, comme le végétalien est plus attentif à ce qu’il mange, cela se traduit par une tendance à être plus sélectif sur la provenance et le type de nourriture. »

Comprendre ce qu’il y a dans l’assiette

C’est en 2020 que Tania a mis en place son entreprise, mais cela fait deux ans qu’elle travaille sur les recettes et le concept dont les Mauriciens ont vite adopté. Les astuces, selon elle, pour avoir une bonne hygiène de vie alimentaire consistent d’abord à comprendre ce qui se trouve dans son assiette. « Avoir une vision globale de son alimentation reste primordial. Comprendre que le mauvais cholestérol se trouve dans les produits à base d’animal, c’est déjà un grand pas en avant. Si cela ne vous semble pas pour l’instant évident d’éliminer ces produits de votre alimentation, essayez déjà de les diminuer. Moins manger de viande, de produits laitiers et d’œufs, surtout pas à chaque repas. »
Elle insiste qu’il est aussi important de changer ses perceptions. « On aime bien manger des grains secs, des légumineuses (lentilles, pois, haricots rouge), mais nous accommodons souvent ces produits de morceaux de viande… Savez-vous que les grains secs, les légumineuses sont hyperprotéinés ? Pourquoi donc rajouter de la viande avec nos lentilles ? Une portion de riz, grains, brèdes et un peu d’achard suffisent à nous sustenter sans besoin de rajouter de la viande. C’est plus sain, plus digestif et au moindre coût. Il est important aussi de parler de carences alimentaires. C’est bon aussi de manger beaucoup de légumes crus ou cuits. Les légumes verts et à feuilles, tels que brèdes, laitues sont très bons pour la santé ainsi que les noix, des mix de graines (lin, tournesol, courge) et des légumes et fruits de saison. Il faut aussi apprendre à regarder la liste des ingrédients sur nos emballages et essayer de comprendre ce que nous donnons à consommer à notre corps. »
Parlant de l’effet du Covid-19 sur les entreprises, Tania aura ces mots : « Un tout petit virus nous a mis, nous et notre civilisation, à genoux et cela devrait nous apprendre l’humilité face à la nature et face au monde vivant. Avec la pandémie, nous avons aussi compris que notre système économique mondial n’est pas infaillible, ni même efficace. Cela a cimenté chez moi ces notions qui seraient importantes pour tout un chacun : ne pas gaspiller, apprendre à faire les choses par soi-même, ne pas jeter quelque chose qu’on pourrait transformer et faire attention aux moins chanceux que nous. »
Tania Desvaux de Marigny se dit heureuse de voir beaucoup d’enseignes véganes se profiler, comme Comnom-pureveg delicacies : gâteaux et pâtisseries veg et vegan ; Siperbites-mu : gâteaux et friandises vegan et très healthy ; Lalissnacks : gâteaux traditionnels Gujarati veg… « Ce sont de petits entrepreneurs qui travaillent dur, des Mauriciens qui font de leur mieux pour proposer des choses délicieuses. » Elle est d’avis que le soutien de son mari a été capital pour le bon déroulement de son entreprise, Saati Bakes. « Il a été le premier à tester mes produits. Il adore les gâteaux, il goûte et donne son avis sur toutes les recettes. Il est présent pour la logistique, les chiffrages et m’a aussi aidée dans la manufacture des gâteaux. Les cookies végan n’ont plus de secret pour lui. Je voudrais le remercier pour cet inconditionnel soutien et son travail tout au long de ce projet. Sans lui, je n’aurais jamais osé me lancer et continuer si longtemps. »
Tania essaie de faire en sorte que ses créations soient respectueuses de l’environnement. Elle a aussi d’autres passions : elle crée ses propres meubles, fait de la couture, du bricolage, fabrique des bijoux, fait du recyclage des vêtements. Son credo est que ses créations soient respectueuses de l’environnement.