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Saint-Hilaire : Une équipe féminine de foot pour combattre les fléaux sociaux

Il y a beaucoup d’enfants qui sont livrés à eux-mêmes à Saint-Hilaire et qui sont exposés plus que jamais aux fléaux, plus particulièrement les jeunes filles. Ils passent leur temps à jouer aux cartes dans la rue, au bord de la rivière ou partent chercher des brèdes dans les champs, faute d’activité.

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Alisson Belle, une habitante de cette localité, n’est pas restée insensible face à ce problème. Elle a décidé d’agir parce qu’elle croit que les autorités ont ignoré ce problème et que ce quartier regorge de potentiels.

Comment faire pour redonner confiance à ces jeunes filles âgées entre huit et quinze ans ? Alisson Belle prend contact avec Sharone Onésime, âgée d’une trentaine d’années, mère de deux enfants. Cette dernière est connue comme une footballeuse dans la région pour avoir joué dans les équipes féminines à Grand-Port, Beau-Bassin et Quatre-Bornes. Sharone Onésime, il faut le rappeler, a travaillé comme skipper et a contribué à la montée fulgurante de plusieurs équipes féminines dans les années 90.

« Depi mo dan vant mo mama, mo ti komans zoue foutbol », confie Sharone Onésime au Mauricien, après une séance d’entraînement avec une quinzaine de filles qui font partie de la toute nouvelle génération qui pratique le football féminin, connue comme Eleven Girls de Saint-Hilaire qui a vu le jour il y a deux mois. Les filles s’entraînent trois fois par semaine sur le terrain de football de Saint-Hilaire. Elles sont soutenues par Nitin Jeeha, le président du village de Saint-Hilaire et Eddy L’Ami, Mauricien établi en France et actuellement à Maurice pour passer des vacances. Ce dernier a profité de son passage à Maurice et a offert des équipements de base aux footballeuses. Il leur a promis son soutien sans la mesure du possible. C’était lors d’une séance d’entraînement la semaine dernière en compagnie de son épouse.

Alisson Belle et Sharone Onésime ont ainsi acheté des équipements pour les jeunes footballeuses. « Nou ti a kontan gagn enn sponsor pou ofer bann zenes soulie foutbol. Alisson, Nitin Jeeha et moi avons fait ce que nous pouvions en donnant des “stockings”, des protège-tibias et des équipements de base. Nous avons malheureusement, nous aussi, nos responsabilités familiales », dit Alisson Belle qui trouve que le prix d’une paire de chaussures est trop élevé. « Bokou zenn dan landrwa pa kapav aste. Enn bann rezon prinsipal lakoz sa mem zot prefer fer kitsoze pli fasil. »

Ainsi elles lancent un appel aux opérateurs économiques de la région pour qu’elles prêtent main-forte. Selon Sharone qui entraîne cette nouvelle formation dans ce petit village de sud-est du pays, ces jeunes filles sont intéressées à apprendre à jouer au foot et sont très fières de faire partie de cette nouvelle équipe de football. Elles sont très motivées et viennent régulièrement aux différentes séances d’entraînement. « Kan zot trouv mwa tarde pou vinn lantrenman, zot vinn rod mwa ou telefon mwa. C’est vous dire à quel point elles sont intéressées et sont heureuses d’avoir trouvé la meilleure façon de meubler leur temps libre et de canaliser leur énergie », soutient Sharonne.

Alisson, de son côté, insiste sur la discipline. « On leur a fait bien comprendre qu’elles doivent respecter les règles que nous avons imposées pour qu’elles puissent évoluer dans de meilleures conditions et que sans la discipline, nous n’y arriverons pas. » Les deux responsables de cette nouvelle formation ont de grandes ambitions : réunir un plus grand nombre de jeunes et d’enfants pour les encadrer. Elles croient que le problème qui guette ces derniers s’est aggravé avec la pandémie de Covid-19.

Rita, nom fictif, déplore le manque de financement aux Ong dans ce secteur. « Le gouvernement aurait dû nous donner plus de moyens pour que nous puissions nous occuper des adolescents entre 13 et 15 ans. C‘est l’âge critique où ils sont les plus exposés car ils restent toute une journée sans rien faire et deviennent ainsi les cibles des dealers de drogue. »

Outre le manque de loisirs, Alisson note que labsence de lampadaires pour les routes, le chômage, l’alcoolisme et la toxicomanie sont autant de problèmes dans le quotidien des habitants de cette localité au point où certains pensent qu’ils subissent une vendetta politique qui prive ce quartier de développement. Elle dira que la route bien asphaltée qui mène à l’intérieur de Saint-Hilaire « est trompeuse ». Car, selon elle, il faut sillonner le village pour connaître l’île Maurice profonde. « Enn la mizer extrem, ena bokou fleo. Les enfants sont les plus touchés. Il faut écouter les habitants égrener leur chapelet de problèmes. Un seul sentiment prévaut : l’exaspération. Elle est causée par le manque de réaction des autorités à nos doléances. »

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