La campagne sucrière 2021 démarre le 14 juin avec la mise en route de l’usine d’Alteo à Union Flacq. Terra dans le secteur Nord et Omnicane dans le Sud suivront le 5 juillet. À quelques jours de l’ouverture de la coupe, chez les planteurs et opérateurs, le moral ne semble pas au beau fixe. Après une production sucrière de 270 000 tonnes l’an passé, le secteur cannier a « beaucoup de difficultés à remonter la pente », analyse Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’Agriculture.

Elle prévoit que cette année « on ne fera pas beaucoup mieux » en termes de volume de sucre produit. À quelques jours de la présentation du budget et comme de nombreux opérateurs l’ont fait avant, Jacqueline Sauzier appelle de tous ses vœux la mise en œuvre des recommandations du rapport de la Banque Mondiale sur l’avenir du secteur sucrier, soumis au gouvernement depuis plusieurs mois : « Nous attendons beaucoup de ce rapport et surtout en matière de rémunération de la bagasse. C’est un des points forts sur lesquels nous comptons dans le prochain budget. Nous espérons que la rémunération de la bagasse va venir soulager les planteurs de manière équitable et juste pour tout le monde. »

Ces attentes, les membres de la Chambre d’Agriculture ont pu les présenter lors des dernières consultations budgétaires avec le ministre des Finances et ses proches collaborateurs, à l’occasion d’une réunion de 45 minutes durant lesquelles beaucoup de questions ont pu être posées et des éclaircissements ont été fournis. « Nous avons eu l’impression d’avoir été entendus. Désormais nous sommes dans l’expectative », confie Jacqueline Sauzier.

Le secteur non-sucre a fait d’énormes progrès depuis l’éclatement de la pandémie et il y a de plus en plus d’initiatives pour un retour à la terre. « Le secteur non-sucre est en ébullition depuis le COVID-19. Nous observons un regain d’intérêt pour l’agriculture dans le pays et c’est fantastique. Il y a beaucoup d’initiatives et d’entreprises qui se lancent dans la culture de fruits et légumes. Nous espérons que cet engouement sera propice à des investissements futurs. Et le cadre régulateur doit impérativement être balisé pour que ceux qui ont pris des risques en investissant dans de tels projets aient la garantie nécessaire sur leurs investissements, » confie Jacqueline Sauzier. Elle plaide notamment pour que les planteurs soient enregistrés sur une base de données nationale. Cela permettrait une meilleure planification des stocks dans le pays et une meilleure anticipation des besoins.

Or à l’heure actuelle, des produits qui sont cultivés notamment dans des serres, et qui sont disponibles dans le pays, continuent toujours d’être importés, ce qui provoque une grande frustration chez les planteurs concernés. « Il y a certains produits qu’on fait localement et pour lesquels le pays est autosuffisant, à l’exemple de la carotte, la laitue et le poivron ; et ce n’est pas logique d’avoir recours à des importations lorsque le stock est disponible sur le marché local. Ces légumes sont importés au détriment des producteurs et planteurs. Il faut impérativement protéger la production locale. Pour cela, une vraie base de données sur les planteurs serait d’un grand apport. Elle permettrait de répertorier qui produit quoi, en quelle quantité et à quel moment de l’année », souligne-t-elle.

Interrogée sur l’avancée du projet Smart Agriculture, Jacqueline Sauzier dira que le confinement n’a pas aidé. « Beaucoup d’expériences ont pris du retard mais on sent un engouement extraordinaire de la part des planteurs pour les essais qu’on est en train de faire. On aurait pu croire qu’ils souhaiteraient abandonner le projet et faire plutôt de l’efficience économique, après les nombreux vols dans les champs, notamment pendant les deux confinements. Mais ils sont partants pour poursuivre le projet et cela fait chaud au cœur. »

Rappelons que la Chambre accompagne une vingtaine de planteurs dans le cadre du projet Smart Agriculture. Le suivi se fait sur une base quotidienne et des fiches techniques sont préparées et distribuées pour vulgariser les bénéfices de l’agriculture raisonnée sur la page Facebook du projet.